L’inceste : Fabienne Sainte-Rose témoigne à la 1ère journée des Femmes Nutricréole

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« L’être humain peut créer ou détruire ».

« La parole libère, c’est une voie vers la guérison ».  Dr Gilles-Marie Valet, pédopsychiatre d’origine guadeloupéenne.

Avec plus de 200 invités à l’auditorium de l’Hôtel de ville de Paris, ce vendredi 9 mars 2018, qui suit la journée mondiale des Droits de la Femme, la première journée des Femmes Nutricréole, aura été un succès pour son organisatrice. Si la vocation de l’association créée en l’an 2000, par le Docteur Marie-Antoinette Séjean, a pour vocation « d’apporter des notions d’équilibre alimentaire », sa raison d’être, est aussi, selon la responsable, l’occasion de débattre autour de questions difficiles qui peuvent toucher « l’équilibre physique et psychologique » des personnes.

L’inceste était le thème choisi par l’équipe de Nutricréole. L’inceste, ce mot tabou qui s’accompagne de non-dits, de violence, de doute et d’échecs est surmontable et la guérison envisageable. L’oubli, l’amnésie post-traumatique ont été évoqués et débattus durant ces trois heures de rencontre avec comme médiatrice la journaliste-présentatrice Sophie Ekoué.

Pour une prise de conscience et une entrée en matière immédiate, deux films réalisés par deux antillais ont ouvert la première journée des Femmes Nutricréole. Aussi brutal qu’est l’inceste, aussi violent et bouleversant étaient les courts métrages « La main qui nourrit » de Christophe Agelan et « Le Service » d’Isabelle Menal.

Deux réalisations qui mettent en scène des familles incestueuses et qui montrent les rapports choquants entre des personnes de même lignée et de même ascendance. Des relations interdites et forcées qui bouleversent la place des enfants abusés, des enfants victimes d’inceste.  Un crime sexuel qui remet en question les valeurs fondamentales de la famille,  un père ou une mère censé (e) protéger l’enfant.

L’innocence bafouée, une vie sexuelle d’adulte, de lourds secrets à garder (malgré soi), des parents qui ne le sont plus vraiment, l’enfant abîmé et abusé, explose en morceaux. Les dégâts physiques, mentaux, psychiques et alimentaires seront considérables sur le long terme.

Selon les médecins psychiatres, Il faudrait 16 ans pour que la personne abusée sorte de son silence et exprime sa souffrance, une étape essentielle pour entrer en résilience.

Entre temps, de nombreuses années sont passées, les questions et les peurs se sont intensifiées. La capacité de rebondir, de surmonter cette douleur, prend du temps, il dépend de  chacun, de son entourage, de sa volonté, de sa rage de vivre. La première journée Nutricréole a permis d’entendre des professionnels de l’inceste qui ont évoqué les solutions et les premières mesures pour émerger, pour tenter de se libérer des traumatismes causés par l’acte incesteux.

L’histoire de Fabienne Sainte-Rose victime d’inceste, est connue des martiniquais depuis le procès à huis clos  contre son père qui depuis est incarcéré. Il purge 15 ans de prison pour inceste.

Aujourd’hui, Fabienne Sainte-Rose est âgée d’ une quarantaine d’années.

Née en Martinique d’une famille de 10 enfants, l’antillaise a été élevée modestement par sa mère qu’elle présente comme une « Fanm Djok », une femme courageuse marchande de poisson. L’enfant est présenté à son père, c’était « un homme public, bien apprécié des martiniquais », un éminent avocat de Fort-de-France.

De 11 ans à 17 ans, l’adolescente subit en silence, les violences sexuelles de son père, qui se « déclare amoureux de sa fille ». Posément Fabienne Sainte-Rose raconte, devant un auditoire abasourdi : « Il a planté sa langue dans ma bouche et m’a dit : Tu as déjà vu un père amoureux de sa fille ? »

La jeune fille subira les avances sexuelles de son géniteur pendant 6 ans : Comment le dire à sa mère ? A cette maman qui mettait tous les espoirs de réussite sur sa fille (Fabienne), brillante élève. Les rapports cessent quand le père « s’occupe de la grande sœur ! ».

Fabienne Sainte-Rose aux cheveux courts (ci-dessus), attendra 10 ans (le 26 septembre 2002) pour intenter une action en justice contre ce papa incestueux qui aura le temps d’enfanter deux fois sa sœur aînée. Elle a alors 27 ans, c’est la date limite de prescription (10 ans à l’époque).

Après plusieurs tentatives de suicide, la mère au foyer est devenue un témoin actif, combattante et déterminée, elle milite contre l’inceste qui détruit l’identité de l’enfant :  « J’ai porté plainte contre mon père pour sauver mes propres enfants ». Fabienne Sainte-Rose est une survivante, dit-elle. La martiniquaise s’exprime avec calme et douceur sur son passé et sur sa vie familiale qu’elle reconstruit « cases par cases ».

Fabienne Sainte-Rose est maman de 4 enfants, elle dirige l’association LAMEVIT* à la Martinique et met en garde : « Porter plainte, permet la reconnaissance du crime » mais n’efface pas la douleur, « la mémoire n’oublie pas ».

À l’Auditorium, 5 rue Lobeau à Paris, la salle est silencieuse, les visages sont sidérés, les intervenants sont fermes, les silences sont lourds et les regards sont tristes.

Journalistes, responsables d’associations, collectifs et anonymes écoutent avec intérêt le Pédopsychiatre, le Docteur Gilles-Marie Valet. D’origine guadeloupéenne, le praticien qui parle de résilience, insiste sur les conditions pour guérir de ce traumatisme du corps : « Il faut libérer, la parole, elle est essentielle à la guérison » ajoute le pédopsychiatre qui exerce à Paris en cabinet privé.

Le Docteur Marie-Antoinette Séjean, psychosomaticienne et nutritionniste a poursuivi la table ronde sur le thème de « La mémoire traumatique et la résilience ». La fondatrice de Nutricréole a précisé pourquoi il est nécessaire de comprendre les mécanismes de la mémoire traumatique :  « L’acte incestueux crée un choc extrêmement violent et à cause de ce traumatisme brutal, la mémoire de la personne choquée, n’est plus saine », d’où la nécessité de suivre et de porter assistance à toutes personnes, victimes de dommages psychiques ou physiques explosifs.

Attaquée, l’identité de l’enfant est perturbée, le travail de reconstruction se fait grâce au soutien et à l’écoute, des associations, collectifs ou organismes d’Etat qui existent. Ils ont été  créés pour accompagner au mieux les enfants et les adultes victimes de l’inceste.

Autour du Dr Marie-Antoinette Séjean et du pédopsychiatre guadeloupéen, d’autres intervenants ont participé à la première Journée des Femmes Nutricréole, ce vendredi 9 mars à la Mairie de Paris. Danielle Remus est responsable du MIFTC (Marché International du Film et de la Télévision Caribéens), Yveline Glaude-Brécy est coach de performance Dreambuilder, Yollen Lossen est écrivaine et relaxologue, Micheline Lezin est Directrice de la Plume Antillaise et d’Ailleurs et Adèle Belmont est cantatrice.

En fin de programme, une séance de relaxation « Le souffle de l’instant présent », était proposée au public, une occasion de libérer la tension suscitée par ce premier thème qui a rassemblé de nombreux spectateurs autour de l’inceste.

Fabienne Sainte-Rose est active à l’Association LAMEVIT – Martinique : Association des mille et une victimes d’incestes et de traumatisme.

Dr Gilles-Marie Valet est psychiatre et écrivain à Paris où il exerce en cabinet privé. Souvent sollicité par les médias, le guadeloupéen a écrit plusieurs ouvrages, parmi les 13 livres consacrés à l’enfance, « Les 50 règles d’or pour se faire obéir sans s’énerver » est paru le 8 janvier 2014.

Yollen Lossen est relaxologue et écrivaine, son dernier ouvrage : « Le jour où ma mémoire s’est réveillée ». Edité par Lettres des Caraïbes. Publié par L’Harmattan.

Voici Fabienne Sainte-Rose, elle a créé LAMEVIT : Association des mille et  une victimes d’incestes et de traumatisme :

INCESTE : TÉMOIGNAGE ET ASSOCIATION LAMEVIT en MARTINIQUE

INCESTE : TEMOIGNAGE ET ASSOCIATION LAMEVIT en MARTINIQUE

Publié par Antillesboxmail – Dothy sur mercredi 14 mars 2018

Reportages Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter

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