Le mot à maux de la traduction créole-français

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Ghislaine Joachim Arnaud

Rappel des faits : C’est sur Facebook qu’AKIB, entendez par la, ‘Association Koké Ich Béké’, que trois hommes avaient exprimé leur ressenti suite aux propos d’Alain Huygues Despointes dans le reportage ‘Les derniers maitres de la Martinique’ diffusé  sur canal + en février 2009, lors du mouvement de grève social qui avait secoué les Antilles. L’octogénaire évoquait alors devant les caméras de Canal, les « côtés positifs » de l’esclavage en soulignant que la minorité béké avait voulu « préserver la race ». Il mentionnait également le manque ‘d’harmonie’ dans les familles métissées.

La justice avait été saisie et les trois administrateurs du groupe Facebook placés en garde-à-vue pour ‘ provocation au viol et incitation à la haine raciale’. A l’époque le débat tournait autour de la traduction du mot créole « Koké ».

Aujourd’hui c’est le mot « béké » qui est pointé du doigt dans le procès de la syndicaliste, Ghislaine Joachim-Arnaud, secrétaire générale de la CGTM qui comparaît devant le tribunal correctionnel de Fort-de-France pour incitation à la haine raciale et provocation à la discrimination suite à une plainte déposée par l’association Respect Dom et Jean-François Hayot.  La justice lui reproche d’avoir écrit sur le livre d’or de l’émission « Le Club » d’ATV : « Matinik sé ta nou, an band béké, profitè, volè, nou ké fouté yo dèwo, komba ta la nou ké kontinyé ».

Lors du procès de la syndicaliste, les arguments ont longuement portés sur la signification du mot « béké », s’agit-il dans les propos de la syndicaliste d’une distinction de race ou d’ethnie, d’une distinction de classe sociale, s’agit-il des représentants du pouvoir économique de l’île ou pensait-elle uniquement aux « patrons malhonnêtes » comme elle s’en explique au tribunal !

Comment traduire en français le mot « béké » dans un tribunal, dans le contexte utilisé par Ghislaine Joachim Arnaud ou encore le mot « koké », employé par les créateurs d’AKIB à l’époque ? Quelle est la place du créole dans les tribunaux en Martinique ? Comment répondre à toutes ses questions quand on sait que la subtilité de la langue créole rend toute traduction difficile voir quasi impossible ?!  Sans oublier que  « béké » est un mot chargée d’histoire pour le peuple Martiniquais .

« Vous ne pouvez pas juger en faisant abstraction du contexte historique et social de la Martinique. Entre la masse salariale et ceux qui dirigent, il existe un contentieux bien loin d’être apuré », expliquera Ghislaine Joachim Arnaud aux magistrats.

Pour information, ce mardi 14 décembre 2010, Alain Huygues Despointes, entrepreneur « béké » de 84 ans, a été condamné sur le fondement de la loi Taubira de 2001, reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité, suite à ces propos diffusés dans le documentaire de Canal +. Il devra verser 7500 euros d’amende. Sa défense souhaite faire appel de cette décision.

En ce qui concerne le cas de Ghislaine Joachim Arnaud, la présidente du tribunal met sa décision en délibéré au 2 mars 2011.