Gloryé 22 mé : Un cimetière d’esclave au sud de la chapelle de Fond Saint-Jacques

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Aujourd’hui 22 mai la Martinique célèbre la date de l’abolition de l’esclavage. De nombreuses manifestations sont prévues autour de cette commémoration annuelle. Les recherches archéologiques révèlent de plus en plus des cimetières d’esclaves, en bord de mer, à l’orée des habitations. Nous vous proposons de découvrir l’un d’entre eux, situé au sud de la chapelle de Fond Saint-Jacques.

« Ces sépultures doivent être préservées et honorées. Toute commémoration est tournée vers l’avenir, un avenir conçu comme une étape nouvelle sur le chemin du progrès et de l’émancipation ».

Le cimetière et ses sépultures

Le « cimetière » est situé au sud de la chapelle de Fond Saint-Jacques. Découvert en 1992, c’est lors des fouilles réalisées en 1993 que la majorité des sépultures, datées de la première moitié du 18e siècle, furent mises au jour. Celles-ci furent pratiquées sur une surface de 90m², et révélèrent une densité d’inhumations particulièrement importante, rendant difficile la lisibilité des couches archéologiques. En réalité, peu d’informations existent sur le contexte archéologique (stratigraphie, relevé de plan et de coupe…) de cette découverte.

Ce cimetière faisait probablement partie intégrante de l’habitation autrefois. Il se prolongeait certainement à l’endroit de la maison de colons dont les vestiges sont encore visibles sur le site. Durant les fouilles réalisées, 61 sépultures d’individus âgés de 20 à 60 ans ont été mises au jour. Seuls deux squelettes ont pu être représentés à 50 %. Pour une dizaine d’autres, il ne subsistait que quelques esquilles ; les éléments les mieux représentés étant des crânes et des membres inférieurs.

Les inhumations étaient pratiquées majoritairement en « pleine terre », mais également en cercueil. Des caractéristiques très présentes chez les populations d’origine africaine (prognathisme marqué, maladie de Blount, drépanocytose…), ainsi que des problèmes dentaires probablement causés par une alimentation déséquilibrée, ont été analysées chez les défunts.

La plupart d’entre eux semble avoir fait l’objet de sépultures primaires, consistant a déposé le mort dans le cimetière peu de temps après son décès. Ces sépultures s’enchevêtraient ou se superposaient parfois, et des squelettes avaient visiblement été déplacés pour en déposer d’autres. Ils ont été inhumés généralement corps orienté Est-Ouest, en décubitus dorsal, tête à l’ouest. Un seul individu reposait en décubitus ventral, bras le long du bassin, probablement déposé comme d’autres précipitemment. Des traces de chaînes ont, par ailleurs, pu être observées sur le tibia droit d’une des sépultures.

Plusieurs objets ont été retrouvés dans les tombes :

clous en cuivres
boutons métalliques, en bois, en nacre, en os blanc
plaques en cuivres
crucifix en cuivre
médailles
épingles en cuivres
crochet
perles rondes
croix

Des manipulations successives, durant et après les fouilles, ont contribué à la fragmentation de certains éléments conservés actuellement au dépôt archéologique de la DAC Martinique.

Sources et Photos CTM :