« La porte de la honte ne doit pas diviser les martiniquais » déclare le MIR

« La porte de la honte ne doit pas diviser les martiniquais » déclare le « MIR Mouvement International pour les Réparations », dans une tribune écrite par Hekima Kitengo. L’auteur fait référence à la Porte du Tricentenaire du Parc Aimé Césaire où une manifestation est prévue ce dimanche 02 août. Un rassemblement interdit par la préfecture qui demande aux martiniquais ne pas se rendre au Parc Floral ce jour.

« La porte de la honte ne doit pas diviser les martiniquais. Nu se mun ! Nu se linite !

Il est crucial de rappeler, voire de ramener à la conscience des élus et de tous les politiciens de la Martinique que le véritable enjeu aujourd’hui est de retrouver notre liberté vraie. Ils doivent comprendre que ceux qui manifestent contre les symboles de la domination et du crime ne sont pas les violents, mais qu’au contraire ce sont les défenseurs de la LIBERTE.
Ils appellent à la JUSTICE, à la VERITE, à l’AMOUR, à la VIE !

Ils savent que là où il y a injustice et mensonge, le devoir de tout être humain libre est de faire sans tarder cesser cette injustice et de rétablir la VERITE.

Ils savent que la JUSTICE ne peut attendre pour se manifester et que l’INJUSTICE met en place des procédures insensées qui n’ont été inventées que pour soumettre l’HUMANITE.
Pour détruire les symboles de nos oppresseurs nous n’avons pas besoin d’une délibération créole d’un Conseil Municipal créole contrôlé par le représentant de l’Etat français créole. Nous n’avons pas à attendre de nos oppresseurs qu’ils nous autorisent à détruire l’injure qu’ils nous font depuis des décennies.

C’est à travers cette soumission à leurs procédures, à leurs contrôles, à leurs autorisations qu’ils nous ont toujours maintenus sous leur coupe. Ils ont fait leur loi pour eux et contre nous. Pourtant nous, nous ne pouvons avoir recours qu’à leur loi pour nous défendre. Paroxysme de la perversion. C’est ainsi que, dans leurs procédures mensongères, nous nous trouvons d’emblée dans un compromis qui nous empêche d’arriver jusqu’au bout de nous-mêmes. Le temps passe, ça tergiverse, on s’habitue à la présence du crime, on relativise et finalement on accepte le compromis.

Comment pouvons-nous demander au criminel de s’auto-condamner ? Comment pouvons-nous attendre d’un système injuste qu’il rétablisse la JUSTICE puisque sa volonté est INJUSTICE ?
Ils sont là avec leurs fusils, leurs chars, leurs gaz, leurs bâtons, leurs grenades, leurs flash ball pour nous soumettre de force à leur système raciste et injuste et quand des hommes et des femmes noirs conscients se lèvent au nom de la vérité et de la justice pour dire stop à l’abomination et détruisent les symboles qui nous injurient et nous insultent depuis des décennies, ce sont eux qui sont traités de violents par les représentants de ce système violent, pervers et injuste.

La porte du tricentenaire est là depuis près de 100 ans à célébrer la présence coloniale. A célébrer l’injustice, le crime, la pwofitation, le racisme, le colonialisme. A honorer la perversion. Une porte à la gloire de notre malheur, de nos souffrances. Et nous devons supporter sa présence. Faire comme si cela était normal. Nous devons vivre avec la provocation du diable. Car nous savons que si nous osons lancer une seule pierre sur cette porte, la loi du blanc qui n’est autre que celle du diable déploiera toutes ses forces armées pour nous détruire. Alors depuis 1935, la porte du tricentenaire de l’extermination des arawaks et de la servitude des nègresses et des nègres de la Martinique est intacte, fière, rayonnant au cœur de notre Ville.
Un artiste militant conscient de l’injure a, en son temps, décidé de réaliser une fresque qui représente les arawaks en train de faire ce que nous les vivants devrions faire mais que les maîtres blancs, sous la menace, nous interdisent. Sous notre regard passif, Les arawaks lancent des pierres après cette porte qui ne s’effondrera jamais tandis que nous, les vivants, ne faisons rien pour leur venir en aide car cela nous est interdit. Nous ne faisons rien pour enfin rétablir la justice car cela nous est interdit.

Une situation qui n’est pas sans faire penser à l’affaire Georges Floyd, cet homme qui a été tué sous le regard et les cris des passants qui ne sont pas intervenus physiquement car cette même loi INJUSTE du système créole le leur interdisait.

C’est aussi le cas de Kéziah, ce jeune Martiniquais allongé sur le sol sous le poids de 5 policiers en train de le tabasser, de lui faire subir des violences atroces, prêts à le tuer sous le regard de tous et les cris d’une femme désespérée et impuissante : « vous lui faites mal ! Vous lui faites mal ! ». C’est tout ce qu’elle pouvait faire car la même loi INJUSTE du système créole lui interdit, sous la menace, de secourir ce jeune homme en danger. Braver cet interdit serait très certainement signer son arrêt de mort.

Cette fresque exprime notre aspiration à la justice qu’il nous est interdit de manifester dans les faits. Comme les cris de cette femme, la fresque de Khokho RENE-CORAIL appelle à la JUSTICE. Elle veut que cette porte soit détruite. Cette fresque nous invite à sortir de notre passivité et est annonciatrice du combat que nous devons mener et qui est aujourd’hui commencé.
En faire une fresque qui annulerait ou compenserait l’opprobre que jette sur nous cette porte participe des compromis auxquels nous ont habitués les politiciens martiniquais qui n’ont jamais pris leurs responsabilités pour nous rétablir dans notre dignité.

Là encore nous sommes face au summum de la perversion créole soit face à l’inversion. La fresque qui dénonce cette porte abominable est présentée aujourd’hui comme l’œuvre qui en interdirait la destruction. C’est la méthode qu’a toujours utilisée le système colonial esclavagiste assimilationniste créole.

En outre, faire croire qu’il s’agit d’un combat contre la Ville de Fort de France et Aimé CESAIRE relève du déni de l’intelligence des hommes et des femmes de la Martinique, manipulation honteuse et ridicule, même s’il est vrai que ce combat contre l’INJUSTICE et le MENSONGE amène à regarder l’œuvre de CESAIRE, aussi, à la lumière de la JUSTICE et de la VERITE.
Où en France cohabiteraient dans la plus parfaite indifférence les symboles en l’honneur de l’occupant nazi et ceux en l’honneur des résistants de la France occupée et où le monument célébrant l’occupant serait plus imposant, plus visible et mieux entretenu que celui honorant les résistants de la France occupée ?

Les français ont débaptisé toutes les rues portant le nom du Maréchal Pétain sans qu’aucune instance supérieure ne le leur interdise.

L’heure des compromis est passée. L’énergie qui se lève aujourd’hui est celle de la VERITE et de la JUSTICE pour l’institution de la FILIALITE.

Ne tombons pas dans le piège créole qui voudrait que nous nous divisions en adversaires de CESAIRE d’une part et en défenseurs de CESAIRE de l’autre. C’est encore un MENSONGE ! Nous sommes la VIE, l’UNITE. Nous sommes MUN !
Si ce mur devrait être l’outil utilisé par l’oppresseur pour tenter de nous diviser, ne tombons pas dans le piège.

Ne répondons pas au besoin de guerres intestines des politiques à la solde du système créole. Ils ne savent pas ce qu’ils font. Cette porte tombera cela est sûr, mais n’en faisons pas un outil contre nous-mêmes. L’heure est à l’unité.

Aujourd’hui il appartient aux vivants d’avancer sur le chemin de la LIBERTE et de rétablir la VERITE pour que l’HUMANITE s’expanse dans la FILIALITE.
Fort de France, le 31 Juillet 2020 HEKIMA KITENGO