La Martinique s’ouvre aux capitaux de la région Caraïbes

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Décidément la Martinique est « un beau pays » comme le dit un dicton local. Suffisamment en tout cas pour avoir convaincu Guardian Holdings Limited (GHL), un groupe d’assurances basé à Trinité et Tobago d’investir 150 millions d’euros à la Pointe Simon, à proximité immédiate du quai des paquebots de croisière de Fort-de-France.

Coiffé d’une tour de 20 étages, son premier ensemble immobilier composé de 40 appartements de luxe, d’un hôtel, de bureaux et de magasins y est en cours de finition et de commercialisation. « C’est le premier investissement en fonds propres d’un étranger sans participation de l’Etat autre que fiscale », souligne Jean-Frédéric Mognetti, conseiller spécial de GHL. « C’est un vrai changement pour la Martinique et les départements d’outre-mer », renchérit Patrick-Olivier Picourt, président du groupe Startom qui a notamment repris les hôtels que le groupe Accor a dû renoncer à exploiter dans l’île. « Le maire et le président de région sont d’accord pour faire de Fort-de-France une métropole, c’est tout le positionnement de la Martinique qui évolue, poursuit-il. Jusqu’à maintenant, toutes les entreprises se développaient en périphérie, la Pointe Simon réintroduit de l’activité économique dans la ville. »
Renforcer l’offre pour les passagers des croisières

La rentabilité de cet investissement est naturellement indissociable de l’activité croisières. Et les chiffres permettent de mesurer l’ampleur du défi. De 500 escales par an il y a peu encore, le trafic est tombé à 40 l’an dernier et les Martiniquais tablent sur 140 cette année. De plus, la dépense moyenne par passager n’est que de 9 euros. « Ce chiffre s’explique par le manque d’offre, l’ensemble de la Pointe Simon va permettre de la développer, pour peu que les discussions que nous avons entamées avec le gouvernement débouchent, comme nous l’espérons, sur la possibilité de vendre hors taxes », plaide Jean-Frédéric Mognetti.

« Cette zone franche ne devrait pas entraîner un manque à gagner considérable pour l’Etat, 85 % des touristes viennent actuellement de métropole mais les choses changent », insiste Patrick-Olivier Picourt. Traditionnellement tournées vers la métropole, les Antilles françaises s’ouvrent sur leur environnement proche, à commencer par les autres îles des Antilles et les Etats-Unis. Inconcevable il y a une vingtaine d’années, la Martinique et la Guadeloupe font maintenant cause commune, par exemple au Salon des croisières de Miami. La compagnie aérienne américaine American Airlines vient d’ailleurs d’ouvrir une ligne directe entre la capitale mondiale de la croisière et les deux îles.

Pour GHL, qui a dû tenir bon pour mener à son terme cet investissement que la crise sociale de 2009 a bien failli remettre en cause, l’enjeu est aussi important. « Nous sommes présents dans 21 pays et nous gérons 3,5 milliards de dollars d’actifs », explique aux « Echos » Jeffrey Mack, PDG du groupe qui compte à son capital de grandes familles, la Royal Bank of Canada et la Société financière internationale ou IFC (Banque mondiale). Il s’agit pour lui, non seulement de placer des actifs sur de nouveaux territoires, mais aussi d’étendre ses activités d’assureur (santé, retraite, vie essentiellement). GHL commence en effet à avoir fait « le plein » sur les marchés anglophones et néerlandophones à la portée d’un groupe de 1.800 salariés et de 685 millions de dollars de chiffre d’affaires dans la région Caraïbes. « Pour nous, c’est un premier pas en territoire français et nous continuons à rechercher d’autres opportunités. Nous pensons notamment à la Guadeloupe et à la Guyane », annonce Jeffrey Mack.

A plus long terme, il mise aussi sur le développement économique que pourrait générer la construction – le chantier débute à la fin de l’année – du gazoduc ECGPP (Eastern Caribbean Gas Pipeline) qui doit permettre d’alimenter, entre autres, les Antilles françaises en gaz de Trinité-et-Tobago et dont GHL est un des financeurs.

Dominique Malécot, Les Echos

Photo : Roger Gally