Le MIR invite l’ensemble des élus de Martinique « à soutenir l’exigence de réparation »

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, Martinique, Tribunes Libres
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Dans une lettre ouverte le MIR invite l’ensemble des élus de Martinique « à soutenir l’exigence de réparation et à œuvrer pour qu’elle soit demain une réalité ».

« Les 11 et 12 octobre 2021, s’est tenu à Fort de France un procès historique pour notre peuple opposant le MIR, des associations de lutte pour les réparations et des afro descendants à l’Etat français pour voir reconnaître le droit à la réparation intégrale des préjudices majeurs pour notre peuple résultant de la déportation et de la réduction en esclavage de millions d’africains en Amérique, dans la Caraïbe et dans l’Océan Indien.

Au cours de ces journées nous avons bénéficié du soutien financier et logistique de nombreux martiniquais et d’un certain nombre d’élus conscients de l’enjeu de ce procès. Le MIR les remercie.

Cependant nous ne pouvons que déplorer l’absence d’investissement humain et moral de ces élus à l’occasion de ce procès historique, à l’exception du député Jean Philippe NILOR.

En effet, ils n’ont organisé aucune mobilisation en soutien à cette cause qui concerne tous les afro-descendants de la planète et au-delà tous les colonisés, alors que des avocats de la Caraïbe et de l’Afrique étaient venus plaider durant plusieurs heures ce dossier déterminant.

De nombreux jeunes et artistes martiniquais conscients ont fort heureusement compris l’importance que revêt un tel dossier pour les générations actuelles et futures et se sont déplacés en nombre conséquent malgré une météo très pluvieuse.

Toutefois, à la fin du procès nous avons appris que la CTM avait décidé de se porter partie civile dans le dossier pénal toujours pendant devant la juridiction d’instruction de Paris relatif à la plainte déposée depuis plus de 13 ans notamment par des associations écologiques martiniquaises et guadeloupéennes et certaines collectivités territoriales dont la Région Guadeloupe.

Nous ne pouvons que saluer cette décision du président de la CTM qui, bien que tardive, redonne un nouvel espoir à notre peuple empoisonné à 92 %, et qui se bat sur tous les terrains pour que ce génocide toujours en cours soit reconnu et réparé.

Cependant, le MIR rappelle que cet empoisonnement de notre peuple au chlordécone n’a été possible qu’en raison de la survivance de méthodes héritées de l’esclavage permettant au maître béké d’avoir droit de vie et de mort sur les mis en esclavage.
Nous saluons ici la mobilisation de tous ces martiniquais et plus particulièrement des jeunes qui depuis plus de deux ans ont compris ces liens entre empoisonnement par le chlordécone et demande de réparations.

Faut-il rappeler tous les méfaits commis par les propriétaires terriens békés sur les habitations martiniquaises contre nos peuples après l’abolition de l’esclavage en 1848, grâce à la complicité de l’Etat français qui constitue avec eux un couple séculaire, poursuivant encore exactions et malversations à notre encontre?

Faut-il rappeler que cet empoisonnement au pesticides fut l’un des points majeurs des revendications des ouvriers agricoles de février 1974 qui se termina par le meurtre de deux d’entre-deux à Chalvet ?

Faut-il rappeler que jusque dans les années 80 et 90 les békés continuèrent d’exiger que les ouvriers agricoles continuent de mettre le poison à mains nues dans les bananeraies ?
Faut-il rappeler la réalité d’autres formes de génocide mis en œuvre par l’Etat français dont le génocide par substitution dénoncé en son temps par Aimé Césaire qui aujourd’hui est en train de s’accélérer à la faveur d’une crise sanitaire gérée chez nous de manière déplorable et inadmissible par l’Etat français ?

Faut-il fermer les yeux sur la question de l’Education ou l’Etat français organise soigneusement la perte d’identité et l’aliénation de notre peuple ?

N’est-il pas temps aujourd’hui que ceux à qui le peuple a fait confiance pour le défendre sortent de tant de décennies d’immobilisme, de peur, de faux fuyants, d’ambitions vaines pour se tenir debout face aux tortionnaires et enfin remplir la mission sacrée qui doit guider tout élu martiniquais. C’est ainsi que la voie sera ouverte pour restituer à notre peuple en souffrance sa dignité et assurer sa pérennité dans le monde ?
Seule nous importe désormais la réparation intégrale de notre peuple. D’elle découle son épanouissement, son mieux vivre dans le respect de tous.
C’est pourquoi, le MIR invite l’ensemble des élus à soutenir l’exigence de réparation et à œuvrer pour qu’elle soit demain une réalité.

Garcin MALSA Président du Mouvement International pour les Réparations »