Gabou est mort, émotions et réactions pour l’illustre musicien et pédagogue guadeloupéen

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Malgré sa cécité, la guitare classique, basse, le banjo ou le solfège n’avaient aucun secret pour Gabou, né Saint-Pierre Gabriel Gervais Boniface. Professeur de nombreux musiciens émérites, Gabou laisse aujourd’hui un grand vide, tant il était apprécié des guadeloupéens.

La Guadeloupe vient de perdre un instrumentiste et un pédagogue qui ne comptait jamais son temps quand il s’agissait de partager ses connaissances musicales.

Ce matin, à 4h15, Saint-Pierre Gabriel Gervais Boniface qui enseignait sur l’île de Saint-Martin (sur son temps de libre), aux plus démunis du quartier comme il le faisait en Guadeloupe, est décédé à l’âge de 98 ans. L’annonce a été faite par sa fille Claudie qui réside également sur l’île. Une île dévastée en septembre dernier par le cyclone Maria, qui aura causé de grands dommages dans la famille du musicien. Selon ses proches, tous les souvenirs du vieil homme ont été balayés par l’ouragan.

Reste pour ceux qu’il a connu, des moments émouvants pour ses anciens stagiaires et des hommages pour son travail et son investissement, pendant sa longue vie.

En 2015 la maire de la commune, Claudine Bajazet (ci-dessous à gauche, en noir), lui a remis le Médaillon de reconnaissance de la ville de Sainte Rose, lors d’une fête organisée en l’honneur des musiciens.

En 2016, Gabou recevait le prix de l’Institut Musical Naigre, il avait alors 95 ans et dispensait ses précieux conseils aux jeunes saint-martinois.  Le prix de l’institut a été créé par Géraldine Barlagne Naigre, à l’époque, directrice de la culture à Sainte-Rose en Guadeloupe.

« Je n’avais que 5 ans lorsque ma mère m’a mise à ses cours, afin d’apprendre les bases du solfège. Plus tard, il m’a initiée à la guitare, m’a donnée de précieux conseils pour ma voix. Lorsque j’ai créé mon école de musique, Gabou venait faire des interventions auprès des touts-petits, pour que jamais ne cesse l’apprentissage de la musique. » a déclaré son ancienne élève, Géraldine Barlagne Naigre (ci-dessous à gauche), aujourd’hui, Responsable de l’enseignement artistique au Centre culturel de Sonis aux Abymes.

Affaibli depuis sa jeunesse pour des raisons de santé, le guadeloupéen, mentor de grands musiciens, ne se déplaçait jamais sans sa canne et son chapeau.

Ancien charpentier-menuisier et pêcheur, Gabou perdit la vue jeune. Il n’avait que 27 ans quand il se convertit à la musique. Autodidacte, il consacra son temps à enseigner, pour transmettre et instruire ses petits guadeloupéens. Jean Iscaye, Jean Cianni, Floris Souffrons et deux de ses fils, Saint-Pierre Hilaire et Fortuno Michel, font l’éloge d’un professeur de grande valeur.

Tous les témoignages s’accordent à dire que « sa maison était un lieu d’accueil, de rencontre et de réconfort ».

Saint-Pierre Gabriel Gervais Boniface, a été marié quatre fois, il aura eu en charge 5 enfants. Marie, Michel, Sony, Claudie et Hilaire sont encore sous le choc de la disparition de leur père.

Musicien et pédagogue regretté de tous, Gabou (de confession adventiste) sera d’abord rapatrié dans sa commune natale de Sainte-Rose, où il reposera en paix. « La petite église de Sainte-Rose s’apprête à lui rendre le plus chaleureux hommage » précise Géraldine Barlagne Naigre, à qui il a enseigné le solfège et la guitare.

Propos recueillis par Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news actus Dothy Images IMN/Ville de Sainte-rose