Le Crefom et ses alliés demandent « l’abolition du mépris du gouvernement envers l’Outre-mer »

Cette année 2019, la fête de célébration de l’abolition de l’esclavage aura eu son lot de contestataires tant dans la classe politique ultramarine que parmi la population civile qui se sent de moins en moins concernée par cette date censée harmoniser les dates du souvenir.

Vendredi 10 mai, le Crefom par la voix de ses responsables et également ses partenaires, ont marqué leur différence en se mobilisant non loin de la cérémonie nationale pour demander plus de justice sociale pour l’Outre-mer.

Le 10 mai institué date de commémoration des abolitions de l’esclavage et des traites négrières par le Président Chirac sur proposition de l’écrivaine Maryse Condé est une date qui depuis 2006 est dans l’agenda officiel de tous les Présidents de la République. Pour la première fois de son mandat, Emmanuel Macron a présidé au jardin du Luxembourg la cérémonie qui ouvrait la journée nationale de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions : « C’est une histoire française, une histoire universelle » a déclaré le chef de l’Etat.

Dans ce discours d’ouverture, Emmanuel Macron a également souligné que même si « les années ont passé, les conséquences (de ce crime contre l’humanité) sont toujours là », un avertissement qui fait écho à la société civile ultramarine qui, la célébration présidentielle terminée au jardin du Luxembourg, s’est réunie quelques pas plus loin, au pied du Panthéon, « le monument des grands hommes », dans le cinquième arrondissement.

Ce lieu symbolique où repose Félix Eboué (homme politique guyanais), où Aimé Césaire (homme politique martiniquais) a aussi sa place, n’a pas été choisi au hasard : « Nous sommes devant le Panthéon pour symboliquement demander l’abolition du mépris que les différents gouvernements successifs ont, envers les citoyens des outre-mer », déclare Daniel Dalin, le secrétaire-général du Crefom (Conseil Représentatif des Français d’Outre-mer). Ce sera, la riposte de son organisation et des alliés face à l’hommage national d’Emmanuel Macron, sur l’abolition de l’esclavage et des traites négrières, qui aura duré plus de quatre siècles entre la France et ses colonies.

Membre actif du Crefom, le guadeloupéen indexe durement le gouvernement actuel qui selon lui, semble « particulièrement méprisant » vis-à-vis de ses citoyens d’outre-mer. Le secrétaire-général, initiateur de la mobilisation s’adresse aux contribuables ultramarins et aux politiques  : « Je dis à mes compatriotes qui m’écoutent, que ce 10 ami 2019 au Jardin du Luxembourg, c’est l’État qui se fait plaisir. C’est l’État qui dans sa grande mansuétude commémore l’abolition de l’esclavage. Nous, ici, demandons l’abolition du mépris que le gouvernement tient face au régions des outremers. Mépris pour la Guadeloupe, mépris pour la Martinique, mépris pour la Guyane, mépris pour la Réunion et pour tous les autres départements dont Mayotte dans l’Océan Indien. D’ailleurs les soubresauts politiques qui s’élèvent tous les deux ans das ces îles et territoires sont liés à toutes les restrictions budgétaires que ces régions subissent. »

Place du Panthéon, ils sont peu nombreux mais convaincus qu’il existe réellement une certaine injustice dans la prise en compte des problèmes inhérents aux régions et aux personnes issus des Outre-mer. Dans ce sens comme George Pau-Langevin, Franck Salin, René Silo, Oudi Serva, Greg Germain ou Marie-Line Mormin, brandissant des pancartes de revendications, Daniel Dalin énumère les situations les plus urgentes, toujours non résolues par l’État.

Les conséquences de l’envahissement des sargasses aux Antilles-Guyane sont désastreuses pour l’économie des régions citées. Le chlordécone a fait grimpé le record de cancer de la prostate aux Antilles, les problèmes de santé sont prouvés. La fermeture de la chaîne FranceÔ reste injustifiée si on compare son rendement d’avec d’autres chaînes du même groupe audiovisuel. Les congés bonifiés creusent un sentiment de mépris à l’égard de ceux qui y ont droit. Les procédures pour bénéficier de la continuité territoriale ne fonctionnent pas correctement et les anciens bumidomiens voulant retourner chez eux, se sentent floués.

Faisant cause commune, au nom des manifestants majoritairement antillais, positionnés stratégiquement devant les grilles du Panthéon, le secrétaire-général du Conseil Représentatif des Français d’Outre-mer tient à souligner le caractère emblématique de leur présence ce 10 mai 2019 :
« Nous sommes aujourd’hui dans le symbole, nous ne faisons pas une manifestation de force. C’est sans doute symbolique pour Emmanuel Macron de tenir des discours sur l’esclavage au Jardin du Luxembourg, qui sont identiques chaque année quelque soit le parti au pouvoir. Mais pour nous, manifester au Panthéon où d’illustres personnalités sont représentées comme le poète et homme politique Aimé Césaire, c’est là, le vrai symbole ».

Cette action ne sera pas vaine attestent les représentants d’association qui prévoient un rassemblement annuel et à la même date, en marge de la commémoration nationale : « Notre ambition est de sensibiliser les associations pour que toutes nos revendications soient entendues ».

Après cinq décennies en France, Daniel Dalin du Crefom observe une remise en cause de plusieurs acquis des domiens, une nette dégradation de leur condition de vie en France et constate laconiquement  : «Si nous n’agissons pas, nous ne laisserons rien à nos enfants ».

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy
Crédit Photos C’news Actus Dothy