La célèbre cantatrice martiniquaise, Christiane Eda-Pierre est décédée à l’âge de 88 ans

La célèbre cantatrice martiniquaise, Christiane Eda-Pierre est décédée à l’âge de 88 ans : « Une des voix les plus intéressantes du XXème siècle », écrit le Forum Opéra.

La célèbre cantatrice martiniquaise, Christiane Eda-Pierre s’est éteinte, ce dimanche 6 septembre, à l’âge de 88 ans dans sa maison des Deux-Sèvres dans le centre-ouest de l’Hexagone.

« Dotée d’un timbre d’une rare beauté, d’un sens incomparable de la ligne et d’une technique sans faille, Christiane Eda-Pierre fut l’une des voix les plus intéressantes du vingtième siècle », écrit le Forum Opéra sur son site internet où il annonce le décès de la célèbre soprano.

Née à Fort-de-France en 1932 d’un père journaliste et d’une mère musicienne, la cantatrice martiniquaise aura été « l’une des figures marquantes du règne » de Rolf Liebermann à l’Opéra de Paris et de Gérard Mortier à La Monnaie de Bruxelles, notamment dans Les Contes d’Hoffman de Patrice Chéreau et dans La Clemenza di Tito de Karl Ernst et Ursel Herrmann, poursuit Forum de l’Opéra.

En septembre 1950, Christiane Eda-Pierre quitte la Martinique pour Paris, où pendant deux ans, elle travaille à l’Ecole Normale de Musique, relate le Forum de l’Opéra.

Elle se destinait à devenir pianiste, mais en suivant les cours de chant de Charles Panzera, elle passera du piano au chant.

En 1954, la jeune soprano intègre le Conservatoire de la Rue de Madrid, où elle travaille le chant avec le baryton Louis Noguera, et la diction avec la comédienne Gabrielle Fontan. Christiane Eda-Pierre remporte plusieurs récompenses : le prix Lucienne Bréval, le prix Ambroise Thomas, le prix Alice Ducasse.

En 1957, elle sort du Conservatoire avec le premier prix de chant, le premier prix d’opéra et le premier prix d’opéra comique.

Au début de sa carrière, Christiane Eda-Pierre, est la seule cantatrice noire de France

Quand elle commence sa carrière, Christiane Eda-Pierre est la seule cantatrice noire de France. « Avant elle, il y avait eu Germaine Lubin, qui niera ses origines paternelles antillaises pour s’inventer des ascendances kabyles d’un père prétendument diplomate », souligne le Forum de l’Opéra.
Christiane Eda-Pierre débute, en 1958, dans « Les Pêcheurs de perles » à l’Opéra de Nice.
La même année, on la voit dans « Rigoletto » à Mulhouse où elle reçoit un excellent accueil de la part de la presse.

Elle retourne un an plus tard dans la ville alsacienne pour incarner « Lakmé », l’un de ses rôles les plus significatifs.

En 1959, elle débute au Festival d’Aix-en-Provence, dans le rôle de «Papagena de « La Flûte Enchantée », début d’une longue collaboration avec Gabriel Dussurget, puis en 1960, elle apparait Salle Favart.
La carrière de l’artiste se poursuit aux quatre coins du monde.

En mars 1974, elle prend part à une production marseillaise des Puritains, qu’elle avait déjà chanté à Wexford en 1973. Dans la cité phocéenne, elle interprète l’ouvrage bellinien aux cotés d’Alfredo Kraus, Robert Massard et Pierre Thau. « Ce spectacle historique sera considéré comme une production de référence pendant un demi-siècle », commente le Forum de l’Opéra.

En 1980, elle chante Rigoletto devant 300.000 personnes à Central Park

En 1980, elle chante Rigoletto devant 300.000 personnes à Central Park. Son duc de Mantoue est Luciano Pavarotti, puis elle reprend l’ouvrage au Met.

En 1986, Christiane Eda-Pierre se retire de la scène mais continue à donner des récitals jusqu’en 1995. »

Il y a quelques mois, un ouvrage écrit par Catherine Marceline lui est consacré : « Christiane Eda-Pierre, une vie ‘excellence’ » qui évoque sa brillante carrière mais aussi son entourage familial, composé de brillants intellectuels, militants de la cause noire et du courant littéraire de la négritude.

La soprano est en effet la fille de William Eda-Pierre, décédé très jeune, et d’Alice Nardal, l’une des sept sœurs Nardal, famille d’intellectuels de la bourgeoisie martiniquaise, et la nièce de Paulette Nardal, « la première étudiante noire à la Sorbonne ».

Paulette Nardal présentera une thèse sur l’abolitionniste convaincue, Harriet Beecher Stowe, antiesclavagiste nord-américaine, connue pour avoir écrit La Case de l’oncle Tom.
Paulette Nardal sera la première journaliste noire en France.

Elle recevra, avec ses sœurs, Jeanne, Andrée et Alice dans leur maison de Clamart, l’élite de la diaspora noire, à commencer par Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Pierre Aliker, compagnon de route d’Aimé Césaire et même la célèbre mezzo-soprano, Marian Anderson.

Un comité est aujourd’hui constitué pour faire entrer au Panthéon Paulette Nardal, pionnière du concept de la négritude avant Césaire et Léopold Sédar Senghor.

Depuis mars 2019, le hall d’entrée de Tropiques Atrium à Fort-de-France porte le nom de Christiane Eda-Pierre où une exposition sur sa carrière a été organisée par la CTM et deux concerts par la Fondation d’entreprise Sphère.