La leçon du courabaril d’Aimé Césaire, 12 ans après…

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Ce mardi 17 décembre, le Président du Conseil Régional Serge Letchimy, Bernard Hayot et Maurice Antiste, maire du François, se sont réunis à l’Habitation Clément pour commémorer la plantation en 2001 du symbolique Courbaril par Aimé Césaire. «  En plantant le courbaril dans cette terre gorgée d’histoire, Aimé Césaire plantait les probables racines d’une conquête, celle de la fraternité, en fait, celle de la solidarité pour un mieux développement.  » déclarait Serge Letchimy.

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Et c’était en effet le souhait du défunt poète que de symboliser une Martinique forte et unifiée en plantant ce magnifique « pié bwa » en voie de disparition. Un moment vécu mardi comme chargé d’histoire et honoré comme il se doit avec une magnifique mise en lumière bleutée du courbaril et des discours emplis d’émotions:

[…] Aimé Césaire était un poète. C’est-à-dire un homme de prescience, de vision. Sa sensibilité était toujours offerte à ce qu’il appelait « le plus large contre le plus étroit ». Le plus humain contre le moins humain.

En plantant le courbaril dans cette terre gorgée d’histoire, Aimé CESAIRE plantait les probables racines d’une conquête, Celle de la fraternité, en fait, celle de la solidarité pour un mieux développement. Il avait l’obsession du développement économique, culturel et social de notre pays. Mais il savait que tout développement ne peut atteindre sa plénitude que s’il se voit accompagné d’un récit symbolique.

Or, comme tout grand poète, Césaire était un homme de symbole. Et s’il a accepté de venir ici, de planter cet arbre, c’est que cela représentait pour lui quelque chose de significatif en ce qui concerne l’épanouissement de notre pays. Ce jour-là, il a exprimé mieux que quiconque ce qu’il y mettait. Quand on relit sa déclaration on ne peut être que frappé par sa clarté, sa simplicité, et surtout : son incroyable justesse.

Dans toutes les communautés humaines l’arbre constitue un symbole considérable. Mais sa plantation revêtait pour Césaire une dimension supplémentaire. Cet arbre était planté dans la terre martiniquaise, un pays qu’il considérait à l’époque — en 2001 — comme en péril.

Toutes les valeurs portées par ce courbaril devaient, disait-il, être mobilisée par nous et pour nous. Il avait donc parlé d’abord de l’arbre en soulignant la nécessité de sa sauvegarde écologique.

Il avait aussi évoqué sa dimension économique, car on sait l’usage qui peut être fait du bois du courbaril.

Ensuite, il s’était attaché à l’arbre lui-même. Le courbaril est un géant qui peut atteindre trente mètres.

Cet arbre pouvant vivre plusieurs siècles est synonyme d’éternité et s’inscrit dans l’imminence des temps. Il semble contrarier la courbure du temps, celle du temps humain.

Sa fonction d’édificatrice de la forêt semble avoir une analogie avec un lieu sacré protecteur, un temple sacralisant la diversité des formes et des dynamiques. Il sait mobiliser la force des racines, la profondeur du sol, la lenteur, la patience, l’énergie. Césaire y voyait une superbe volonté végétale tendue vers l’avenir.

Et pour finir, toujours aussi génial, il s’était attaché à la feuille très singulière du courbaril. Chacun de ses fruits est entouré par un ensemble de feuilles doubles, associées et intimes. Toutes les feuilles du courbaril sont des feuilles solidaires ! Aimé Césaire était venu ici planter la solidarité !

Quelle leçon pouvons-nous en tirer ? D’abord que cet arbre a été planté sur une ligne de fracture : celle d’une douleur fondatrice. Sachant que pour que cette douleur soit fondatrice, il faut qu’elle soit consciemment force d’élévation. Une douleur qui pèse encore sur nos imaginaires. Elle imprime encore à notre société, des ruptures, des distances, des pertes de solidarité, des griefs mal dépassés et du ressentiment. Certains s’y complaisent ou l’enveniment. D’autres veulent l’oublier. Césaire considérait qu’on ne pouvait la passer sous silence. Il considérait qu’il fallait planter sur cette ligne de douleur. Planter nullement l’arbre du renoncement, de l’oubli ou du pardon aveugle.

Mais véritablement l’arbre de la solidarité : de la très humaine, et très indispensable solidarité ! Non, il ne s’agit point de l’arbre de l’oubli dont la sève serait un baume cicatrisant superficiellement un corps à l’épiderme contrariée, mais la matérialisation d’une détermination : à refuser tout forme de fatalisme, à refuser d’être les spectateurs oisifs de notre propre construction orchestrée par d’autres, à refuser de considérer la division comme seul moyen d’exister ou de rayonner.

C’est aussi la volonté opiniâtre de l’égalité des droits et la reconnaissance du droit à la différence, comme moyens de parvenir à l’émancipation et à un développement économique et social responsable […]

Serge LETCHIMY

Une leçon, en cette période de survie, que nous nous devons de nous souvenir chaque jour pour notre évolution personnelle et celle de notre département car comme le disait si bien Césaire: « Ce qui est valable pour l’arbre est valable pour l’homme« .

Photo : Fernand Bibas