Le CHU de Martinique répond aux médecins qui assurent avoir reçu des instructions pour laisser mourir des patients atteints du covid-19

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Dans un article intitulé « Jamais nous n’aurions cru recevoir un protocole pour faire mourir les patients« , paru dans le quotidien France-Antilles Martinique, des médecins déclarent avoir reçu des instructions pour laisser mourir des patients atteints du covid-19. Dans un communiqué la direction du CHU de la Martinique s’indigne de tels propos diffamatoires tenus par ces médecins qui sont restés anonymes . « Le CHU considère que les propos de ces médecins sont calomnieux et procède donc à un signalement auprès du Procureur de la République ».

Ci dessous le droit de réponse du CHU de Martinique suite à la parution de l’article du quotidien France-Antilles Martinique du 09 septembre 2021.

Dans le numéro du France Antilles du 9 septembre 2021, en page 2 et 3, des médecins martiniquais, non identifiés, dénonçaient des « pratiques » concernant un protocole de soins palliatifs pour les patients Covid à domicile, qui revenait, selon eux, à « euthanasier les gens ». Plus loin dans l’article, ces médecins indiquaient que les protocoles qu’ils dénonçaient, avaient été décidés, selon leurs dires, par le Professeur André Cabié, infectiologue au CHU de Martinique. Le CHU de la Martinique tient à préciser que ces protocoles sont destinés à soulager la souffrance et améliorer le confort des patients ayant de graves problèmes respiratoires. Ces protocoles sont des protocoles nationaux, issus de la Société Française de Soins Palliatifs, publiés lors des retours d’expérience de la première vague de COVID. Ils ont été transmis au Conseil de l’Ordre des médecins de Martinique suite à de multiples questions des médecins généralistes aux équipes du CHU de Martinique. Le CHU considère que les propos de ces médecins sont calomnieux et procède donc à un signalement auprès du Procureur de la République.

« Le soin en fin de vie liée au COVID : jamais nous n’aurions cru lire un tel degré de désinformation »

Les phénomènes de désinformation ont été exacerbés à l’occasion de la crise engendrée par l’épidémie. Certaines informations sont mal comprises, d’autres sont délibérément créées pour tromper, jeter le trouble, induire en erreur l’opinion publique ou encore pour favoriser certains intérêts.

La Martinique endeuillée se réveille encore tous les matins par la litanie tragique des noms de personnes décédées du COVID, par la souffrance des familles, des amis et alliés. Durant le seul mois d’août, nous déplorons 335 décès à l’hôpital qui, ramené à la population française, équivaut à plus de 60 000 morts. Une poignée d’anonymes (médecins ?) opposés à la vaccination ignorent volontairement, derrière ces noms et ces chiffres, les derniers instants de ces personnes qui meurent dans les affres atroces de la sensation d’étouffement, quand ils respirent 40 fois par minute en détresse respiratoire asphyxique évoluant ensuite vers l’encombrement agonique.

Jamais nous n’aurions cru lire un tel degré de désinformation, car en soins de ville comme à l’hôpital, l’accompagnement des personnes en fin de vie est une exigence morale, un impératif à l’apaisement des souffrances qui reste le devoir du médecin. Des soins reposant, non seulement sur des compétences médicales et techniques, mais, aussi sur une approche globale et pluridisciplinaire de la personne, sont requis pour soulager au mieux, en premier lieu, la douleur physique, les souffrances psychiques, relationnelles, sociales et spirituelles, engendrées chez la personne en situation palliative par la maladie grave, évolutive et potentiellement mortelle.

Jamais nous n’aurions cru lire un tel degré de désinformation, car la loi du 9 juin 1999 votée à l’unanimité par le Parlement garantit un droit d’accès aux soins palliatifs pour toute personne en fin de vie (article 1) pour faire cesser toutes les situations d’indignité qui entourent encore trop souvent la fin de vie, rendre accessible à tous le droit aux soins palliatifs ; pour développer l’accès aux soins palliatifs à domicile ; pour associer pleinement la personne et ses proches à tous les processus de décision concernant sa fin de vie ; pour le respect des directives anticipées émises par la personne.

Jamais nous n’aurions cru lire un tel degré de désinformation, car il est aussi important de permettre à un patient de mourir apaisé que de sauver des vies. Dans la situation actuelle, certaines vies ne peuvent être sauvées mais toutes méritent nos soins pour les soulager. Tous les traitements proposés ont pour objectif de soulager et accompagner les patients conformément à la loi. Aucun n’a pour but d’abréger la vie.

Jamais nous n’aurions cru lire un tel degré de désinformation, car les soins palliatifs promeuvent le « non abandon », la « non souffrance » et interdisent l’acharnement thérapeutique pour les plus vulnérables, pour ceux qui vont mourir…

Le Directeur Général du CHU de Martinique Benjamin GAREL
Le Président de la Commission Médicale d’Etablissement Pr François ROQUES
La Vice-Présidente de la Commission Médicale d’Etablissement Dr Sandrine JULIE
Le Vice-Doyen de l’Université des Antilles Pr Christophe DELIGNY
Le Directeur de l’Espace de Réflexion Ethique Régional Dr Ruddy VALENTINO
Les membres de l’équipe des Soins Palliatifs membres du Comité Ethique du CHUM Dr Ingrid LAUDARIN Dr Natacha GUERRY Dr Clarisse BORRY-LITREE Dr Katlyne POLOMAT