Le président du Mali renversé après un coup d’Etat : La France craint une nouvelle dégradation de la sécurité dans la région

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Monde
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Au Mali, la mutinerie de militaires s’est transformée mardi en coup d’Etat militaire, contraignant le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), au pouvoir depuis 2013, à annoncer sa démission.
La mutinerie a éclaté mardi matin dans la garnison de Kati, à la sortie de la capitale Bamako et s’est muée en putsch.

Après avoir pris le contrôle de leur camp, les mutins se sont ensuite dirigés en convoi vers le centre de la capitale, acclamés par des manifestants.

Mardi, en fin d’après-midi, la situation a basculé après l’arrestation du président Ibrahim Boubacar Keïta, en compagnie de son Premier ministre Boubou Cissé.
Emmené dans le camp militaire, « IBK » est apparu vers minuit sur la télévision publique ORTM pour annoncer sa démission, celle de son gouvernement et la dissolution de l’Assemblée nationale.
La France craint que ce coup d’Etat n’augmente la tourmente sécuritaire dans la région
Pour Paris, la priorité absolue est la lutte contre les groupuscules djihadistes dans la zone stratégique des « trois frontières » qui englobe le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Dans un communiqué publié mardi 18 août, le ministère français des Affaires étrangères a exprimé son « inquiétude » devant la « mutinerie » engagée, condamnant « avec la plus grande fermeté cet événement grave ».

Emmanuel Macron s’est entretenu de la crise en cours avec plusieurs dirigeants de la région, notamment ses homologues nigérien Mahamadou Issoufou, ivoirien Alassane Ouattara et sénégalais Macky Sall.

Une fois le coup d’Etat déclenché, le président français avait même réussi à joindre le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta (« IBK »), peu avant son arrestation. « Il s’agissait de lui indiquer que nous étions sur la même ligne que la Cedeao [Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest], à savoir le refus d’un coup d’Etat », a expliqué une source diplomatique.
Ce coup d’État militaire au Mali suscite la peur du vide politique et d’une tourmente sécuritaire accrue, dans un pays sans intégrité territoriale, au pouvoir central trop frêle.

Réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, mercredi 19 août à la demande de la France et du Niger, qui préside actuellement la Cedeao

A la demande de la France et du Niger, qui préside actuellement la Cedeao, le Conseil de sécurité de l’ONU devait se réunir en urgence, mercredi 19 août, pour examiner la situation au Mali.

Le Quai d’Orsay précisait mardi que la France partageait la position de la Communauté, « qui appelle au maintien de l’ordre constitutionnel et exhorte les militaires à regagner sans délai leurs casernes ». Mais il faudra vite, pourtant, prendre contact avec les militaires, qui disent assurer une simple transition avant de nouvelles élections.

Pour la France, le Mali est à la fois un allié – inconstant et faible – dans la lutte contre les groupes djihadistes et un point d’ancrage important dans l’Afrique francophone.
« Depuis les élections législatives d’avril, tout le monde demandait à “IBK” de prendre des initiatives politiques, détaille une source diplomatique française. Il existe aujourd’hui une frustration partagée, notamment par nous. On sait ce qu’il faudrait faire, et ce n’est certainement pas un coup d’Etat militaire. »

A Paris, on estime qu’outre la démission indispensable de trente et un députés élus dans des conditions frauduleuses, « IBK » aurait dû accepter la mise à l’écart de son entourage familial.
« Il cristallise la colère populaire, poursuit la source française. On l’a bien vu mardi soir à Bamako. il n’y a pas eu d’émeutes ou de manifestations, mais des pillages ciblés contre sa famille », constate la même source.