« J’ai souffert et je vis une renaissance » Corinne Mancé-Caster écrit sur son passé à l’UAG

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« L’immense amour des martiniquais et des guadeloupéens m’a aidé à ne pas sombrer ».

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Sa voix est douce mais décidée, son regard scrute avec intérêt, elle marche posément mais confiante. Corinne Mancé-Caster sourit elle est discrète. Cette modestie nous ferait oublier que cette femme est une personnalité connue aux Antilles et en Guyane. Elle termine un épisode douloureux de sa vie de présidente des universités en Martinique. Menacée par les uns et respectée par un grand nombre pour son intégrité, elle part dignement de sa fonction honorifique de présidente de l’Université des Antilles-Guyane (l’UAG).

Écrire, dénoncer le code secret qui muselle les femmes ambitieuses, lutter contre le syndrome de la victimisation, faire front devant l’adversité, soutenir le combat des femmes antillaises, ce sont les thèmes du prochain livre de Corinne Mancé-Caster, l’ancienne présidente de l’Université des Antilles et de la Guyane.

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A la direction de l’UAG de 2013 à 2016, Corinne Mancé Caster s’insurge contre le comportement sexiste et machiste des hommes antillais. Après « La Mazurka perdue des femmes-couresse » en 2013 et  « Au revoir Man Tine » en 2016, l’écrivaine envisage de prendre sa plume pour écrire son troisième roman qui paraîtra à la prochaine rentrée littéraire. Une opportunité pour la nouvelle élue de la Sorbonne de remercier le peuple martiniquais et tous les sympathisants de l’hexagone qui l’ont soutenue, les abonnés des réseaux sociaux, de faire part des mails et courriers solidaires.

Nous la rencontrons à Paris invitée spéciale d’une expo-conférence sur le féminisme aux Antilles. Une occasion de l’interroger sur ses projets parisiens et de discuter de son expérience à la fois violente et constructive au sein d’une institution qu’elle a quittée en septembre dernier, quatre mois avant la fin de son contrat.

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C’est le 25 janvier 2013, que Corinne Mancé-Caster est élue à la présidence de l’UAG (Université des Antilles-Guyane), elle est basée à la Martinique. La 11ème présidente sera à ce poste jusqu’au 31 août 2016, date à laquelle la multi diplômée dans l’enseignement supérieure présentera sa démission. Agrégée d’espagnol, professeure des universités, titulaire d’un doctorat en études linguistiques, son histoire comme chef de l’Université des Antilles-Guyane est extraordinaire. Pourtant elle sera contestée par quelques cadres de « son » Université et durant tout son mandat elle n’aura eu de cesse que de démontrer les abus et les malversations financières d’une cellule de recherche (le CEREGMIA), rattachée à l’UAG.

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Dans l’espoir de défendre les intérêts des étudiants à sa charge, la nouvelle professeure de la Sorbonne a (durant quatre années) résisté et « gagné » son procès contre les dérives financières du CEREGMIA (Centre d’Etude et de Recherche en Economie, Gestion, Modélisation et Informatique Appliquée).
Un an après sa prise de fonction, elle démet de leur poste des cadres qu’elle soupçonne de détournements. Un trou financier estimé à 10 millions d’euros est découvert en 2014. La nouvelle présidente accusatrice, devient alors la cible désignée des membres et alliés du CEREGMIA. Injures et insultes seront son quotidien. Les menaces sont si graves qu’elle bénéficiera d’une protection judiciaire. En 2015, un groupe le « Komité Justice Égalitaire » est créé qui s’insurge contre le lynchage de la présidente en fonction. Mais c’est finalement les rapports de la Cour des Comptes, du Sénat, de la Préfecture qui confirment les observations vérifiées de Corinne Mancé-Caster. En septembre 2016, après avoir assaini et réorganisé en partie l’UAG devenue L‘Université des Antilles, elle quitte son île.

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Sa démission acceptée par ses responsables, Corinne Mancé-Caster rejoint la plus prestigieuse Université de France installée au Quartier latin. Elle est désormais professeure des Universités à la Sorbonne, spécialisée dans les Lettres, les Arts et Sciences Humaines. Depuis sa prise de fonction dans la capitale (qu’elle rêvait de rejoindre), Corinne Mancé-Caster parle « d’une vraie renaissance ».

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Trois mois après avoir pris la décision de quitter la Martinique, l’ancienne présidente de l’Université des Antilles-Guyane est libre. Après plus de quatre ans à la tête de l’Université des Antilles-Guyane, la martiniquaise, Corinne Mancé-Caster aborde avec calme et sérénité cette vie qu’elle vient de choisir. Consciente qu’elle a bousculé les mentalités, elle en parle sans méchanceté et sans animosité. Être femme-mère et femme de pouvoir est une lourde charge aux Antilles mais pas un fardeau. Pour la nouvelle prof de la Sorbonne, témoigner de son expérience est une nécessité, un devoir vis-à-vis des femmes antillaises. L’envie de changer le comportement des hommes, de casser les codes des femmes soumises, de faire reculer les préjugés contre les femmes d’action, c’est le nouveau combat de la martiniquaise Corinne Mancé-Caster.

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Paris, ville des lumières, ville de la mode, ville de la culture. La plus belle capitale au monde pour rebondir et se reconstruire.
Elle est sollicitée par ses pairs, par ses compatriotes, elle s’épanouit à Paris, un rêve pour la martiniquaise qui attendait le moment opportun pour s’installer en métropole : « J’avais envie d’un gros bol d’air frais, parce que je me suis battue pendant presque quatre ans sans relâche ».

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A la voir si rayonnante sans aucun signe de fatigue visible sur son visage, on l’interroge, elle s’empresse de nous expliquer avec fierté : « Je pense que les femmes ont une capacité de résilience extraordinaire. Je crois qu’il faut garder l’aspect positif de toutes les expériences. J’ai pleuré, j’ai crié, j’ai écrit, je ne me suis pas inhibée et je peux repartir avec une nouvelle respiration. La vie est belle, il faut en profiter, il faut produire, tout simplement vivre ».
Sans amertume et sans violence elle continue : « Il faut surtout ne pas détester, ne pas haïr, toujours être dans une dynamique de solidarité avec son pays, avec sa culture ».

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Pas revancharde, elle rajoute « Il ne faut pas se laisser enfermer par ceux qui veulent nous pousser à nous sentir diminuer ». Heureuse, elle remercie les martiniquais et guadeloupéens qui ont fait le choix de la soutenir bon gré mal gré : « Cet immense amour m’a aidé à ne pas sombrer ».

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Corinne Mancé-Caster nous révèle son pseudo d’écrivain. Sous le nom de Mérine Ceco, elle espère partager son expérience avec toutes les femmes qui, un jour accéderont à un poste de direction dans leur région natale. L’ancienne présidente reconnaît que le tribut à payer quand on transgresse ce code secret « Reste à ta place » est oppressant et dure à combattre pour une femme.

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Son futur roman sera en librairie dès septembre prochain, à la rentrée littéraire en 2017.

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Dans une société conservatrice comme l’est la Martinique, les femmes qui ont de l’ambition sont encore mal vues par les hommes. Corinne Mancé-Caster ancienne présidente de l’Université Antilles-Guyane est témoin de ce comportement machiste, écoutez la au micro de Dorothée Audibert-Champenois :

Reportage et Photos Dorothée Audibert-Champenois/Fbook C’news Actus Dothy

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Corinne Mancé-Caster, sous le pseudonyme de Mérine Céco a écrit :

« Ma Mazurka perdue des femmes-couresse » – Prix Gilbert Gratiant en décembre 2013

Un recueil de 12 nouvelles : « Au revoir Man Titine » – Sélection finale du Prix Carbet 2016

Un essai « Mythologies du vivre-femme » – Un essai sur les postures et les impostures féminines (2015)

« Écrire la domination » – publié en 2016

 


2 commentaires :

  1. Djondo

    Bravo pour cet article.
    Madame Corinne Mancé-Caster est la personnalité Antillaise de l’Année.
    Mais les institutions ne lui rendront pas cet hommage qu’elle n’attend pas.
    La corruption des hommes Politiques (et des femmes également) telle celle de Lurel, la lâcheté des fonctionnaires qui ne vivent que pour pantoufler, l’ignorance des jeunes générations, l’impuissance de la société civile, la méfiance des institutions Judiciaires qui ne sont pas habituées à jouer un role politique de cette ampleur, la subordination du système Policier qui attend qu’on lui dise qui protéger, tout conspire contre le dénouement heureux de la dénonciation de la Gabegie à l’Université. On a découvert la disparition de 10 millions à une date certaine, mais il y a d’autre dates moins certaines que les finances publique préfèrent taires. 1999 par exemple, lorsque les compte de l’Université ont disparus une première fois, causant la mort par suicide d’un des fonctionnaire responsable de la trésorerie de l’Université. Mort en vain, ses collègues l’ont enterrés sans souvenir, comme des poissons rouges oublient leur congénère après quelques minutes seulement même s’ils ont passé 14 ans dans le même bocal.

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