Lettre ouverte d’une jeune « guadeloupéenne sacrifiée

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Ci-desous la lettre ouverte d’une jeune guadeloupéenne, datée du 1er janvier 2019 où elle témoigne des difficultés à trouver un emploi en Guadeloupe.

« Enfant du pays, de retour sept ans après un départ forcé pour étudier en Métropole, je suis en colère contre mon île. Pendant tout mon parcours en Métropole j’ai tenu grâce à l’idée d’avoir des compétences qui me permettront de revenir travailler en Guadeloupe. J’ai tout laissé pour revenir en Guadeloupe fin 2016. Demande de mutation faite, CV, lettre de motivation, je pars armée à la conquête de ce nouvel avenir, accompagnée de mon époux jeune sacrifié guadeloupéen lui aussi.

Deux ans après l’heure est au bilan :
– mon époux collectionne les CDD au SMIC toujours dans la mêne entreprise, sans espoir de CDI avec une expérience réussie de 10 ans dans son domaine. Dans mon secteur rien ! Une mutation en vue ? non ! Quelque chose qui entre dans le cadre de mes expériences professionnelles, mon bac, mon DUT, ou même de ma licence? Rien ou juste des remplacements…

Sur ces deux ans, j’ai entendu nos politiques se plaindre incessamment de la fuite des talents, des conséquences démographiques, d’un projet pour favoriser les mutations des ultrarnarins en priorité, … mais qu’en est-il réellement ?

Prenant le taureau par les cornes, j’ai sollicité nos politiques. J’attends encore une réponse de notre président de Région Monsieur CHALUS suite à un courrier envoyé en août 2018. Monsieur SERVA aime offrir des sets de tables. Madame BENIN est toujours hors du département pour un rendez vous, mais excelle par sa présence aux chanté nwêl, inaugurations, cérémonies …

Quand cesserez-vous, chers politiques, de faire de la figuration autour des maux de la Guadeloupe? Quand vous mettrez-vous réellement au travail ? Quand arrêterez-vous de mépriser le Guadeloupéen? Vous pensez nous tromper mais nous ne sommes pas dupes, nous jeunes ! Eau, Chlordécone, CHU, pauvreté croissante, chômage… est-ce un sacrifice organisé de la population guadeloupéenne ?

Deux ans après, je n’ai plus que six mois pour me stabiliser. La question du retour dans l’hexagone se pose:
– devrais-je rester en Guadeloupe, sans savoir comment payer mon loyer, en me satisfaisant du peu de finances, sans rêver de construction, de voyages, de famille, … me contenter du minimum ? – ou repartir pour avoir un salaire en accord avec mes diplômes et mes compétences, un CDI, pouvoir construire une vie ?

Ce choix est difficile mais pour avoir une vie acceptable je dois repartir, je n’ai pas le filon, ni le bon nom de famille! Certains diront que le cadre environnemental change tout…. Vous suffit-il à payer votre loyer ou subvenir aux besoins de votre famille ? Vous jeunes qui vous reconnaîtrez à travers mon parcours, je vous invite à faire comme moi, témoignez ! Les mots s’envolent, les écrits restent.

Deux ans après, c’est le coeur lourd que j’écris ces mots. J’ai mal à mon avenir, j’ai mal à ma Guadeloupe!

Une jeune guadeloupéenne sacrifiée »

Photo d’illustration : Le journal du trail