L’esclavage Crime contre l’Humanité : L’eurodéputée Guadeloupéenne, Maxette Pirbakas décriée pour son vote « contre » se défend

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Guadeloupe
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Vilipendée en raison de son vote contre la Résolution du Parlement européen qui reconnaît l’esclavage « Crime contre l’Humanité », l’eurodéputée guadeloupéenne, Maxette Pirbakas tente de se défendre face à l’indignation et la consternation de ses compatriotes.

Sur les réseaux sociaux, ces derniers ne décolèrent pas et lui rappellent que ses ancêtres Indiens et Afrodescendants ont subit à la fois l’esclavage et la domination coloniale.
« J’espère que vous avez honte ! », lui lance Dana dans un tweet. Une internaute la qualifie de « traitresse » et une autre de « menteuse ».

Née le 14 avril 1975 à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, Maxette Pirbakas est issue de l’immigration indienne et de l’esclavage.

En 2019, l’agricultrice membre de la FNSEA, a été élue députée européenne sur la liste du Rassemblement national. Au Parlement européen, elle siège dans le groupe ID (Identité et démocratie), un groupe politique situé à droite voire à l’extrême droite de l’échiquier européen.

Le vote contre de Maxette Pirbakas révélé par un rapport rendu public

Ce vendredi 19 juin, les élus européens ont reconnu dans une Résolution adoptée à une large majorité que la traite des esclaves est « un Crime contre l’Humanité » par 493 voix pour, 104 contre et 67 abstentions,

Mais le rapport des votes rendu public, révèle à la surprise générale que l’eurodéputée guadeloupéenne, Maxette Pirbakas, a voté contre la Résolution. L’élue dément et affirme qu’elle s’est abstenue.

Dans un long communiqué publié lundi soir 22 mai, l’intéressée tente de se défendre et dénonce «une campagne mensongère » orchestrée par l’extrême gauche qui veut « faire le buzz » en véhiculant des « fake news ».

« Moi, Maxette Pirbakas, je n’aurais jamais voté contre une condamnation de l’esclavage et du racisme contre mon propre peuple, soyons réalistes », lance-t-elle.

« Je suis Guadeloupéenne, fille d’immigrée, je n’ai jamais oublié l’histoire de mon île, ni celle de ma famille », se justifie-t-elle avant d’ajouter : «j’ai voté en m’abstenant sur une résolution de 11 pages qui concernait plusieurs éléments ».

« Mon choix pour l’abstention était important. Et mon groupe parlementaire ne l’ignorait pas, ce qui fut approuvé étant donnée mes origines guadeloupéennes », explique-t-elle.
Et de rappeler :« toute ma vie se passe en Guadeloupe et ma famille y vit, donc mon histoire est gravée sur ma peau et coule dans mon sang ».

L’eurodeputée rappelle que « son aïeul était un Noir qui a enfanté avec une Indienne ».
Elle se dit « scandalisée de voir comment M. Younous Omarjee a orchestré une campagne mensongère pour mener une politique d’extrême gauche et faire le buzz». Ses explications dans la vidéo c-dessous :

Ary Chalus se dit étonné par ce vote et souligne qu’il n’engage pas la communauté indienne

Le président de la Région de Guadeloupe, Ary Chalus exprime pour sa part « son étonnement quant au choix de vote » de l’eurodéputée guadeloupéenne. « Cet acte ne doit en rien entamer et encore moins entraver notre attachement au vivre ensemble au sein de notre chère Guadeloupe », déclare Ary Chalus, membre du bureau exécutif de La République en Marche (Lrem) dans son texte.

Soucieux de préserver « le bien vivre ensemble » des Guadeloupéens, il souligne qu’il s’agit d’un « geste personnel de la députée européenne (qui) n’engage en rien la communauté indienne parfaitement intégrée au sein de notre belle communauté guadeloupéenne ».
« C’est ensemble et avec détermination que nous combattrons le racisme et que nous continuerons à écrire ensemble notre histoire commune », poursuit-il.

Dans un billet d’humeur surnommé « rigoladeri » publié dans Montraykreyol, l’écrivain Raphael Confiant prend le partie d’ironiser sur le vote de l’eurodéputée.

« Bref, elle avait toutes les raisons du monde pour tenter de raisonner la cheffe de son parti à propos de ce qui n’est pas une « loi », mais une simple « déclaration » », dit-il.

Pirbakas trahit la mémoire de ses propres ancêtres indiens tout en poignardant celle des esclaves d’origine africaine

« En refusant de voter une banale déclaration, le Rassemblement National affiche donc un racisme décomplexé et qu’elle le veuille ou non, Maxette Pirbakas, fille de ce servage moderne que fut « l’engagisme », trahit la mémoire de ses propres ancêtres indiens tout en poignardant celle des esclaves d’origine africaine», ajoute-t-il.

« Double trahison. Mais la note comique est que cette grande défenseuse de la blanchitude et du suprématisme blanc n’aurait pu jouer dans un film du pays de ses propres ancêtres », ironise l’écrivain martiniquais.

« En effet, comme le dit la grande écrivaine indienne Arundathy Roy, « Si quelqu’un qui ne connait pas l’Inde regarde un film de Bollywood, il a l’impression que l’Inde est peuplée d’Européens ».

La résolution du Parlement européen, plus symbolique que contraignante, a pour objectif d’envoyer un message fort depuis l’Institution européenne vers les 450 millions d’européens qui composent l’Union européenne et aussi vers le reste du monde.
Dans leur texte de onze pages, les députés européens affirment dans un premier alinéa que « La vie des Noirs compte », reprenant le slogan américain « Black Lives Matter » devenu un slogan mondial anti-raciste.

Le texte du Parlement condamne également la mort du noir américain George Floyd, assassiné par un policier raciste à Minneapolis. Il appelle les Etats-membres de l’Union européenne à des gestes forts contre le racisme et proposé notamment que tous les États reconnaissent officiellement les injustices du passé et les Crimes contre l’Humanité commis contre les personnes noires et de couleurs.

Il propose enfin que le 2 décembre soit désigné journée européenne de commémoration de la Traite des esclaves.