« La paix sociale … version Tous Créoles »

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, Martinique
Mots clés :
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« La paix sociale … Version Tous Créoles », une tribune par Amani Ukweli, suite à l’article « Avis de Christian Ursulet sur les commentaires qui sévissent sur les réseaux sociaux » publié sur le site internet de l’Association Tous Créole :

L’association Tous Créoles a cru devoir publier un article de M. Christian Ursulet dans lequel celui-ci dénigre avec une haine et un mépris dignes d’un esclavagiste envers un esclave, les auteurs des messages « virulents et insultants qui fourmillent sur les réseaux sociaux. »

Sur leur site, les membres du Conseil d’Administration de Tous Créoles introduisent cet article par un texte où ils se présentent comme ceux qui combattent la haine et la discrimination qui fragilisent la Martinique, ceux qui doivent jouer pleinement leur rôle d’apaisement et d’ouverture.

Cette publication de Tous Créoles est de toute évidence une riposte à la prise de conscience des Martiniquais qui n’acceptent plus d’être considérés comme des sous-humains et qui dénoncent haut et fort sur les réseaux sociaux et ailleurs toutes les injustices et le racisme présents dans notre société et dont les seules victimes sont les nègres.

Ils dénoncent l’empoisonnement rampant au chloredécone, l’apologie de la traite et de l’esclavage, l’idéologie suprématiste des békés, le mépris de l’état français envers les noirs, la pwofitasyon, les accointances entre certains élus et les békés, etc… Dans ces voix qui s’élèvent et dénoncent, ce sont d’évidence l’Etat Français et le pouvoir békés les premiers concernés notamment pour leur responsabilité dans l’apologie des crimes contre l’humanité et l’assassinat au chloredécone.

Il est donc facile de comprendre que si l’association Tous Créoles publie et diffuse allègrement l’article de M. URSULET, c’est qu’elle veut y voir la réponse à tous ceux qui dénoncent sur les réseaux sociaux le comportement criminel et racistes des békés quant à la question du chlordéconne qui enflamme actuellement l’opinion publique en Martinique.

Tous Créoles a sans doute vu dans cet article haineux les propos (adaptés à la période actuelle) qui auraient pu être prononcés par un blanc colon créole esclavagiste du 16ème ou 17ème siècle décrivant le nègre sauvage, le nègre bestial qui ne peut être élevé au rang de l’humanité. Ces propos ont pu susciter une certaine nostalgie chez certains descendants d’esclavagistes qui savent qu’ils ne peuvent plus aujourd’hui les prononcer, non pas parce que la loi les punirait, mais parce que les Martiniquais ne le leur permettent plus.

Alors comme ils ont l’habitude de le faire, les békés de Tous Créoles empruntent la bouche du nègre, en l’occurrence celle de M. URSULET, pour cracher leur mépris, leur racisme à la face de ceux qui sont cités dans l’article par le terme « détestateurs » et qui seraient en réalité ceux qui dénoncent les pratiques racialistes et criminelles de la caste béké et de son protecteur de toujours l’Etat français.

Les « détestateurs » seraient donc ces hommes et ces femmes noirs porteurs de revendications légitimes et justes. Ces détestateurs seraient ces nègres qui dénoncent l’injustice, la pwofitasyon, le crime, le mépris, la racialisation et la suprématie d’une prétendue race… Ces détestateurs seraient ceux qui dénoncent la violence institutionnelle faite aux noirs, ceux qui dénoncent la férocité des blancs qui s’exerce à travers le système créole, qui n’a jamais cessé de nous broyer ; ceux qui dénoncent que le pouvoir économique, social, politique est entre les mains d’une infime minorité de blancs qui se comportent en Maîtres absolus depuis l’institutionnalisation de l’esclavage au 15e siècle jusqu’à aujourd’hui.

Ces détestateurs seraient ces noirs qui dénoncent le fait qu’ils soient passés de meubles esclaves à meubles consommateurs et mains d’œuvres serviles dans la grande escroquerie historique qu’a été l’abolition de 1848.

« Détestateurs atteints de Vertige », écrit M. URSULET.

Oui, il y a bien quelque chose de vertigineux dans tout cela mais ce ne sont pas pour les raisons évoquées dans l’article de M. URSULET. Le vertige est celui des habitants de la Martinique qui se réveillent d’une hypnose dans laquelle ils ont été plongés depuis plusieurs siècles.

Comment alors ne pas avoir le vertige quand la prise de conscience nous confronte à l’horreur de cette réalité sociale et sociétale abominable relevant d’une organisation inhumaine, diabolique, machiavélique, criminelle construite sur la négation d’une partie de l’humanité rabaissée au rang de purs moyens d’enrichissement d’un Etat colonial et de sa caste qu’il protège, qui ne respecte rien si ce n’est sa propre logique racialiste, raciste et discriminatoire.

Le vertige s’amplifie au constat que l’esclavage et son lot de mépris et d’humiliation envers le noir sont encore bien présents dans notre société dans laquelle les békés, qui n’ont rien perdu de leur arrogance et de leur vision du nègre esclave, s’allient à certains noirs pour faire perdurer leur système créole donc raciste.

Et le vertige devient vertigineux quand, via l’association tous créoles ou via la propagande diffuse qu’ils répandent dans la société martiniquaise, les békés se présentent comme ceux qui combattent les « discriminations et les sentiments de stigmatisation » et qui veulent faire « reculer la haine qui fragilise notre société » ; comme ceux qui dénoncent le racisme, la division en appelant à l’Unité…

Oui, face à tant de toupet et de malhonnêteté, de perversion mentale, on ne peut qu’avoir le vertige car ces békés qui parlent ainsi sont les mêmes qui, avec la bénédiction de l’Etat français, ont fait de la Martinique un pays où règne l’apartheid ; ce sont ces békés qui ne veulent pas se mélanger aux noirs préférant se marier entre eux ou aller chercher en Europe un conjoint ou une conjointe de « race blanche ».

Ce sont toujours ces békés qui ne partagent pas les quartiers des nègres ; qui, érigés en caste supérieure et raciste, chassent de ladite caste ceux des leurs qui ont commis l’outrage de s’allier à un être humain noir faisant de lui un béké griyav c’est-à-dire renégat rendu infréquentable par sa propre famille. Ce sont les mêmes békés qui bénéficient de tous les privilèges liés à leur fortune acquise sur les deux crimes contre l’humanité que sont la traite et l’esclavage et au nom de la suprématie blanche ; les mêmes qui n’ont toujours affiché que mépris et haine envers les noirs… les mêmes qui continuent de bénéficier des faveurs et attentions de l’Etat contre les intérêts de la population noire…

Ce sont donc, dans un paradoxe hallucinant, les racistes qui traitent les victimes de racistes. Ce sont les discriminateurs qui traitent les discriminés de discriminateurs. Ce sont les diviseurs qui traitent les rejetés de diviseurs… Ce sont des propos d’une extrême violence et d’une rare méchanceté qui manifestent une volonté d’apaisement…

L’inversion est absolue…

Nous savons tous que l’inversion absolue qui donne au mensonge le statut de vérité est le summum de la perversion. Inversion diabolique qui permute les rôles et brouille les réalités.

Aussi quand M. URSULET écrit que les « détestateurs sont la promesse du Diable » il suffit de rechercher qui sont les véritables « détestateurs » dans cette société martiniquaise pour arriver très vite et sans difficulté aux békés. Ce sont donc ces derniers qui sont « la promesse du Diable » et pas ceux qui les dénoncent.

La vérité est que ces hommes et ces femmes qui dénoncent ce racisme, ces discriminations, ces crimes, cet apartheid sont ceux qui ont eu la force de surmonter le vertige pour tenter d’apporter la lumière sur la véritable nature de la posture et des comportements des békés envers les noirs.

Mais les békés qui ne veulent rien savoir de la lumière persistent et signent dans leurs comportements racistes et haineux.

Leur discours hypocrites sur la solidarité et l’unité, sur la grande famille créole dont nous sommes tous membres, n’a pour but que de maintenir leur domination et continuer de tromper ceux qu’ils continuent de considérer comme des sous-humains sans intelligence. La publication de l’article haineux de M. URSULET est un moyen pour tous créoles d’affirmer encore aujourd’hui leur perception négative et dévalorisante des femmes et des hommes noirs.

En effet, cet article, dans un flot d’attaques violentes qui semblent concerner l’autoritarisme de certains élus, déverse une série de propos méprisants et d’une extrême violence à l’égard des hommes et des femmes qui dénoncent via l’une des seules voix dont ils disposent (les réseaux sociaux) le système esclavagiste moderne maintenu par l’Etat français et les békés en Martinique…

Les termes choisis, les images évoquées dans l’article ne manquent pas de rappeler la vision des colons sur les nègres réduits en esclavage. En effet, sous la plume de M. URSULET relayée par Tous Créoles, ces hommes et ces femmes noirs deviennent « des jouisseurs de crachat… Incapables de la moindre empathie, du moindre respect pour les personnes, ni pour quoi que ce soit d’ailleurs ; des irresponsables marionnettes insignifiantes, juste bonnes à mépriser par leur maître du jour… des incultes, ignorant le doute… appauvris des deux trois idées égrenées dans leur cerveau » ; leur parole est « immonde et sans contrôle »… leur « personne porte en elle » de la « pourriture » ; ils ont la « bravoure des lâches » »,etc. etc.

Tels sont les mots utilisés par M. URSULET au sujet d’autres êtres humains et brandis par Tous Créole dans une démarche de paix. Voilà donc la paix version Tous Créoles !!!

Oui, c’est bien avec ces propos méprisants, haineux et d’une rare violence envers ceux qui osent remettre en cause l’injustice qui sévit du fait des békés et de l’Etat français en Martinique que les membres de Tous Créoles, inversant, comme le fait le diable, haine et amour, se présentent comme des porteurs d’unité, de lumière et de solidarité pour l’apaisement de notre société !!!

Pourtant aucun de ceux que M. URSULET nomme les « détestateurs » n’est en mesure de cracher un tel venin sur des êtres humains. Nous pouvons par conséquent supposer que M. URSULET s’est inspiré de la littérature esclavagiste pour parvenir à accoler dans un seul petit article autant de termes méprisants, haineux et dévalorisants envers des hommes et des femmes vivant en Martinique.

Cet article constitue un bel exemple de créolisation réussie. En effet, seul un nègre ayant adopté les goûts et les habitudes du colon peut ainsi reprendre à son compte le lexique des esclavagistes pour reproduire avec une telle fidélité la voix du maître de l’habitation.

Mais aujourd’hui personne ne craint la voix du maître car il n’y a plus de maître. L’illusion du rapport maître/esclave se dissout. Il n’y a plus ni maître ni esclave. La lumière est là… éclairant la conscience des hommes et des femmes noirs qui sortent de ce long cauchemar dans lequel la cruauté de l’identité créole les avait plongés.

Aujourd’hui les femmes et les hommes de la Martinique se lèvent pour dénoncer le fait béké et le fait de l’Etat français.
Les femmes et les hommes de la Martinique sont debout pour dissoudre le fait béké et le fait de l’Etat français.
Les hommes et les femmes de la Martinique disent NON à la domination, NON à l’injustice, NON à la prédation.

Les hommes et les femmes de la Martinique affirment leur autorité pour une société où l’apartheid n’existe pas et où la justice et l’harmonie sont les règles.

Aujourd’hui, vous, les békés, vous n’avez qu’une seule alternative :

Ou vous renoncez à vos privilèges de descendants d’esclavagistes, à votre racisme, à votre mépris, à votre arrogance pour vous joindre à nous pour une Martinique où les êtres humains vivent dans la justice et l’harmonie. Mais sachez que vous deviendrez des noirs car le béké et sa caste n’existent que parce que vous avez maintenu pendant des siècles votre racisme et vos mensonges criminels.

Ou vous demeurez sur votre position de racistes criminels et alors vous verrez les hommes et les femmes de la Martinique debout dans un pays où le racisme ne sera plus que le pâle souvenir d’une illusion douloureuse.

Si vous persistez à vous percevoir comme des békés, le moment est venu pour vous de vous taire. Nous ne sommes et n’avons jamais été vos esclaves. Laissez la population de la Martinique s’exprimer comme elle en a le droit et cessez définitivement de croire que vous réussirez à dévier le mouvement de la Vie.

Amani UKWELI
Le 15 novembre 2019