«La Culture, c’est le nannan de la vie ! », la martiniquaise Jala est écrivaine, conteuse et ventriloque

Ce lundi 18 mars, le Salon Livre Paris, l’une des plus grandes manifestations littéraires de France a fermé ses portes enregistrant « une fréquentation en baisse pour la deuxième fois » ont indiqué les organisateurs du Salon. Le Salon créé en 1981, a clôturé comptabilisant « 160 000 visiteurs » soit 2% de fréquentation en moins par apport à l’an passé.

Parmi les 3000 auteurs et les 1 200 exposants de cette 39ème édition, le stand des outre-mer sous le parrainage du Ministère des Outre-mer, reste l’un des espaces, le plus visité du Salon Livre Paris. Chaque année, à la Porte de Versailles, des délégations d’écrivains sont présents à cet événement littéraire. C’est-là, une opportunité pour les auteurs ultramarins de se faire connaître d’un nouveau public et de visiter sur place de nouvelles maisons d’édition.

Du 15 au 18 mars au Salon Livre Paris, côté « Pavillon des Outre-Mer », cinq maisons d’éditions affichaient des romans et ouvrages classiques mais également des nouveautés. La maison d’édition Orphie, la plus imposante du stand, dévoilait un ouvrage étonnant « Bélie et Zélie au fil de l’eau », le premier recueil de contes de la martiniquaise Jeannine Lafontaine alias Jala. L’écrivaine connue dans son île pour ses talents de conteuse en langue créole, tient la plume depuis plus de 28 ans.

Née à Saint-Pierre à la Martinique, l’écrivaine a grandi dans la commune voisine, du Carbet. Auteure et ancrée dans sa culture antillaise, la pierrotaine est une artiste réputée sur aux Antilles où elle présente des spectacles, participe à l’apprentissage de la langue créole dans les classes élémentaires, les écoles de formations et les établissements universitaires aux Antilles. Son expérience de conteuse, elle la partage au sein de la diaspora caribéenne, dans différents Festivals, Jala exporte à l’étranger une longue tradition, celle des conteurs, celle des griots, transmise de l’Afrique aux Antilles.

Aussi, quand on l’interroge, Jala Jeannine Lafontaine se définit comme une « Femme de la Martinique, de la Caraïbe, une femme du Monde » reconnaissable entre toutes.
Coiffe en madras modernisée, robe rouge d’inspiration locale, longues tresses argentées, Jala s’expose aux photographes, aux visiteurs, l’écrivaine n’arrête pas les selfies depuis l’ouverture du Salon Livre Paris, s’amuse-t-elle à répéter. Quatre jours, où à travers Jala l’image de la Martinique est diffusée sur tous les réseaux sociaux. Une plate-forme sur laquelle l’artiste est très active, un outil utile qui lui assure la promotion de son dernier livre. Longtemps éditrice, Jala qui regrette cette fonction par suite d’une décision judiciaire, est depuis 2014, responsable de ses propres ventes en tant qu’auteure.

Ce lundi 18 mars 2019, il est 19h au Pavillon des Outre-Mer. Il ne reste plus un seul exemplaire de « Bélie et Zélie au fil de l’eau », tout a été vendu durant le temps de l’exposition et son éditeur placé à quelques pas du sien, ne peut plus répondre aux demandes des clients retardataires.

C’est peut dire que « Bélie et Zélie au fil de l’eau » est un succès en librairie aux Antilles et dans les boutiques spécialisées à Paris. Accompagnée de sa marionette Étiéniz, qu’elle réalise et confectionne, Jala Jeannine Lafontaine ouvre son recueil de contes et révèle la belle histoire de « Bélie et Zélie au fil de l’eau ».

Mademoiselle Zélie est une étourdie, elle fait des bêtises mais sa cousine Bélie, plus sage, est une libellule plus raisonnable dont s’identifie les petits lecteurs et jeunes lectrices. Tout au long du livre, Zélie et Bélie auront comme objectif de faire découvrir l’eau aux enfants et aux adultes. Toutes les formes de l’eau, l’eau potable, l’eau douce, celle des rivières, des mares, l’eau salée, celle de la mer, l’eau de pluie. Au total huit formes d’eau sont décrites dans « Bélie et Zélie au fil de l’eau ».

« Titine, bois sec … Dlô monté monn … sé Coco… » cette phrase qui fait allusion à l’eau de coco, lance les débuts de contes aux Antilles et dans la Caraïbe. Elle ouvre le dialogue avec la cour (le public) qui répond et attend l’histoire. mais le conteur s’assurera que la cour ne dort pas en ‘interpellant régulièrement. Jala Jeannine Lafontaine s’est inspirée de cette trame dans son livre. Le conte de « Bélie et Zélie au fil de l’eau » peut commencer.

Plus que s’intéresser aux seules vertus de l’eau, l’écrivaine et conteuse Jala se préoccupe également de l’environnement où évoluent Bélie et Zélie . Vient s’ajouter des réflexions sur le recyclage des déchets, les difficultés à appréhender l’utilisation des énergies renouvelables, solaire, hydraulique, éolienne, géothermique, marine ou biomasse. Il s’agit de déplacer la magie du conte vers des questions écologiques pour éduquer et responsabiliser les jeunes de demain, pour que : « Les jeunes lecteurs ne soient pas des acteurs passifs sur la question de l’écologie » commente Jala. D’autres thématiques seront évoquées dans les recueils qui suivront : « Bélie et Zélie auront prochainement rendez-vous avec la terre. Le petit duo quittera ensuite la campagne pour se frotter à la politique « car il faut initier les enfants à la vraie vie politique », assure la ventriloque.

Avec l’image s’ajoute le son. Chaque récit est écrit en français et en créole et s’accompagne d’un CD en français et en créole, une occasion d’entendre l’accent, la prononciation des mots dits en créole martiniquais. Pour ceux qui veulent s’initier à l’écriture de la langue créole, Jala garantit une bonne pratique du créole. La martiniquaise enseigne la langue depuis 2016 aux aspirants professeurs des élèves, inscrits à l’Institut IFMS.

On se distrait avec le conte, mais il est utile d’apprécier la valeur éducative et morale des histoires : « Le conteur a comme mission de transmettre les connaissances. J’essaie de me mettre dans le même état d’esprit que nos conteurs d’autrefois, que nos griots. Je lutte aussi pour que notre savoir soit transmis aux enfants. Je suis pour la transmission de notre patrimoine et pour la protection de notre culture » témoigne Jala Jeannine Lafontaine.

Malheureusement, la culture est un peu le parent pauvre dans les politiques des villes et pourtant : « C’est le nannan même de la vie » soupire l’artiste et écrivaine. En dépit des difficultés on lutte pour pouvoir être partout, nous essayons de représenter notre culture dans différents pays ».
La Caraïbe est aussi un espace à apprivoiser. « Mon association de marionnettes est liée avec une association cubaine. La Fintla est une fédération des marionnettistes des pays latinos américains. Nous coopérons avec les pays de la Caraïbe mais aussi avec la République Dominicaine avec laquelle, tous les deux ans nous organisons un congrès sur le théâtre ».

JALA sé fanm tout patou, JALA est une femme de tous pays (C'news Actus Dothy)

MARTINIQUE – CARAIBE – PATRIMOINE : JALA comme la plupart des artistes peinent à financer de nombreux projets. En dépit d'une vraie politique culturelle pour valoriser les oeuvres des artistes, certains comme JALA de martinique adhèrent dans des fédérations ou des groupes caribéens. L'occasion de voyager et d'exporter le temps d'un voyage, ses traditions, ses écrits, sa langue ou sa musique dans le monde. Reportage Dorothée Audibert-Champenois / C'news Actus Dothy Antillesboxmail – Dothy Jala Jeannine Lafontaine #salonlivreparis #lecture #conte #griot #livre

Publiée par Antillesboxmail – Dothy sur Mercredi 20 mars 2019

Jala Jeannine Lafontaine fait partie d’un groupe de 52 femmes écrivaines de la Martinique et du groupe des auteurs, les SAJ, comprendre les sages martiniquaises. S comme Sabine, A comme Arlette Pulvar et J comme Jala (Jeannine Lafontaine).

« On continue à proposer des projets, mais la relève se met aussi en place » concluent le couple Jala et sa complice Étiéniz.

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy Crédit Photo C’news Actus Dothy