Ils sont des quartiers pauvres de la Jamaïque et défilent à Paris

Vues : 440

Le monde de la mode a sa part de rêves et en Jamaïque il y en a de particulièrement émouvants. Une enquête nous décrit comment une petite agence de mannequins découvre de jeunes caribéens qui sont devenus des stars des défilés à l’International. Mais les défilés terminés ils reviennent chez eux. La plupart vivent dans des quartiers les plus difficiles de Kingston en Jamaïque.

A part les icônes jamaïcaines Grace Jones ou Naomi Campbell, la diversité avait encore du mal à trouver sa place dans la mode, où les standards restent dans un « idéal traditionnel de personne mince, blanc et jeune », selon Jennifer Davidson, le rédactrice en chef de The Fashion Spot.

« Plusieurs agents, même des Noirs, m’ont dit qu’ils ont reçu pour ordre, (comme  la Maison de couture Lanvin  ) de ne pas leur présenter de femmes de couleur » ce sont les confidences de James Scully, un directeur de casting notoirement connu pour avoir dénoncer les abus et les discriminations dans le milieu de la mode.

De ces faits de discriminations qui handicapent de nombreux mannequins noirs, des directeurs artistique de la mode dans la Caraïbe se mobilisent et s’organisent. Et le jamaïcain Deiwght Peters en est un, d’entre eux, rapporte Guy Trebay pour le New York Times.

Deiwght Peters est un visionnaire qui en créant l’Agence Saint International Limited s’est donné la mission de faire réussir l’industrie de la mode en Jamaïque mais aussi dans la Caraïbe : « J’aime la beauté hors norme», non traditionnelle. Les mannequins doivent avoir une forte ambition, du dévouement mais la passion est la plus importante ».

Avec sa petite agence de mannequin, des jeunes filles et des jeunes hommes de la Caraïbe sont aujourd’hui des Top models qui défilent à Londres ou à Paris pour Yves Saint-Laurent, Balenciaga, Valentino, Dior ou Chanel. Certains ont fait les campagnes de lancement de D & G de Dolce & Gabbana et de CK-1 de Calvin Klein.

Ils sont en couverture de nombreuses revues de mode, Vogue, Elle, The Bazar ou Special Mode.

De la Jamaïque qu’il quitte pour Paris, Tevin Steele (ci-dessous) a participé à une Fashion Week à Paris en début d’année, l’occasion, pour les magazines de mode internatinaux, de découvrir ce mannequin pas comme les autres. Une histoire qui a été largement relayée par les réseaux sociaux.

A Port Antonio, Tevin Steele vendait des noix de coco verte fraîche au comptoir de Dinga-Fling, sa cabane en bordure de route. C’était son seul moyen de subsistance jusqu’à sa rencontre avec Deiwght Peters. Mais à 21 ans, Tevin Steele, devenu mannequin pour Saint International Limited, reconnaît que même si ce petit boulot de vente de coco est « intéressant », elle n’est « pas aussi lucrative et riche de promesse que son autre activité de mannequin ».

Son histoire racontée dans le The Jamaica Observer, explique comment le jeune jamaïcain a signé un contrat exclusif et a pu défilé pour Yves Saint Laurent à Paris. « J’ai toujours rêvé de voyager et d’avoir de belles choses. Quand l’Agence m’a appelé pour défiler pour Yves Saint Laurent, ma vie a changé ! » a déclaré le jeune homme au journaliste qui l’interrogeait.

«Changer les vies et ouvrir les horizons», c’est aussi l’ambition de Deiwght Peters, le fondateur de l’Agence Saint International Limited, une petite agence de mode à Kingston. (Ci dessus souriant à droite).

Le récit le plus étonnant est celui de Barbra-Lee Grant, une beauté de 22 ans qui travaillait comme commis lorsque Deiwght Peters l’a rencontrée pour la première fois : « Nous avons ensuite envoyé ses références à Balenciaga », a déclaré Deiwght Peters. « Et ils l’ont immédiatement réservé pour la campagne de 2017 ».

Jonny Brown, 23 ans, pose pour Topman quand d’autres mannequins font les campagnes de Teen Vivienne Westwood. Et, Shaun Holder, Tiffany Johnson ou Jenese Roper pour la campagne d’Yves Saint Laurent.

Naki Depass (ci-dessus) comme Tami Williams âgée de 19 ans (ci-dessous) sont sur les podiums de Valentino, Dior, Balmain ou Chanel Haute Couture.

Tami Williams pose aux côtés de Karl Lagerfeld , le directeur artistique de la Maison de Haute couture Chanel à Paris.

Brad Allen, un jeune homme de 23 ans de Kingston, présente actuellement une campagne publicitaire Polo Ralph Lauren.

« C’est comme une bénédiction qu’il puisse gagner sa vie et aller dans des endroits où nous n’avons jamais entendu parler », commente la mère du mannequin Brad Allen. Mme Hamilton, la mère du jeune homme est encore étonnée de la réussite de son fils : « Parfois, Brad appelle à la maison et dit qu’il est à Milan ou à Paris, et nous nous demandons : Quelle partie du monde est-ce? »

A 19 ans, le jeune mannequin jamaïcain Kai Newman, parrainé par Naomi Campbell, n’avait aucune ambition de devenir un mannequin professionnel quand elle a été repérée dans les rues de Kingston. Elle allait à un rendez-vous chez son dentiste.

L’agent artistique Deiwght Peters raconte : « Nous l’avons vue marcher avec sa mère, et nous nous sommes arrêtés. j’ai dit à sa mère: « Cette fille, c’est une étoile ! »

Après avoir testé une Agence de mode à New York qui l’a refuse, Kai Newman revient en Jamaïque, Saint International Limited de Deiwght Peters lui propose un contrat avec Gucci. En Jamaïque, depuis sa cabane en bois où elle vend des billets de loterie, Kerriann Brown Walters, la mère de Kai Newman a déclaré : « Nous n’avons jamais vu Vogue ! ».

Central Village, Waterhouse ou Allman Town, sont des quartiers de Kingston, où les gangs de drogue contrôlent les rues. Dans ces endroits où la violence armée est fréquente, la petite Agence Saint International Limited offre d’autres perspectives aux jeunes des quartiers pauvres. Elle réalise leur rêve d’enfant :

 

«  Mon désir est de donner aux jeunes enfants jamaïcains la chance de rêver et de voir un monde qu’ils n’auraient peut-être jamais connu, D’où ils viennent, nous leur offrons une chance d’être des mannequins internationaux », a déclaré le directeur artistique jamaïcain dans le New York Times.

Ci-dessous Olivier Rousteing, le Directeur artistique chez Balmain. Il est entouré de mannequins dont la jeune Tami Williams de l’Agence Saint International Limited.

Pour Deiwght Peters  : « Maintenant, l’ensemble des Caraïbes devient un nouvel espace pour le recrutement de mannequins qui participent à la nouvelle vague de Top model, issus de la diversité ». Des promesses de travail pour une île qui avoisine les trois millions de personnes, où le taux de chômage global est deux fois plus élevé chez les jeunes.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy 

Images JamaicaObserver/New York Times/Instagram