Le collectif « Les Outremer en Hexagone » passe à l’action : « Nous vivons ici, nous voulons une plus grande visibilité politique ici ! »

Martiniquais, guadeloupéens ou guyanais, ils sont tous originaires des territoires et régions ultramarins mais militent sur le sol métropolitain, car : « c’est là que nous vivons, c’est ici que nous résidons » précise un originaire de la Guadeloupe, présent à Montrouge.

Ce dernier samedi du mois de janvier, il pleut, il fait froid mais un groupe d’irrésistibles est venu célébrer la date anniversaire de la disparition de Clarissa Jean-Philippe. Réunis sous la bannière « Les Outremer en Hexagone », une vingtaine de personnes se sont rassemblées pour cette cérémonie d’hommages, se démarquant clairement des manifestations organisées par l’Etat au début du mois.

Gerbe posée au pied de la stèle de Clarissa Jean-Philippe

Quatre ans plus tôt, le matin du 8 janvier 2015, en compagnie d’un de ses collègues et de deux agents de la mairie de Montrouge, Clarissa Jean-Philippe était appelée sur un banal accident de la circulation à quelques mètres d’une école juive. Quelques minutes plus tard, elle est abattue par Amedy Coulibaly qui lui tire plusieurs balles dans le cou alors qu’elle n’était pas armée.

José Althey de Montchappé, membre fondateur du collectif Les Outre-mer en Hexagone

Samedi 26 janvier 2019, plusieurs ultramarins se sont rassemblés au 72 rue Pierre-Brossolette  à Montrouge. Leur objectif, rendre un hommage populaire à la jeune samaritaine, tuée à 26 ans.

Hélène, violoniste, rend hommage à la policière martiniquaise

Pour le Collectif même si la commune de Montrouge et celle de Carrières-sous-Poissy ont rebaptisé un square et une rue au nom de Clarissa Jean-Philippe, sa mémoire n’est pas honorée au même titre que les victimes d’attentats terroristes en France. Les membres du Collectif ont le sentiment d’être des citoyens à part, de vivre dans une double identité et d’être invisibles aux yeux des élus métropolitains. Ils ont décidé de faire de leurs différences un atout, prêts à en découdre jusqu’aux portes du gouvernement.

Manuel Allamelou, José Althey de Montchappé, Valentin Narbonnais, Anony Etelbert (écharpe rouge)

A l’instar de José Althey de Montchappé ou du jeune Valentin Narbonnais, Antony Etelbert membre du collectif « Les Outremer en Hexagone » précise ses revendications politiques. Ce rassemblement de militants, issus de différents partis politiques, majoritairement de gauche, s’est formé il y a sept ans, parallèlement à la campagne présidentielle de 2012, qui devait élire le 24 ème président de la République française. Depuis, trois présidents sont arrivés au pouvoir et les ultramarins ne participent pas vraiment à la transformation de la société métropolitaine, là même où ils résident.

Antony Etelbert et  Manuel Allamelou à Montrouge

Selon les chiffres d’Antony Etelbert : « Les français issus des outre-mer sont estimés à plus d’un million et nous n’avons aucun représentant politique. L’idée c’est que notre représentation ne soit pas le fait d’élus qui eux ont leur propre occupation dans leur territoire mais que nous ayons une représentation politique qui puisse prendre en compte nos revendications, nous qui vivons ici ».

Dans cet esprit, le collectif insiste sur la volonté de représenter tous les ultramarins qui sont en métropole, à l’image des expatriés français, qui à l’étranger, ont leur propre représentant . Bien que la démarche semble une démarche ethnique, Antony Etelbert refuse cette ghettorisation :

« On nous soupçonnent d’avoir une démarche ethnique, mais nous avons des revendications qui nous sont propres or les élus qui sont ici ne peuvent les prendre en compte. Nous avons en quelque sorte une double identité, une identité hexagonale et une autre identité propre à nos départements respectifs. Cette dualité doit être représentée de façon spécifique soit devant le CSE (le Conseil Économique & Social) ou soit à l’Assemblée nationale. Le conseiller du Président de la république n’est pas issu des Outre-mer. Ce serait bien que celui qui nous représente soit sensible à nos revendications or ce n’est pas le cas. »

Cérémonie d’hommages populaire du collectif Les Outremer en Hexagone

Sur le terrain politique, les arguments sont imbattables, l’absentéisme des ultra-marins en hexagone atteint des sommets lors des élections nationales, régionales ou municipales : « Nos compatriotes sont assez en retrait par apport aux enjeux politiques et ils ont le sentiment d’être ignorés. Leur investissement politique est lié à l’absentéisme, ils n’ont pas de poids dans le cercle politique des quartiers où l’on vit. Avec le mouvement des Gilets Jaunes, nous ne pouvons pas rester en retrait. Nous aussi nous avons nos revendications, il y aura les élections européennes, le 26 mai, puis en 2020, les municipales. Il est hors de question que nous soyons les laissés-pour-compte. »

Des souhaits de représentations qui font échos à ceux des artistes ultramarins : « Le problème de visibilité concerne à la fois, les artistes, les militants politiques mais l’ensemble du spectre socio-professionnel des originaires d’outre-mer. En ce sens quand on porte les revendications, il ne s’agit pas de revendications propres à notre parti mais elles ont une dimension transversale. Nous voulons rallier l’ensemble du spectre professionnel à notre cause. »

Clarissa Jean-Philippe, portrait réalisé par l’artiste rue C215 

Ce coup de gueule continuera car indique Antony Etelbert : « C’est une amplification du mouvement. Nous sommes dans une action politique ».

La présence du collectif « Les Outremer en Hexagone » à Montrouge, témoigne de leur capacité à réunir autour d’eux : « Si nous sommes aujourd’hui à Montrouge, c’est pour leur  montrer (les ultramarins) que nous avons une action, nous avons une existence. Il y a une place à pendre. Nous les invitons à nous conforter dans cette place pour qu’eux, ils aient cette représentation dont ils rêvent tant. Aujourd’hui, l’hommage que nous rendons à Clarissa Jean-Philippe, tuée le 8 janvier 2015, c’est pour rappeler à l’ensemble de nos compatriotes, que nous n’oublions personne. »

Montrouge, samedi 26 janvier 2019

Le groupe compte bien ouvrir un bureau dans Paris ou sa région. Pour l’heure la communication efficace du collectif se fait via les réseaux sociaux, suivie par de nombreux abonnés. L’appel à la cérémonie d’hommage a été fait depuis le compte Facebook du collectif « Les Outremer en Hexagone » :
« Ici à Montrouge, nous avons tenu à rendre un hommage plus populaire et moins protocolaire que celui du 8 janvier dernier (trois semaines avant le collectif ultramarins). Lors de cette cérémonie, les ressortissants d’outre-mer n’ont pas été conviés. Pour nous, il ne s’agit pas seulement de poser une gerbe, c’est plus que cela. Je parle de la sincérité que nous portons à cet événement. L’Etat est dans une représentation institutionnelle, mon souhait c’est que ce rendez-vous mémoriel soit inscrit dans l’agenda du Président de la République. Pour moi, cela donnerait à l’événement, une direction transnationale. »

Cérémonie d'hommage à Clarissa Jean-Philippe (C'news Actus Dothy)

MONTROUGE – MARTINIQUE : Samedi 26 janvier, le Collectif Les outre-mer n Hexagone s'est réuni pour rendre un hommage POPULAIRE à la jeune policière décédée durant les attentats de JANVIER 2015. Une occasion pour les ultramarins de soutenir la famille de Clarissa Jean-Philippe. Une famille en désarroi depuis l'assassinat de la policière.Reportage C'news Actus Dothy Antillesboxmail – Dothy José Althey de Montchappé Valentin Narbonnais Suzy Madinina Clemence Geoffroy Antony Etelbert

Publiée par Antillesboxmail – Dothy sur Lundi 28 janvier 2019

Mardi 8 janvier 2019, soit quatre ans après l’assassinat de Clarissa Jean-Philippe, une cérémonie s’est déroulée à Montrouge dans les Hauts-de-Seine, en présence d’Anne Hidalgo, la maire de Paris, de Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur et d’Annick Girardin, la ministre des Outre-mer.

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy
Images C’news Actus Dothy