Libre circulation sur le littoral martiniquais : « Le vent a commencé à tourner »


Publié dans : Actualites, Martinique
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Le Dimanche 5 mai, plus d’un millier de martiniquais, femmes, hommes, jeunes s’étaient donnés rendez-vous sur la plage de Fond Larion à Sainte-Luce. Leur objectif était de faire respecter la libre circulation sur le littoral. Comme en beaucoup d’autres endroits dans notre pays, des riverains, généralement fortunés et étrangers, avaient barré le chemin qui borde la plage pour, de fait, s’approprier l’espace.

Les centaines de participants ont entrepris de renverser toutes les barrières et de détruire les installations construites au voisinage direct de la plage. Des bonnes consciences ont retenu de l’événement la « brutalité » et les « atteintes à la propriété privée ». Certains, concédant que la situation posait problèmes, ont reproché aux défenseurs de la libre circulation de ne pas avoir agi sur le plan judiciaire. Via facebook, un français a même traité l’association écologique « Assaupamar » de « bande de voyous », prenant l’engagement de la faire dissoudre ! Cet événement, selon nous, est l’illustration d’une évolution significative de la situation politique et sociale dans notre pays.

Point 1 : Les administrations françaises prennent systématiquement le parti de leurs ressortissants et le peuple ne supporte plus les injustices. Il commence à réagir collectivement pour mettre fin à cet état de chose.

Ceux qui appellent le peuple à s’enferrer dans des procédures judiciaires font semblant d’ignorer cette réalité-là : Procédures à rallonge, verdicts iniques en faveur des puissants permettent d’imposer le fait accompli. Voyez comment l’administration s’est empressée de venir au secours de ses ressortissants en prétextant, sans rire, qu’entre 20 et 30 mètres de côtes avaient disparu et que cela justifiait que ces gens barrent le chemin emprunté par la population depuis des décennies.

Où étaient ceux qui compatissent avec des privilégiés pleurant la perte de leurs espaces de villégiatures quand on détruisait la maison de M. Nomis et des dizaines d’autres occupants légitimes de la zone des 50 pas ? Qui « la loi » et les gendarmes protégeaient-ils, alors ?

Point 2 : Comment dénouer la crise ?

En premier lieu, c’est à l’Etat Français d’indemniser ceux à qui il a vendu de façon indue des portions du littoral.

En second lieu, il convient de réparer cette injustice liée à l’occupation coloniale qui a permis à l’Etat français de se déclarer propriétaire de la bande côtière des « 50 pas du Roi » devenue pudiquement « 5O pas géométriques ». Celle-ci devrait être remise en entière propriété aux collectivités martiniquaises. Au passage, il serait prudent pour l’Etat de mettre au pas ceux de ses fonctionnaires, en particulier à l’ONF, qui font preuve d’arrogance. Leur attitude contribue à jeter de l’huile sur le feu.

Point 3 : L’engagement pour l’ancrage dans notre pays et la défense de notre environnement s’amplifie

Le fait que des centaines de personnes, dont beaucoup de jeunes, se sont mobilisés pour la défense de la libre circulation sur le littoral et plus généralement pour le respect de nos droits en tant que peuple montre bien que le vent est entrain de tourner. Il est clair que l’Etat français et tous ceux qui se sentaient en pays conquis n’accepteront pas sans réagir de perdre leurs privilèges. Nous devons donc nous attendre à ce que des tensions de plus en plus vives se manifestent sur le terrain. Il s’agit dès lors pour notre peuple de renforcer son unité, de s’organiser et, surtout, de se rassembler autour d’un projet commun afin de se prémunir de tout dérapage incontrôlé.

Extrait Journal « Jik An Bout » du CNCP / Photo : Ras David Rehael