Lord Kossity : « Suis-je Charlie ou la dialectique d’un enfant de la République ? »

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Suis-je Charlie ? Ou la dialectique d’un enfant de la République, par Lord Kossity.

Né à Paris le 23 décembre 1972 de parents martiniquais, bénéficiant déjà de la nationalité donc d’un passeport français, j’ai grandi à Vitry et Créteil dans le Val de Marne(94), puis ai vécu dans des quartiers populaires de Paris(75) et de Seine-Saint-Denis(93) en banlieue parisienne, avec d’autres jeunes issus de parents provenant de tous horizons, de toutes confessions religieuses, si nombreuses et diverses qu’il deviendrait fastidieux de toutes les citer. Il conviendrait pour l’instant de dire que je suis un enfant de la République.

Force est de constater que je suis de culture française, que j’assume ma nationalité et ce qu’elle représente en termes de responsabilités républicaines, d’opportunités culturelles et professionnelles, de contingences historiques (du moins sur le papier); je reviendrai plus tard avec précision sur ces points d’une importance capitale.

Venons-en au fait: à l’heure où la majorité de la communauté internationale est encore sous le choc des attentats perpétrés contre Charlie Hebdo et Hyper Casher et de la fusillade de Montrouge, dont les victimes étaient athées, catholiques, musulmanes et juives, blanches, noires, arabes..une question me vient à l’esprit:

SUIS-JE CHARLIE?

N’ayant pas pour habitude d’être un suiveur aveugle, mettant un point d’honneur à essayer de comprendre la société, le monde et la civilisation dans lesquels j’évolue; je prononce ces mots avec une extrême prudence et un profond respect de la personne et de la vie humaine.

SUIS-JE CHARLIE?

Tout d’abord, il m’est impossible de faire l’apologie du crime, des meurtres, du terrorisme, car des familles sont endeuillées, des destins sont brisés et je me joins à mes pairs pour respecter la douleur de celles et ceux qui ont tant perdu lors de ces tristes événements. Je préfère m’exprimer clairement à ce sujet, cependant une question subsiste:

SUIS-JE CHARLIE?

Par ailleurs, il serait opportun et pertinent de définir ce slogan « JE SUIS CHARLIE » que des millions de personnes s’approprient et relaient dans un élan d’émotion républicaine ou humaniste(car il est repris par la presse et les populations internationales), sur les titres de presse, les statuts et profils de réseaux sociaux, sans parfois comprendre ce qu’il implique.
Beaucoup s’en tiendront à la défense de LA LIBERTÉ D’EXPRESSION si chère à notre « démocratie », d’autres iront un peu plus loin en citant LA LIBERTÉ DE LA PRESSE, d’aucuns pousseront jusqu’à mentionner LE RESPECT DE LA VIE HUMAINE.
Si le fameux slogan « JE SUIS CHARLIE » devait s’en tenir à ces paramètres, à ces préceptes pour le définir, alors oui, je serais Charlie; toutefois cette question demeure:

SUIS-JE CHARLIE?

A l’heure où certains éditorialistes nous annoncent en citant CHURCHILL « du sang, de la sueur et des larmes », où les plans Vigipirate se déploient, où les investigations battent leur plein, où les questions les plus fondamentales se posent; il serait intéressant d’aborder les autres thèmes inhérents à ce slogan, qui m’imposent malheureusement une certaine prudence et une certaine réserve quant à sa prononciation.

Je rappellerai avant de continuer que je fais partie de ceux qui peuvent s’exprimer et a fortiori, disposent d’une tribune, d’un public et d’un auditoire compte tenu de ma relative notoriété.
Il serait lâche de ma part de ne pas m’exprimer sur le sujet, de garder le silence pour éviter de décevoir mes fans amis ou sympathisants.

Je ne suis pas de ceux qui volent au secours du succès et enfoncent des portes ouvertes.
Nous vivons évidemment directement ou pas, de près ou de loin, ces moments historiques et sommes tous témoins de cette page qui se tourne, de ce qu’on pourrait appeler sans être pompeux l’avènement d’une nouvelle ère. Il y aura manifestement un avant et un après Charlie.
Je ne viens pas jouer ici le philosophe improvisé, l’agitateur écorché ou le polémiste low cost eu égard à l’émotion collective.

Cependant; SUIS-JE CHARLIE?

J’ai eu l’opportunité, par hasard, de discuter avec un des otages et des témoins des événements de la porte de Vincennes; l’un d’entre eux m’avait reconnu dans la rue, je précise que ma présence sur les lieux était tout à fait fortuite car ce site se trouve sur l’itinéraire que j’emprunte régulièrement pour rejoindre mon domicile.
Cet épisode fut marquant dans ma décision de m’exprimer sur cette affaire.
Je dois avouer que j’étais dubitatif, à l’instar de bon nombre de citoyens nationaux voire internationaux, quant à la véracité des propos relatant les faits tragiques de ces trois journées.
Il n’est pas rare sur les réseaux sociaux de constater que le doute subsiste sur la réalité des crimes, l’identité des tueurs, des otages et des victimes, enfin sur l’identité des commanditaires.
Les interprétations les plus farfelues affluent sur le net, on parle de complot, de machination voire d’orchestration, de manipulation de mensonge et de désinformation en ce qui concerne la version officielle des faits.

Cela donne lieu à des débats endiablés, des insultes racistes, des tentatives d’explication, des diatribes et pamphlets de résignation sur ces formidables capteurs d’émotions que sont Facebook et Twitter.

Loin des dérives dûes à l’émotion et à l’incompréhension collectives, je dois reconnaître que les victimes sont bien mortes. Cette certitude change complètement ma perception des informations officielles distillées. Le tri à faire dans tout cela reste à la discrétion des auditeurs et des téléspectateurs.

SUIS-JE CHARLIE?

Bon nombre de personnes cèdent à l’amalgame en stigmatisant les musulmans. Je pense que c’est une terrible erreur: l’une des victimes était de confession musulmane, représentant des forces de l’ordre de surcroît.

Par ailleurs bon nombre de musulmans ne se reconnaissent pas dans ces actes, qui, indirectement, leur sont imputés. J’ai des amis et des proches de toutes confessions religieuses dont évidemment des musulmans. Je refuse de céder à l’amalgame, j’aime mes amis musulmans comme j’aime mes autres amis catholiques juifs, fussent-ils aussi bouddhistes!!!
Nous sommes les enfants issus de l’immigration ou de la migration de nos parents. Ces mêmes parents ont contribué à construire ce pays, parfois au prix de leur vie, il serait ingrat et inhumain de ne pas le reconnaître.

Nous sommes riches d’une double culture, au même titre que les espagnols, portugais, roumains etc vivant en France…est-ce un crime?

Mais pour autant: SOMMES-NOUS TOUS CHARLIE?

Ce pays qu’est la France, avec son histoire connue de tous, son génie reconnu à une certaine époque, son rayonnement universel(international), son humanisme affiché, son esprit révolutionnaire et irrévérencieux, ses symboles d’unité, de solidarité, de fraternité; ce pays a t’il accueilli tous ses enfants de la même manière?

A-t-il réellement pris ses responsabilités lorsqu’on aborde les thèmes de la colonisation? du racisme ? de l’intégration ?

Sait-on vraiment, dans les quartiers huppés, ce qui se passe dans les grands ensembles ? Comment grandissent ces enfants de la République ? Selon quels codes ? Sait-on ce qu’ils subissent au quotidien ?

L’état d’urgence dont parlent les acteurs ou artistes issus de la diversité n’est-il qu’une vue de l’esprit ?

Peut-on quantifier le désamour, la désillusion, la frustration et les déceptions vécues par de nombreux « banlieusards » ou « gens des cités » comme beaucoup se plaisent à les appeler ?
Comment certains d’entre eux développent très jeunes un sentiment d’exclusion dont ils peuvent difficilement se débarrasser ?

Je ne suis pas adepte de la victimisation et je me permets de préciser que dans nos quartiers existent des maîtres-mots comme fierté, honneur ou encore dignité. Il serait temps de dresser un sérieux bilan d’une politique d’intégration(ne pas confondre avec aliénation ou assimilation), qui a peut-être trouvé ses limites.

Quelles seraient les modifications à y apporter ?
Quelles seraient les modifications à proposer aux programmes d’éducation nationale ?
La République a-t-elle pris la mesure du malaise, du mal-être croissant dans les banlieues…mais pas seulement en leur sein ?

Comment rétablir un dialogue parfois rendu impossible par un manque de compréhension évident et une appréhension relative des réelles problématiques ?

Le temps de la répression arrive, cette même répression sera jugée nécessaire, malheureusement, pour rassurer la population et peut être servir certains desseins politiques ou économiques, ne soyons pas dupes ni naïfs.

Ce temps de la répression génèrera, à n’en point douter, de vives réactions, voire certaines dérives collatérales avec leur cortège de verve et de véhémence, de bavures, d’émeutes, de violence.

Cette violence, rendons-nous à l’évidence, commence à atteindre des sommets, pourtant un grand nombre de signes avant-coureurs, de prémisses et de préludes s’étaient faits jour, même s’il faut bien admettre que ce degré de violence était alors inédit dans ce pays, tout au moins dans ce contexte précis.

Il conviendrait de ne pas céder à la panique ou à la peur de l’autre, aux lieux communs, aux poncifs, aux raccourcis. Il conviendrait de combattre l’ignorance, privilégier l’éducation ainsi que l’accès à la culture et au savoir, de mettre en avant des valeurs fondamentales comme le respect, je parle bien-entendu d’un respect mutuel.

Revenons sur certaines des raisons de la tuerie de Charlie Hebdo: certains sujets sensibles ont heurté et continuent de heurter la sensibilité de nombreuses âmes de cette population française. Il serait pertinent de ne pas continuer à l’ignorer. Nonobstant une volonté affirmée de protection de la sacro-sainte liberté d’expression.

Allons-nous inexorablement de Charybde en Scylla?

Je finirai par dire que je crois en des valeurs comme la vie, l’espoir, l’ambition, le travail, l’éducation, la passion, l’amour, le dépassement de soi, la tolérance et le respect.
Je n’ai pas cité toutes les origines des citoyens de cette nouvelle France encore en pleine mutation car elles sont nombreuses(pays d’Afrique, pays d’Europe de l’est, d’Asie et d’Amérique du sud,ou autres ressortissants insulaires).

Je précise que je ne suis ni journaliste ni porte-parole d’un parti politique, ni récupéré par un quelconque mouvement idéologique.
À l’heure où les débats fiévreux se multiplient, parfois teintés de haine, de révisionnisme ou de profonde démagogie; je terminerai avec ceci:
Paix aux âmes des personnes disparues lors de ces tristes événements, à leurs familles et entourages, car on ne peut feindre la douleur provoquée par la perte d’un être cher.

LORD KOSSITY


1 commentaires :

  1. PHILDISER

    Merci pour votre mise en perspective sur ce dossier plus complexe qu’il n’y parait. Il serait temps que l’on réfléchisse effectivement à cette question de ceux qui sont « nés de la migration de leurs parents » que l’on persiste à traiter « d’enfants d’immigrés » sans que l’on s’aperçoive à quel point il cantonne l’identité à la couleur de la peau ou à la texture des cheveux.

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