Inauguration de l’œuvre « Monumentale » en hommage aux Insurgés de 1870

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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« Cette inauguration officielle est une reconnaissance et un legs pour les générations actuelles et futures. Car se souvenir, commémorer, c’est s’enraciner pour de nouvelles germinations. La commémoration des temps forts de notre histoire fait partie des axes prioritaires de la politique culturelle de la Collectivité Territoriale de Martinique » a déclaré Alfred Marie-Jeanne.

Après la commémoration du 22 mai, la CTM poursuit la mise en lumière de ces évènements phares, l’Insurrection du Sud de septembre 1870 fait partie de ceux-ci.

Ce samedi 23 Novembre 2019 à 9h30, Le Président du Conseil Exécutif de la CTM a inauguré l’œuvre d’art sélectionnée pour rendre hommage aux Insurgés de 1870 à Desclieux.

Cette cérémonie s’est déroulée en présence de la Conseillère Exécutive Marie-Hélène Léotin, du Conseiller Exécutif Francis Carole, membre du Collectif Gloriyé Septanm 70, de nombreux élus, Messieurs Marie-Sainte, Michel Branchi, Clément Charpentier-Tity et de l’artiste concepteur de l’œuvre Christian BERTIN, de l’architecte Christian Saintrimat, de nombreux artistes dont René Louise, Victor Anicet et de nombreuses personnalités.

Il n’y aura pas de résilience de soumission par Francis Carole

Il était six heures du matin. Le jour venait à peine de se lever, ce samedi 25 novembre de l’année 1871.

Ici, au Polygone de Desclieux, cinq hommes faisaient place au peloton d’exécution. Ils étaient pour la plupart jeunes et, déjà, on les livrait à la mort.

L’année suivante, il y eut trois autres fusillés, trois des nôtres, trois insurgés.
Ils avaient noms Eugène LACAILLE, Furcy CARBONNEL, Louis Isidor GERTRUDE, Cyrille NICAMORE, Louis-Charles YOUTTE, Sidney Francisque SALOMON, Jules BRIANTO, Gustave FULGENCE.

Ils furent les victimes de l’effroyable répression neo-esclavagiste qui suivit l’insurrection de Martinique de septembre 1870 : des dizaines de morts, la chasse aux insurgés, les condamnations au bagne, la prison, les exécutions.

Quel crime avaient-ils donc commis ces femmes et ces hommes ?

Le pire de tous les crimes pour l’ordre racialiste en place. Celui d’avoir proclamé leur humanité, d’avoir osé dire non à des siècles de mépris, d’humiliations quotidiennes, de brutalité.

Le crime de dignité !

Par cette œuvre monumentale de Christian BERTIN, magistralement réalisée, puissante et solennelle, nous honorons les fusillés du Polygone de Desclieux.
Ce faisant, nous rendons aussi hommage à toutes celles et à tous ceux qui se sont levés en septembre 1870 et que le pouvoir colonial a tenté de criminaliser et de jeter dans l’oubli : Louis TELGA, Lumina SOPHIE, VILLARD, Daniel BOLIVARD, Léonce ÉLISE, Madeleine CLEM et tant d’autres.

Des esprits, on s’en doute, très bien intentionnés, nous conseillent d’oublier ce passé, de penser à l’avenir…de faire résilience. Mais l’histoire d’un peuple ne se construit pas dans l’ignorance et l’oubli de son passé. C’est au contraire ce passé, assimilé, maîtrisé qui nous aide à construire l’avenir.

Il ne saurait y avoir de résilience de soumission.
On ne peut pas, en effet, demander aux victimes de tout oublier, de renoncer à leur mémoire, de tout pardonner, tandis que les autres refusent le minimum de mea culpa qui s’impose.

Francis CAROLE
MARTINIQUE
23 novembre 2019