L’épidémie de dengue fait rage en Martinique : Les autorités déclarent la guerre aux gîtes larvaires

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Impuissantes à enrayer, depuis dix mois, l’épidémie de dengue qui fait rage actuellement en Martinique, les autorités ont décidé de s’attaquer à la source du problème, en déployant dans les communes des équipes pour détruire les gîtes larvaires.

Force est de constater que les campagnes de sensibilisation et les opérations de démoustication n’ont pas permis d’endiguer, à ce jour, cette crise sanitaire qui a déjà causé la mort de neuf personnes sur l’île, placée en « épidémie confirmée » de dengue.

Des opérations de destruction des gîtes larvaires ont démarré la semaine dernière, dans une quinzaine de communes sur les 34 que compte l’île, en concertation avec les mairies, la CTM, l’ARS et la Préfecture. Elles sont prévues pour durer plusieurs semaines.

L’épidémie de dengue de la saison 2019-2020, la pire que la Martinique ait connue ces 15 dernières années

Ces actions sont sous le contrôle du commandant supérieur des Forces armées aux Antilles : 30 stagiaires militaires sont dépêchés sur le terrain en appui à des volontaires du service civique de l’ARS Martinique et des services municipaux.

Ce week-end, la commune du François a opéré une opération « coup de poing » à Chopotte, lit-on sur le compte FB de la ville.

« Une douzaine de maisons ont été passées en revue afin d’éliminer de nombreux gîtes larvaires positifs. L’objectif était de sensibiliser les parents sur les risques liés à leur santé et à celle de leurs enfants », annonce la ville sur son site. « Une équipe constituée de la Brigade Jaune du François, d’un technicien de l’ARS et de deux élus de la Municipalité ont passé en revue les maisons de Chopotte Bony et Bois Jaunisse », précise la ville.

L’épidémie de dengue de la saison 2019-2020 est la pire que l’a Martinique ait connue ces 15 dernières années, après celle de 2010 où jusqu’à 4.000 cas hebdomadaires de dengue avaient été enregistrés, au pic de l’épidémie. La récente accélération de décès sur l’île, en lien avec la dengue dont celui d’une collégienne, la semaine dernière, fait craindre une explosion des cas.

Neuf décès sont à déplorer dont six rien qu’en septembre 2020

Depuis trois à quatre semaines, les indicateurs de surveillance épidémiologique sont en nette augmentation, avec près de 2.000 cas cliniquement évocateurs de dengue par semaine.
L’épidémie qui a démarré en novembre 2019, a déjà affecté à ce jour, près de 6.500 patients en Martinique où 9 décès sont à déplorer dont 6 rien qu’en septembre 2020. Sur ces 9 décès, 1 est survenu à domicile et 8 en milieu hospitalier.

Trois des personnes décédées avaient moins de 30 ans, trois autres entre 30 et 44 ans, deux entre 45 et 64 ans et une était âgée de plus de 65 ans.
La situation épidémiologique de la dengue ne cesse de se dégrader et les habitants sont de plus en plus inquiets et critiquent l’efficacité des moyens mis en place pour éradiquer les gîtes larvaires.

« Nombreux savent ces gestes, mais peu les appliquent réellement », affirme le service communication de la Préfecture de la Martinique

Les établissements scolaires font l’objet d’une attention particulière.
Selon Sylvia Saithsoothane, conseillère exécutive en charge de l’éducation, la CTM s’implique aux cotés du Centre de démoustication et de recherches entomologiques-Lutte anti vectorielle (CEDRE-LAV), pour éviter que la dengue ne se propage dans les établissements scolaires.
« Le CEDRE déploie de nombreuses interventions dans tous les établissements scolaires, dès lors qu’il est invité à le faire bien sûr, et si d’aventure on a une suspicion comme ça peut être le cas dans certains établissements », assure-t-elle.

De son coté, la Préfecture, fait observer que les gestes visant à détruire les gites larvaires ne sont pas toujours appliqués par l’ensemble de la population.
« Chaque citoyen est invité à lutter contre la dengue en adoptant des gestes simples dont la destruction des gîtes. Nombreux savent ces gestes, mais peu les appliquent réellement », affirme dimanche sur FB le service de communication de la Préfecture de la Martinique.
« Depuis le début de l’épidémie nombre d’actions sont menées régulièrement par les services de l’Etat, la CTM, l’ARS et les villes. Mais seule une mobilisation collective est efficace », souligne le service.

Une internaute lui répond : « Ce serait bien de voir vos actions partout en Martinique. Parce que dans le Nord Atlantique on n’en n’entend pas parler. Et il faudrait aussi que la mairie s’occupe de couper les herbes et les entretiens des espaces verts . C’est une catastrophe dans certains lotissements les herbes sont presque aussi hautes que certains arbres … ».
Une autre internaute s’interroge : « Moi cela fait 30 ans au moins que j’entends parler de la dengue et les comportements d’indifférence persistent. Qu’est ce qui ne va pas ? Pourquoi les citoyens ne se sentent pas concernés ? Pourquoi n’y a t-il pas une enquête psychosociologique pour analyser cette résistance coriace ? »

Maryse est pour sa part résignée : « Même quand on signale sur l’espace public rien est fait …alors la dengue n’est pas prête de partir », lâche-t-elle sur le site de la préfecture.
Idem pour Mymy qui se dit impuissante. « Je veux bien aller détruire les gîtes, mais je risque d’être inquiétée pour avoir déchiré une bâche où l’eau stagne depuis un moment. Le club nautique est averti depuis le 5 septembre. Il prenne même pas la peine de répondre, la mairie la semaine dernière… et le service technique est à 50m », se désole-t-elle.

Sur les réseaux sociaux, la préfecture a épinglé les gestes simples à adopter pour détruire les gîtes larvaires :
« 1. Détruisez les gîtes :
Éliminez les eaux stagnantes
Changez l’eau des vases à fleurs 2 fois par semaine
Couvrez les fûts et réserves d’eau avec une toile moustiquaire
Nettoyez les gouttières régulièrement
Éliminez les déchets inutiles dans et autour de la maison
Mettez les pneus et récipients à l’abri de la pluie
2. Protégez-vous des piqûres de moustiques :
Dormez sous une moustiquaire
Utilisez des produits répulsifs (crèmes, spray, lotions anti-moustiques)
Utilisez une raquette anti-moustiques
Portez des vêtements long »