Garcin Malsa prévient : « Si on vous frappe on me frappe. Si on vous agresse, on m’agresse »

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Garcin Malsa, président du Mouvement International pour les Réparations (MIR) apporte son total soutien aux deux militantes qui ont participé à la destruction des deux statues de Victor Schœlcher en Martinique et met en garde contre toutes velléités d’actions à leur encontre.

« Si on vous frappe on me frappe. Si on vous agresse, on m’agresse. Ils le savent très, très bien », a prévenu jeudi soir sur la chaîne Zouk TV, l’ancien maire indépendantiste, durant 25 ans, de la commune de Sainte-Anne. « Merci mes filles. Vous avez fait mieux que moi. Je vous remercie. Je suis en connexion avec vous. Que dire de plus ! », s’est-il réjouit.

Le 22 mai, deux militantes martiniquaises, Jay Asine et Alexane Ozier-Lafontaine ont revendiqué leur participation à la destruction des deux statues de Victor Schœlcher, en marge des célébrations du 172eme anniversaire de l’abolition de l’esclavage en Martinique.

La classe politique martiniquaise et le président Macron ont fermement condamné ces actes.
Des enquêtes sont en cours et le Procureur de la République a promis d’engager des poursuites contre les auteurs des faits.

« L’univers tout entier est éclaboussé aujourd’hui par leur geste. Et les maires de Martinique, les élus de Martinique devraient comprendre ces jeunes, » a fustigé celui qui a obtenu, en février dernier, une décision historique auprès de la Cour européenne des droits de l’Homme dans l’épineux dossier des réparations en faveur des Afrodescendants. La Cour a jugé recevable la requête du MIR pour la réparation de la traite négrière et de l’esclavage, ouvrant désormais la voie à une action en justice contre l’Etat Français.

Pour Garcin Malsa, les deux militantes « portent en elles une accumulation de ces souffrances. Et brusquement comme dirait Césaire : ´Il y a une sorte d’énergie vertueuse qui se dégage d’elles et qui éclabousse l’univers tout entier ‘ », a-t-il assuré. « Elles posent du coup une ouverture vers un monde complètement nouveau et nous devons les remercier ».

« Merci. Je vous remercie et ça c’est très important pour moi », a poursuivi l’ancien élu, qui dit être sorti du silence pour les défendre. « Je n’ai pas parlé. Jusqu’ici on a cherché à m’interviewer. C’est la première fois que je parle de ces gestes, de ces jeunes », a-t-il expliqué comme pour montrer le caractère exceptionnel et déterminé de sa démarche.

« (…) On dit qu’elles ne connaissent pas l’histoire (..). Elles approchent l’histoire de manière très fortement symbolique. Quand Jay parle, elle dit que nous sommes entourés de symboles autour de nous qui nous méprisent, qui nous agressent en permanence. Et ça c’est très important. Qui mieux que le colonisateur sait, connaît la signification de la symbolique ? », a interrogé le militant écologiste aujourd’hui âgé de 78 ans.

« Et si elles ont agi ainsi, c’est parce que, un, elles connaissent très bien l’histoire, elles connaissent leur histoire. Elles ne connaissent pas une façade de l’histoire. Elles connaissent toute l’histoire », a-t-il plaidé.

« Bien sûr, il y a ce que l’on appelle les historiens, les juristes,les philosophes de la Nomenclature qui nous parlent d’une partie de l’histoire, qui vont dans des salons ect… », a ironisé Garcin Malsa, faisant remarquer qu’« elles ne vont pas dans les salons ».

Cet écologiste reconnu et respecté dans l’île, effectue depuis 20 ans, à la date d’anniversaire de la célébration de l’abolition de l’esclavage, une marche « symbolique » de plusieurs dizaines de kilomètres de Saint-Anne au Prêcheur, commune qui a été le théâtre d’insurrections d’esclaves.
« Elles font des gestes, des actes de façon découverte. Elles parlent au monde et elles disent au monde qui elles sont dans ce monde », a expliqué Garcin Malsa.

« Elles disent au monde leur capacité d’essayer de contribuer beaucoup plus à ce que leur père, leur mère, leurs ancêtres ont fait dans la souffrance,» a-t-il encore dit.