Harry Roselmack a présenté son film « Fractures » pour la première fois en Martinique

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Harry Roselmack a présenté le film « Fractures » (son premier long-métrage) samedi 27 janvier 2018, pour la première fois en Martinique en avant-première dans le pays de ses origines (ses parents sont Martiniquais).

Tout le monde connaît le journaliste Harry Roselmack présentateur vedette depuis 2006 du magazine d’informations « Sept à huit » de la chaîne TF1. Il fut surtout pour ceux qui s’en souviennent, le premier « présentateur noir » du grand journal télévisé de TF1 de 2006 à 2011. Sa nomination de présentateur de la grande messe du 20h fut un événement médiatique retentissant, considérée à l’époque comme une opération de discrimination positive de la chaîne TF1 pour intégrer des journalistes de couleur totalement absents alors du paysage audiovisuel français.

Parallèlement à sa vie de journaliste, Harry Roselmack a désormais des ambitions artistiques. Il a déjà écrit un roman, et nous rappelle d’ailleurs qu’il a produit un court-métrage et plusieurs documentaires dont notamment « Dans l’ombre de Teddy Riner » réalisé en 2016.

Son premier film « fractures » est une fable contemporaine sur la radicalisation et le communautarisme, film qui a déjà obtenu la mention spéciale du jury au Chelsea Film Festival de New-York en 2017.

Le film a été présenté en présence des principaux acteurs, Alix Bénézech, Benoit Rabillé, Alexandra Naoum, suivi d’un débat puis d’un pot où étaient conviés les spectateurs, des personnalités locales, les sponsors du film ou encore Miss Martinique (Jade Voltigeur…).

Le pitch ? Fariha et Youssouff sont dans un bateau à Saint Tropez (pour une fête sur un yacht de luxe d’un prince arabe) ! Oui mais la fête risque d’être gâchée… Fariha, l’escorte girl (interprétée par Alexandra Naoum très convaincante) victime durant son enfance de violence répétée, se retrouve coincée dans une cabine (de luxe quand même…) face à « Youssouff » (Benoit Rabillé, une belle présence avec son physique athlétique), un serveur intérimaire, rebelle et insolent qui nourrit un projet d’attentat martyr. Lui, soi-disant costaud et déterminé, s’avère maladroit. Elle, belle et supposée superficielle ne manque pas d’argumentations pour sauver sa peau et le peuple français par la même occasion. La tension monte très vite, à l’instar d’une société française sous tension.

Entre les deux personnages principaux, un combat de boxe s’engage où contradictions et arguments s’échangent tels des coups de poing. « Pour filmer ce combat, j’ai pensé à la caméra subjective qui est sans doute le parti pris le plus assumé du film » nous indique Harry Roselmack. On se retrouve ainsi dans la tête des personnages, pour nous plonger dans l’action et « adopter le point de vue des personnages ».

Un film façon pièce de théâtre en « huit clos » où l’on se demande parfois si le journaliste Harry Roselmack voulant tout analyser, a pris le dessus sur le cinéaste qui aurait pu suggérer davantage et moins expliquer. Dans la vraie vie dont ce cinéma réalité se fait miroir, les dialogues sont-ils si construits et logiques ? Malgré cette faiblesse peut-être, on pourra apprécier le jeu des acteurs, un film intéressant décrivant une société française divisée mais peut être pas irréconciliable.

Car Harry Roselmack dont le propos semble vouloir aller vers une réflexion sur la société française, se veut optimiste en prenant l’exemple de la société antillaise : « mes racines antillaises m’ont inspiré avec le fait que dans les Antilles, nous ne fuyons pas le postulat (des différences, ndlr), et de ne pas ignorer le constat que la société est fracturée et divisée. Il faut arrêter de fermer les yeux là-dessus, c’est la réalité. Mais on peut se dire aussi qu’à partir de cette société fracturée on peut aussi construire un ensemble et un « vivre ensemble ». En cela, ce film est imprégné de mon expérience créole martiniquaise. »

A noter aussi de bons seconds rôles avec Alix Bénézech, Tony Harrison (dans un rôle de rappeur un peu caricatural au début mais touchant sur la fin), ou encore Fabien Ara en serveur séducteur improbable.

Le film ne fut pas soutenu par le CNC mais par des partenaires privés dont plusieurs entreprises et organismes martiniquais, tels que la Collectivité Territoriale de Martinique (une décision prise sous la mandature de l’ancien conseil régional) ou encore le Comité Martiniquais du Tourisme (sa présidente Karine Mousseau était présente, voir les photos), Madiana, le Comptoir des viandes, Air Caraïbes, Citroën, Carib Fruits…

Reste à espérer pour le public martiniquais que le film sera bien diffusé dans les Antilles. La directrice générale du Palais des Congrès de Madiana (un des sponsors du film) était bien entendu présente à cette soirée et des négociations devraient s’établir pour une sortie en salle.

Reportage par Fabrice Morel / Photographe, auteur, bloggeur

 

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