La tentative syndicale de relance de la crise de 2009 est une chimère !

Rédigé par : Jean marie Nol, le
Publié dans : Actualites, Martinique, Tribunes Libres
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« La tentative syndicale de relance de la crise de 2009 est une chimère », texte écrit par l’économiste  Jean marie Nol, suite à l’appel à la grève générale lancé en Martinique à partir du 1er septembre.

La Martinique va connaître un prolongement du couvre-feu et du confinement pour trois semaines, et la rentrée scolaire est repoussée au 13 septembre 2021 . Dans le même temps, les organisations syndicales appellent à de nouvelles manifestations et à une grève générale pour le début du mois de septembre. C’est maintenant acté que les grands perdants de la crise sanitaire du Covid seront une fois de plus les entreprises touristiques et commerciales fermées, mais également les agriculteurs et les pêcheurs.

Désormais, l’asphyxie financière guette les entreprises martiniquaises. Il est étrange que la gravité de la situation n’interpelle pas davantage les hommes politiques et nos élites économiques et sociales . Au risque d’une belle gueule de bois post « Covid-19 « , les responsables politiques et économiques persistent à penser , comme à chaque fois, qu’un peu de déficits publics, de subventions, et de contrats aidés vont suffire et que tout va rentrer dans l’ordre . C’est là une grossière erreur, car depuis l’apparition de la crise du coronavirus, le monde confronté à la crise sanitaire du Covid vit aujourd’hui sous l’emprise du mythe de Sysiphe.

En réalité, tout comme Sysiphe, personne ne voit la fin du tunnel, car cet enchaînement d’événements condamnés à se reproduire avec la crise sanitaire et malgré la vaccination, produit un monde nouveau où toutes les règles anciennes deviennent obsolètes. Et cela est particulièrement vrai pour l’environnement économique et social. De quoi aujourd’hui a besoin une entreprise pour prospérer ? D’un environnement économique stable, d’un contexte social apaisé, d’une demande et d’un coût du capital attractif. Aujourd’hui ces conditions ne semblent plus réunies en Martinique dans le contexte actuel de crise sanitaire du Covid .

Pour moi, le risque important d’ordre macroéconomique est lié à l’augmentation de l’endettement des ménages et des entreprises entre 2020 et 2021. En Martinique , il a progressé de 5 points de PIB pour les ménages et de 21 points de PIB pour les entreprises avec le PGE . En économie, il ne faut pas confondre la lumière au bout du tunnel avec un train qui arrive. Et, immanquablement, nous allons traverser d’autres chocs avec la multiplication des confinements . En effet, une économie sous cloche comme celle de la Martinique caractérisée par des mobilités faibles des facteurs de production (travail, capital et information), sera soumise à d’amples volatilités, d’une amplitude ignorée. La soudaineté et la violence du choc de la COVID-19 risquent de paralyser la réflexion sur l’après crise Covid . Or il est plus important que jamais de bien anticiper les risques à venir , car une rupture économique a déjà bien eu lieu depuis 2020. Deux moteurs à savoir la consommation et l’investissement qui expliquaient l’accélération de la croissance en 2019 vont être beaucoup moins dynamiques en 2020 /2021 .

Tout d’abord, nous anticipons d’ores et déjà une forte décélération de la croissance . Ensuite, le fait marquant de 2021 va être la déception au niveau de la consommation des ménages, ce qui montre que la productivité sera encore trop faible pour soutenir les salaires. De fait, la consommation n’a plus de moteur solide, elle ne dépend que des aides publiques, des variations d’épargne et de la baisse de l’inflation. En conséquence, la demande anticipée pour les entreprises restera incertaine. C’est un facteur d’instabilité macroéconomique pour 2021 , qui milite en faveur d’une baisse durable de la croissance aux Antilles plutôt qu’une accélération comme en France hexagonale qui connaît même en ce moment une pénurie de main d’œuvre . Avec les confinements successifs, l’économie semble désormais fonctionner en apesanteur. Les autorités locales en ont perdu le contrôle. Son sort est entre les mains des technocrates de Bercy et des banques .

Les premiers ont une vue à court terme. Les seconds se désengageront tantôt du risque à la moindre alerte de récession renforcée . Le risque sera celui d’une déconnexion entre la croissance nominale , qui s’oriente vers un rythme de décroissance et qui inquiètera particulièrement les banques , et un décrochage sur les perspectives de consommation des ménages et de l’investissement des chefs d’entreprises , c’est un élément d’incertitude fort sur le deuxième semestre de 2021. Le cycle économique et social de la départementalisation touche-t-il désormais à sa fin ?

L’avenir de la départementalisation va se jouer sur le plan économique et certainement pas en fonction de considérations d’ordres idéologiques et politiques. J’en veux pour preuve le fait que les martiniquais ne contrôlent plus leur économie qui est devenue très (trop) dépendante des aides de l’Etat. Des conséquences sont à venir sur l’obsolescence de certains discours radicaux en provenance de la sphère syndicale. l’Etat en tant que dépositaire exclusif des fonds financiers de soutien à la santé et à l’économie est désormais en position de force. Dès lors, on ne reviendra pas en Martinique à la situation d’avant-crise de 2009 . Notre environnement économique est devenu trop instable. Notre économie est en suspension, en impermanence. Nous pressentons donc en 2022 un nouveau heurt dommageable à l’économie du fait d’une crise financière , sans pouvoir en circonscrire l’épicentre ou le moment.

Loin de changer la donne, la pandémie du Covid-19 aura été un révélateur de l’état de la fragilité de l’économie de la Martinique . Les forts en sortiront plus solides encore, les faibles encore plus démunis.

Des phénomènes apparus ces dernières années vont s’accélérer : automatisation et délocalisation du travail, puissance du capitalisme alimentée par la création monétaire des banques centrales et les taux négatifs, prégnance des technologies, renforcement du protectionnisme, réduction des libertés individuelles, aggravation de la fracture entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, ceux qui peuvent se protéger des risques et ceux qui y sont exposés.

Face à ces intuitions du possible , quelles pistes de solutions faut-il suivre ? Elles sont multiples, car la sortie de crise n’est pas fléchée. L’Etat-providence, qui s’est transformé en modèle de rentiers, devra évidemment être revu en profondeur, mais à savoir sous quelle forme ?…. Cela n’est pas notre scénario pour l’instant. Nous prévoyons plutôt dans l’immédiat un mur des faillites d’entreprises et un grand choc sur l’immobilier , qui provoquerait une bulle de nature à impacter les valorisations financières des entreprises locales et des biens immobiliers . En bref, un mini krach immobilier et c’est bien là une des facettes du mécanisme de la crise financière.

Quels seraient les attributs de cette empreinte de crise financière que nous entrevoyons pour la Martinique ?

Ils sont les mêmes que notre précédente analyse corroborée depuis par le constat échafaudé par l’Iedom et l’Insee lors de la période post crise sociale de 2009 : un taux de croissance faible de l’économie, combiné à une décroissance marginale des gains de productivité, un chômage structurel et élevé (caractéristique des dislocations structurelles de l’économie), une sous-utilisation des capacités de production, des anticipations de bénéfices des entreprises faibles (à tout le moins, dans une perspective de moyen terme), des dépenses d’investissement faibles à modérées, des déficits publics importants entraînant des taux d’intérêt élevés, ainsi qu’une raréfaction du crédit bancaire pour des investissements privés et publiques , une augmentation sensible des impayés, la progression des déficits des collectivités locales et une dégradation de la balance commerciale et enfin un phénomène généralisé de numérisation de la société Antillaise avec pour conséquence l’explosion de l’e commerce et du télé-travail.
En un mot, au lieu de diffuser l’optimisme et l’envie du futur, nos politiques et syndicalistes ont récompensé l’ancrage du passé. Mais quel aveuglement ! Comment avoir osé faire ce pari dans un monde dont le niveau de progrès, en trente ans, a dépassé le niveau de découverte technologique des millénaires qui les avaient précédés ?

“Le temps de la réflexion est une économie de temps.”

Jean marie Nol économiste