Gilbert Pago : « Que retenir des évolutions de l’abolitionnisme de Schoelcher »

Rédigé par : admin, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Dans un post très instructif, l’historien martiniquais Gilbert Pago apporte des précisions pour mieux comprendre le rôle qu’a joué Victor Schoelcher dans l’abolition de l’esclavage : 

En 1830, Victor Schoelcher est âgé de 26 ans. Il est depuis trois ans engagé dans les affaires de vente de porcelaine de son père. Suite à un parcours à but commercial au Mexique, aux États Unis et à Cuba, le jeune Alsacien de Fesseinheim découvre la question de l’esclavage, réalité méconnue dans sa région. Il écrit alors dans un article de la Revue de Paris, « Des Noirs ». Pour lui, l’esclavage transforme ces Noirs esclaves en brutes : « les nègres, sortis des mains de leurs maîtres avec l’ignorance et tous les vices de l’esclavage, ne seraient bons à rien, ni pour la société ni pour eux-mêmes » ;

« je ne vois pas plus que personne la nécessité d’infecter la société active (déjà assez mauvaise) de plusieurs millions de brutes décorés du titre de citoyens, qui ne seraient en définitive qu’une vaste pépinière de mendiants et de prolétaires » ; « la seule chose dont on doive s’occuper aujourd’hui, c’est d’en tarir la source, en mettant fin à la traite ». Ce sont ces termes, reconnaissons-le inappropriés si on ne veut pas en regarder le côté sarcastique, qui le font traiter de raciste, par des militants d’aujourd’hui.

Bien entendu, le jeune Schoelcher ne préconise qu’une émancipation progressive en s’appuyant sur l’élimination réelle de la traite négrière clandestine. C’est à 29 ans, en 1833, qu’il publie non plus un article mais son premier ouvrage : « De l’esclavage des Noirs et de la législation coloniale ». Pour lui, « L’homme noir n’est pas moins digne de la liberté que l’homme blanc » ou encore « l’esclavage des Nègres est une injure à la dignité humaine, parce que l’intelligence de l’homme noir est parfaitement égale à celle de l’homme blanc » et il proclame aussi que « l’esclavage sort des bornes de l’humanité ». L’évolution de Schoelcher est plus ferme encore dans son anti-esclavagisme et il s’investit pleinement à cette cause d’autant plus qu’il ne se consacre plus aux affaires familiales. (son père est décédé).

Cependant, il se bat encore pour alléger le sort des esclaves et adoucir leur traitement, avec sa grande ambiguïté sur la peine du fouet. L’anti-slavery act en Angleterre accélère sa mutation et il entreprend des voyages aux Antilles et rencontre à Paris Adolphe Périnelle, un riche planteur de Saint Pierre qui se propose d’imiter les planteurs anglais qui ont introduit le salariat à la place de l’esclavage. Celui-ci est minoritaire sur ce point parmi les colons. À 36 ans, en 1940, Schoelcher est définitivement pour l’abolition immédiate et complète dont il fait sa préoccupation et activité essentielle. Il lui a fallut 10 ans entre 26 et 36 ans pour devenir un partisan de l’abolition immédiate et complète

Âgé de 39 ans en 1845, Schoelcher à l’écoute du débat parlementaire sur des lois d’humanisation de l’esclavage donnant la fameuse loi Mackau, une multitude d’articles dans Le Courrier Français, le Siècle, Le Journal des Économistes, L’Atelier, L’Abolitionniste français, La Revue Indépendante et la Réforme. Ces articles sont regroupés en 1847 dans un nouvel ouvrage qui eut un succès considérable : Histoire de l’esclavage pendant ces deux dernières années. Il y dit dans la préface :

« Le seul, l’unique remède aux maux incalculables de la servitude c’est la liberté. Il est impossible d’introduire l’humanité dans l’esclavage. Il n’existe qu’un moyen d’améliorer réellement le sort des nègres, c’est de prononcer l’émancipation complète et immédiate ».

Cet homme fut à son époque la véritable bête noire des colons esclavagistes
schoelcher n’a pas possédé d’esclaves ni de propriété coloniale et l’accusation d’être un esclavagiste est fausse.

Par contre, refusons la thèse coloniale de l’homme qui a apporté la liberté aux esclaves.

Ce sont les luttes des esclaves qui ont mobilisé les abolitionnistes et bien sûr en contrepoint les abolitionnistes ont été une forte aide à la lutte des esclaves et des libres de couleur.

Gilbert Pago