Le 22 mai 1848, les esclaves de Martinique brisaient leurs chaînes

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Ce vendredi la Martinique commémore l’abolition de l’esclavage sur l’île. 22 mai 1848 – 22 mai 2020, 172 années plus tard les martiniquais commémorent l’insurrection de « nos ancêtres esclaves ». Ci-dessous un texte de Gabriel Jean-Marie de la CGTM :

Depuis des décennies, révoltes, incendies de plantations, marronnage des esclaves révoltés se multipliaient

A Paris, la révolution de Février 1848 renverse le roi Louis-Philippe. Un vent de liberté souffle sur le petit peuple de France. Aux Antilles, colonies françaises, il gagne les ateliers et les habitations où les esclaves ne supportent plus privations de liberté inhumaines, humiliations, sévices cruels

Le 20 mai 1848, le maitre de l’habitation Duchamp fait arrêter l’esclave Romain pour avoir bravé l’interdiction de jouer du tambour lors de la « grage du manioc ». Le 22 mai, plusieurs groupes d’esclaves et de Noirs libres de Saint Pierre se forment devant la mairie de Saint Pierre pour exiger la libération du tambouyé. Devant la colère qui montait Pory-Papy, adjoint au maire fait libérer l’esclave injustement puni. En rentrant sur leurs habitations tout joyeux, les esclaves vont se trouver face à l’attaque d’une milice du maire du Prêcheur, le béké Huc.

L’attaque fait plusieurs morts. Rassemblant des milliers d’esclaves venus de St Pierre, du Prêcheur, mais aussi du Carbet, de Morne-Rouge, la riposte des esclaves à ce nouveau massacre se transformera en une insurrection. Les esclaves armés de coutelas, de gourdins et de piques attaquent maitres et habitations. Une partie de St Pierre est en feu. Les esclaves révoltés exigent l’abolition immédiate de l’esclavage.

Le 23 au matin, pressé par le conseil municipal de la ville le gouverneur Rostoland, signe un arrêté dont l’article 1er stipule : L’esclavage est aboli à partir de ce jour à la Martinique. Cet arrêté municipal devance de plusieurs jours l’arrivée du décret d’abolition adopté le 27 avril 1848 par le gouvernement provisoire français. Par leur lutte les esclaves se sont libérés.

Le 22 mai 2020, 172 années plus tard commémorer l’insurrection de nos ancêtres esclaves, c’est aussi nous préparer pour les luttes d’aujourd’hui et de demain.

En mai 2020, les attaques contre travailleurs et population laborieuse arrivent en rafale. Elles sont menées par les gros patrons, -les actionnaires du CAC 40, mais aussi les gros possédants locaux tels ceux de la banane, de la grande distribution alimentaire, et des autres secteurs. Elles sont aggravées sous prétexte de crise du Covid 19, et de crise économique : chômage massif, bas salaire, allongement de la journée de travail, diminution des droits, licenciements.

La commémoration des journées de lutte et de victoire des 22 et 23 mai 1848, est l’occasion pour nous d’y puiser la force pour engager les prochains combats collectifs. L’esclavage salarié qu’est l’exploitation capitaliste des travailleurs et des peuples opprimés en 2020. Il doit être combattu dans ses effets quotidiens. Mais la conscience ouvrière, la conscience de classe doit s’armer de l’idée que cet esclavage moderne devra être aboli à son tour. Car un système social sans exploitation de l’homme par l’homme est le seul avenir valable pour l’humanité. Ce sera le but des prochaines révolutions historiques des travailleurs et des pauvres.

Par Gabriel Jean-Marie CGT

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