Gytane, l’exposante guadeloupéenne ne reviendra plus à la Foire de Paris : «Après 30 ans, je suis vraiment déçue»

Gytane a préparé ses caisses pleines de robes grand-moun, d’accessoires créoles, de vêtements pour enfants en madras, beaucoup de nouvelles créations et du linge de maison tout en dentelle pour la 115ème Foire de Paris. C’était au mois d’avril dernier. Après douze jours de présence à la Foire, Gytane, comme elle le fait chaque année, l’exposante est partie se reposer en région parisienne. Mais cette année, au moment de quitter la Foire, la créatrice est sûre et certaine : « ce sera ma dernière participation comme exposante » . Gytane, au joli prénom bohémien, ne se déplacera pas en 2020, elle est trop déçue. On ne la verra pas dans les allées de la Foire de Paris.

Selon Gytane tout a changé en 2002. Le basculement vers l’Euro a précipité les exposants comme elle dans le rouge. Et « les Affaires ne se sont jamais arrangés » pour la créatrice. Elle réinvestit ses bénéfices de l’année pour exposer à la Foire, mais repart avec un gros déficit . Les clients n’achètent plus même s’ils louent son travail. Aussi Gytane a changé sa stratégie de vente pour cette édition 2019, la cheffe d’entreprise a fait de la communication durant son temps d’exposition à Porte de Versailles en distribuant sans compter des business cards. Les touristes intéressés viennent souvent la voir en Guadeloupe et c’est valorisant pour l’économie de l’île. Avec tant de cartes de visite, elle est certaine qu’ils se rendront dans sa boutique en Guadeloupe, à l’angle de la rue de Nozière et Alexandre Isaac dans un bâtiment classé monument historique.

Ce désamour avec la Foire de Paris, elle ne l’avait jamais eu auparavant. Gytane était si contente de déballer ses robes, ses nappes traditionnelles devant les visiteurs et touristes. Le souvenir de cette période bénie où elle repartait ragaillardie et pensant revenir, est bien loin. 30 ans sont passées depuis son premier stand à Paris.

Gytane est guadeloupéenne et avec un grand sourire elle dit tout simplement : « Depuis toujours, le sang créole coule en moi, j’aime la tradition créole, notre culture caribéenne ». Elle explique pourquoi, elle a voulu mettre en valeur les robes traditionnelles d’antan, comment elle les a modernisées, comment elle a été copiée par des consœurs et pourquoi elle s’inspire des Antilles pour fabriquer ses trouvailles. Elle souligne avec peu de mots,  le bonheur qu’elle partage avec ses clients antillais ou d’ailleurs, quand ils achètent ses créations.

Début des années 1970, Gytane est étudiante en Guadeloupe, elle a intégré une Ecole de Couture où elle restera trois années. Elle se marie et rentre à l’École Supérieure de la Chambre Syndicale de la Couture de Paris. Ce qui lui permet d’obtenir un diplôme de mécanicienne modèle, un « métier qui ouvre de bon débouchés » précise la créatrice antillaise. Pendant onze ans, la jeune employée est dans des ateliers où ses petites mains confectionnent avec talent des chefs-d’œuvre de créateurs. Durant son temps de libre, Gytane commence à découper et coudre ses propres confections et accepte les compliments de ses patrons.

Guytane se lance alors un défi en se mettant à son compte. Elle laisse Paris et ouvre son magasin rue Valable, au centre de Pointe-à-Pitre sur son île. Elle a ses employés, forme des stagiaires et innove dans les nappes dont la dentelle vient de Saint-Martin. Sa réputation est faite, elle a acquis sa notoriété. Les difficultés arrivent, après quelques déboires, Gytane décide de faire une expérience en Martinique et y reste sept années à diriger sa boutique. Dans les années 1990, elle fait les couvertures et les titres de nombreux journaux, Créola, Amina et l’entrepreneure crée son propre magazine « Gytane créations ». Elle rappelle même, avoir été reçue plusieurs fois à la télévision publique pour parler de ses créations traditionnelles.

De retour chez elle, en Guadeloupe, Gytane coud à son domicile et ouvre finalement en 2018 en co-gestion, une boutique de plus de 100 m2. Elle continue à l’apprentissage d’élèves de Baimbridge, de l’Ecole Chevalier de Saint-George, c’est une fierté, de transmettre son savoir à des futurs stylistes.

Chaque année comme depuis trois décennies, Gytane se promettait de revenir à Paris, là où l’attendaient ses clients basés ou de passage à Paris. Mais le prix des stands a augmenté en flèche pour la créatrice guadeloupéenne.
« Si la Région Guadeloupe nous vient en aide, nous devons débourse plus de 3 400 euros de notre poche. Nous avons en charge le billet d’avion, notre hébergement et le quotidien ». Et assure Gytane, « nous ne vendons rien ».

Une autre raison de ces mauvais chiffres d’affaires : « Les exposants vendent souvent la même chose, les stands sont petits donc nous sommes nombreux. Les visiteurs achètent de quoi manger et viennent voir les spectacles, c’est tout ». Pourtant, Gytane est bien placée, elle a choisi un angle, un coin privilégié. Mais rien n’y fait. Elle avait ce pressentiment « Depuis la Guadeloupe, je m’étais dis que cette année ce sera la dernière fois ».

Huit jours après que la Foire parisienne ait fermé ses portes, Gytane est retournée en Guadeloupe.

L’antillaise recommencera ses cours, inventera d’autres modèles tout aussi beaux, d’autres la copieront, tant pis, philosophe, elle se réjouit d’être un exemple pour les jeunes qu’elle prend soin d’enseigner les ficelles de ce métier avec une bonne dose de tradition caribéenne.

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy
Crédit Photos C’news Actus Dothy – Gytane