Justice : Un bébé enfermé 2 ans dans un coffre de voiture, la mère de Séréna risque 20 ans de prison

Elle a aujourd’hui 7 ans, elle a du apprendre à marcher, elle court, elle fait du vélo mais ne prononce pas un mot.

Séréna avait vingt-quatre mois quand des garagistes l’ont découverte dans le coffre de la voiture de Maria-Rosa Da Cruz, sa mère. Séréna est handicapée à vie.

Cette mère de famille est renvoyée aux Assises de Corrèze pour « violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente » sur un mineur de moins de 15 ans. Le procès démarre ce lundi 12 novembre 2018 aux Assises de Tulle. Maria-Rosa Da Cruz risque jusqu’à 20 ans de prison. Elle est jugée au Palais de Justice de Tulle.

 

Vendredi 25 octobre 2013, Maria-Rosa Da Cruz conduit sa voiture dans un garage de Terrasson-Lavilledieu en Dordogne. Ses warnings ne fonctionnent pas, elle décide de laisser sa Peugeot 307 pour effectuer des réparations. C’est dans ce garage, que Denis Delatour (un commercial) et Guillaume Iguacel (garagiste) entendent des couinements qui proviennent du coffre de la Peugeot. Ils s’approchent du véhicule : « Je demandais si c’est un animal qui est caché derrière », raconte-t-il à la presse. Mais la maman les rassure :  «  Elle me dit, non, non, cela doit être un jouet qui s’est déclenché ».

Le garagiste ouvre le coffre et se souvient encore de la scène effroyable : « C’est là que j’ai vu l’horreur. Il y avait le couffin, avec une odeur horrible, et l’enfant blotti tout nu ». Le bébé éblouit par la lumière est entièrement nu, la tête bouclée légèrement tournée sur le côté, il peine à respirer, cherche son souffle. L’enfant est sur le dos, autour de lui des excréments, des larves de mouches et un biberon sale, contenant du lait fermenté.

Après lui avoir demandé de prendre et de nourrir sa fille, les deux hommes alertent les secours et préviennent les pompiers. Un des secouristes présents ce vendredi là, raconte aux enquêteurs ce qui l’a bouleversé : « L’odeur » insoutenable » et  « pestilentielle » qui venait du coffre ». Prise en charge par le service pédiatrique du centre hospitalier de Brive, le petite Séréna déshydratée, en état de carence, doit subir « quatre lavages successifs » avant de retrouver un « aspect normal ».

Comme pour se défendre la mère de trois enfants, déclare devant la presse « qu’elle ne percevait pas sa fille comme une personne mais comme une « chose » qu’elle devait « maintenir en vie ».

L’histoire de la petite Séréna (surnommée ainsi à cause de son grand calme), commence par un déni total de grossesse. A Brive-la-Gaillarde, dans la maison en contre-bas de l’A89, Maria-Rosa, originaire du Portugal, a un peu de ventre et personne ne se rend compte de sa grossesse. Malgré toutes les précautions (elle a arrêté la pilule depuis un an), Maria constate qu’elle est enceinte, elle a huit mois. Elle n’en parle pas et accouche seule d’une petite fille, le vendredi 24 novembre 2011, au petit matin : « Je lui ai coupé le cordon, je l’ai prise dans mes bras et après je l’ai posée, j’ai fait mon train-train, j’ai levé les petits, je les ai préparés pour aller à l’école comme si de rien n’était. » raconte Maria-Rosa dans l’émission « Sept à huit », diffusée sur TF1 le 3 novembre 2013.

Maria-Rosa Da-Cruz a fait deux dénis successifs de grossesses, ainsi sont nés son deuxième et son troisième enfant. Des naissances qui semblent contenter son compagnon Domingos Sampaio-Alves. Un voisin, Alain, témoigne dans le quotidien Libération : « Lorsque nous avons dit au papa qu’il avait une fille, il a dit être comblé, mais que les enfants, ça suffisait, maintenant. ».

En 2013, quand on découvre l’histoire du « bébé du coffre », Maria-Rosa Da Cruz est une maman qui fait front et se défend dans les médias : «  Je me suis enfermée dans le mensonge, un gouffre ».

 

Ni son compagnon, ni ses trois autres enfants âgés de 9 à 16 ans n’ont su l’existence de Séréna. Les aînés ont vu la mère préparer des biberons ou fréquemment descendre au rez-de-chaussée (en travaux) dans leur maison au lieu-dit La Combe.

Au rez-de chaussée, le bébé restait seul dans une petite pièce, où s’étalait deux matelas en mousse. « Ce n’est pas un bébé du coffre. C’est un bébé qui a vécu dans la maison, dans une pièce où personne n’allait. Je la laissais là, n’importe qui aurait pu la trouver, elle n’était pas cachée » avoue Maria-Rosa, toujours dans le magazine « Sept-à-Huit ». Il lui arrivait d’oublier de nourrir Séréna, toute une journée.

L’enfant a vécu seul dans et espace jusqu’au jour où le compagnon de la mère de famille se retrouve un an au chômage. Le coffre devient alors, une cache permanente, Maria-Rosa, interdisant sa dernière fille à l’ouvrir, pour y poser son cartable.

Le calvaire de Séréna aurait pu prendre fin, si ce manque de contact et cette vie quotidienne dans l’obscurité n’avaient provoqué « Un syndrome autistique dû à l’enfermement ». Après quatre expertises, les psychiatres et médecin ont finalement conclu en mai 2016 que Serena (qui ne pesait que 7,8 kg à sa découvert, au lieu de 12 kg), faisait l’objet « d’un syndrome autistique en ce qu’elle ne portait aucun regard intéressé vers autrui et ne rentrait pas en communication ».  Selon les informations du site 20 minutes, ces mêmes médecins parlaient du « caractère définitif » de « ses altérations ».

Séréna est dans une maison d’Accueil, secrètement gardée pour l’aider à se construire. Ses frères et sœurs ne la connaissent pas. Le procès de sa maman-bourreau, Maria-Rosa Da Cruz commence aujourd’hui aux Assises de Corrèze.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy
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