Jeune chanteur, il vit durement à Paris et devient contre ténor et professeur de chant en Angleterre

Vues : 1954

Il semble pensif et pressé. Le jeune homme élégant et très soigné, a la mine sérieuse.

Pourtant Kevin Prone est un jeune homme agréable et facétieux, plein d’entrain qui éclate de rire à la moindre occasion. Nous l’avons rencontré dans différents quartiers de Londres.

Il est jeune, pourtant le londonien d’adoption a une carte professionnelle bien remplie. A seulement 25 ans, il a posé ses valises dans différents pays et participé à de nombreuses rencontres qui lui ont permis de faire des choix déterminants.

Kevin Prone est contre-ténor, il possède une voix rare qu’il soigne et qu’il entretient même durant « les moments durs » nous dit-il. Depuis plus d’un an qu’il a décidé de quitter la France, le jeune homme s’étourdit de projets. C’est désormais un artiste qui compte trouver sa place dans la société musicale au sein du Grand Londres.

Cette voix de femme dans un corps d’homme, Kevin l’a apprivoisée. Il l’aime. Cette voix, il en a pris conscience trop tardivement, plus le temps de faire des études au Conservatoire de musique, peu d’argent pour suivre des cours privés, Kevin Prone serait amer sans sa volonté de réussir à tout prix.

Son histoire musicale commence en 2004 . Kevin Prone a 12 ans, il est en classe de 6ème au collège Christiane Eda-Pierre du Morne Rouge. Il apprend par hasard qu’un projet musical se prépare, il consulte les dates d’audition affichées dans son établissement et l’adolescent s’inscrit à un casting.

Les martiniquais Bruno Adin (compositeur) et Gilles-Denis Delage, auteur de « Son corps était couvert de bleus » choisissent le jeune Kevin pour tenir le premier rôle dans leur comédie musicale. Kevin Prone devient Vincent, un enfant battu par son père. Dans un environnement malsain, Vincent subit des violences. Tirés de faits réel, le spectacle dénonce les sévices, indexe les blessures et les souffrances des petites victimes abusées et maltraitées dans la société martiniquaise. Après cinq mois de répétition, la première représentation sera jouée à la Martinique, le 26 mai 2004 à l’Atrium (Espace culturel de Fort-de-France) et à la Maison de la Culture du Lamentin.

Le succès est immense, Télé Martinique diffuse la comédie musicale. la Martinique toute entière découvre un jeune chanteur d’une dizaine d’années qui chante prodigieusement. Kevin Prone est une révélation. Une vedette est née aux Antilles françaises.

Mais ses ambitions sont stoppées avec le départ de Gilles-Denis Delage, l’auteur, fonctionnaire au Conseil Régional de la Martinique, s’expatrie. Kevin Prone, enfant de parents modestes, reprend les rangs et obtient son bac, une exigence parentale. Son précieux ticket scolaire obtenue avec de très bonnes notes, le jeune homme décide coûte que coûte de prendre son envol. Fin stratège, il décide de continuer ses études de Logistique & Transport à l’université de Cergy Pontoise(Île-de-France) dans l’idée d’explorer en parallèle ses capacités dans le chant.

Au Gospel Family, il se sent bien. Kevin Prone intègre le groupe et s’éloigne de son statut de soliste pour plonger dans un autre univers, celui des choristes. A l’instar des fidèles américains, Les chants évangéliques (piqués d’émotion) subliment son pouvoir vocal et sa ferveur dans la croyance religieuse. Il fera une tournée durant deux ans au Gospel Family, sans ébranler  sa foi pour le chant baroque.

Le vrai tournant musical s’opère au printemps 2013, quand le jeune martiniquais est invité en Belgique dans une soirée familiale. Un ami de ses parents Jacques Colant, formé à l’Opéra Royal belge se met au piano et Kevin confiant et détendu, chante. Son « parrain » belge est impressionné quand il écoute le jeune martiniquais qui chante : « Ombra mai fu » de Haendel ou « Lascia ch’io pianga « de Farinelli .

Jacques Colant lui annonce avec émotion que sa voix est celle d’un contre ténor. Soif de tout connaître de cette voix, il visionne immédiatement l’un des nombreux films sur la vie de Carlo Maria Michele Angelo Broschi dit Farinelli. Le castrat d’Andria (Italie) l’éblouit mais aussi la voix de castrat de Philippe Jaroussky, une grande voix d’Opéra à Paris.

La perfection du chant des castrats, ténors, barytons et contre ténors aura son apogée pendant la période de l’Art Baroque. Un mouvement artistique (musique, peinture, architecture et sculpture) qui trouve son origine en Italie (Rome, Mantoue, Venise et Florence) dès le milieu du 16ème siècle il se termine au milieu du 18ème siècle.

Le chant baroque plus fantaisiste, ouvre plus de liberté dans le mouvement, dans l’imagination et les artistes sont des virtuoses dans la grandiloquence. Le style baroque se différencie de la musique classique où le chant est plus statique et respecte la rigueur de l’Art classique.

Désormais le jeune antillais connaît sa voix. Il s’affirme et veut aller plus loin. Kevin étudie avec son mentor, affine son travail entre la France et la Belgique où il se produit.

Dans la capitale parisienne, le jeune homme croise des artistes antillais comme lui, Fabrice Di Falco le soprano à la voix d’or, d’autres artistes lui font des promesses, certains lui manifestent plus d’intérêt. Les places en France sont chères, sans diplômes, sans relations, sans réseaux, des promesses non tenues et des finances inexistantes auraient pu arrêter ses ambitions. Mais son moral tient bon et le martiniquais Kevin Prone a une autre idée.

Kevin Prone quitte la France et s’installe à Londres. Une nouvelle vie, d’autres opportunités l’attendent. Kevin repart doublement motivé car (il sourit en le disant), c’était « un autre voeu caché ». Apprendre la langue anglaise (il en rêvait) et relancer sa carrière dans le chant. C’est aussi en Angleterre que vit James Thomas Bowman, le plus grand contre ténor du monde.

L’ancien petit chanteur du Morne-Rouge (Martinique), Kevin Prone se perfectionne, prépare des examens puis devient professeur de chant dans le quartier de Soho en plein cœur de la capitale britannique.

C’est au tube station Tottenham Court Road (Ouest de Londres) qu’il nous donne rendez-vous pour découvrir le lieu et l’espace qu’il occupe dans l’église où il forme et initie ses élèves londoniens à la pratique du chant. Mais aussi une acoustique et un lieu idéal pour travailler sa voix lyrique. Plus que former des chanteurs à partir du répertoire baroque, il s’agit de travailler autrement la voix de jeunes ou d’adultes pour qu’ils trouvent de la sérénité et du bien-être dans le chant quel qu’il soit.

Kevin Prone est par ailleurs sollicité pour des représentations en concerts privés dans des églises ou dans des clubs anglais qui louent son talent de contre ténor. Connu en France, Kevin se produit outre-manche, son dernier concert, il l’a fait il y a juste un mois à Paris.

Une de ses grandes fiertés c’est sa participation dans « The Voice UK « en janvier 2017. Un unique épisode dans cette émission mais une expérience qui conforte Kevin Prone qu’il peut poursuivre dans cette voie. Devant des millions de spectateurs, le jeune prodige antillais « a tout donné » à ses nombreux fans et spectateurs de la télé anglaise qui le suivent sur ses pages Facebook et sur ses autres supports des réseaux sociaux.

Aujourd’hui, le jeune homme s’émancipe du répertoire baroque. Après l’expérience au Gospel en France, Kevin éprouve sa voix dans l’alternatif avec des influences Pop.

Depuis quelques semaines avec un ami musicien, le martiniquais a lancé un appel à financer son premier album. Il s’agit de collecter 8000 euros qui lui permettront de créer un mini album (EP) de trois à cinq titres.

Un appel aux dons (crowdfunding) qui se termine le 17 mars 2017. Avec le soutien de sa famille, Kevin Prone pousse ce challenge qui lui permettrait de réaliser (enfin) son rêve d’enfant

Ecoutez Kevin Prone, il nous décrit les difficultés d’être contre ténor mais souligne sa détermination dans le domaine du chant.

L’antillais termine notre rencontre sur un chant martiniquais avec sa voix de contre ténor :

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook C’news Actus Dothy
Photos C’news Actus Dothy