Harry Roselmack réagit suite aux accusations de « blackface » dans son émission « Sept à Huit »

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, France
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Dans une tribune, Harry Roselmack, présentateur de l’émission « Sept à Huit » a réagi suite à la polémique à propos d’une jeune femme grimée en noire dans sa dernière émission diffusée ce dimanche sur TF1.

Sur Twitter, ils sont nombreux à accuser l’émission de « blackface ». La jeune femme témoignait de l’enfer de la prostitution qu’elle a vécu à l’âge de 15 ans. Pour masquer son identité, elle est apparu avec un maquillage très foncé et coiffée une perruque afro. Ci-dessous la réponse d’Harry Roselmack, présentateur de l’émission, tribune publiée sur Facebook :

« Polémiques instantanées

L’épiderme* fait l’opinion, Twitter la diffuse, les médias suivent. Ainsi fonctionne une société qui réagit mais ne s’interroge plus.

Sept à Huit a été accusée d’avoir fait un blackface. Au départ, par des téléspectateurs qui ont réagi sur les réseaux sociaux. Prenons le temps de questionner cette réaction. Nous ne sommes pas en l’espèce dans le déguisement. Nous ne sommes pas dans une démarche d’agrément, de divertissement, de moquerie, de stigmatisation. C’est un maquillage destiné à préserver au mieux l’anonymat d’une personne mineure qui témoigne d’un vécu qui pourrait lui porter préjudice si elle y est associée dans son quotidien. Nous ne sommes donc pas dans une démarche constitutive d’un blackface.

Ensuite, le choix de ce maquillage a été opéré après tests, par des spécialistes, avec l’accord de Nina et ses parents. Sans entrer dans des détails qui pourraient aider à identifier Nina, ce choix était le plus efficace sur le plan visuel. Par ailleurs, il nous est arrivé dans un contexte similaire de valider le maquillage inverse : éclaircir une femme noire pour lui permettre de témoigner dans notre Portrait de la semaine. Doit-on y voir un procédé raciste ?

Peut-on contester l’objet d’une polémique ? Toute polémique, à partir du moment où elle ‘prend’ est-elle légitime ? Ce serait un bon sujet d’étude, néanmoins ce qui me surprend dans le fonctionnement de la ‘médiasphère’ (binôme médias/réseaux sociaux) c’est que le vrai débat de fond, le débat de société porté par le témoignage courageux de cette adolescente et de son père passe au second plan. Plus de 7 000 adolescents se prostitueraient dans notre pays. Nina a été de ceux-là. Son parcours, sa dérive sont terrifiants. Or ce qui fait le buzz, c’est la façon dont elle a été maquillée pour sa protection.

Le fait communautaire est une évidence. Aujourd’hui cette reconnaissance communautaire (celle d’un regard extérieur vers une communauté et celle des membres de cette communauté entre eux) vire au communautarisme. La première doit avoir pour objectif la juste place, le traitement juste pour cette communauté ; le second est un retranchement agressif, une promotion et une défense abusives de sa communauté.

L’aspiration à la considération est légitime. Y compris lorsqu’elle s’exprime au nom d’une communauté. Mais pour être légitime, elle doit être à propos et mesurée dans son expression. Pour faire référence à l’affaire Mila (que je ne ‘suis pas’) il est inadmissible que cette jeune femme soit menacée physiquement pour avoir tenu des propos offensants envers l’islam. La défense de quelque intérêt, personne ou communauté que ce soit ne peut pas se faire en dehors du cadre fixé par le droit.

La communauté noire, je la connais bien ! J’en fais partie. J’ai travaillé pendant six ans dans une radio afro-antillaise à la fin des années 90. En interne, on a souvent entendu le reproche d’une trop grande tolérance, d’une absence de sensibilité ou d’une lâcheté face aux ‘attaques’ en tous cas au manque de considération exprimé à l’encontre de cette communauté noire. Or, il en va des communautés comme des individus : celle qui ne sait pas se défendre (ou n’en voit pas l’intérêt) court le risque d’être méprisée. Le fait que la communauté noire puisse relever et répondre publiquement à ce qu’elle considère comme un manque de considération public est une bonne chose.

Mais sachons faire les bons choix pour mener les bons combats. Je n’ai pas entendu, ou lu que le numéro de février du magazine Historia ambitieusement intitulé ‘Les vérités sur l’esclavage’ avec en Une la photo d’un Noir attaché et terrifié ait suscité des réactions fortes. Pourtant, on peut lire en toutes lettres dans ce magazine : ‘Voué aux gémonies, ce recueil de lois promulgué sous Louis XIV accorde pourtant des droits aux esclaves, tout en fixant des devoirs à leurs maîtres’. C’est le chapeau introductif de l’article ! En février 2020 ! Je rappelle que le code noir est un recueil de lois qui dans son article 44 ‘fixe’ dans la loi française (entre 1685 et l’abolition définitive de l’esclavage en 1848) le statut de bien meuble d’un esclave Noir des colonies. Ce dernier pouvant être acheté, vendu, donné, saisi, transmis par héritage. La présentation faite par Historia du code noir me semble contestable, même méprisante pour les descendants d’esclaves que sont nombre de Noirs français.

Pour ma part, je n’échapperai pas à ma responsabilité si j’ai commis une erreur ou si j’ai ma part de responsabilité dans une erreur commise. Vous avez le contexte et l’explication du maquillage effectué pour notre Portrait de la semaine du 16 février. A vous d’en juger, en connaissance de cause et pas simplement en réaction.

Harry Roselmack

*en l’occurrence je fais davantage référence à la réaction instantanée de l’épiderme qu’à sa couleur même si cette dernière a aussi, désormais, son importance. »