Ma tenue qualifiée de « folklorique » par mes employeurs

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, France
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Ceci n’est pas une « tenue du jour » façon Instagram. Ceci est la tenue que j’ai décidé de porter ce matin pour aller travailler.

Tenue qualifiée par mes employeurs de « folklorique », « debraillée », « pas présentable », « pas propre » et j’en passe…

Pour donner le contexte:
Ce matin, il était prévu de réaliser une visio avec un client pour qui je devais effectuer une mission de type commercial.
Le N+1 qui pilote la mission sur Paris, m’appel une première fois afin de réaliser un test.
Pas de problème. On échange 2/3 cordialités.

On ne se connait pas. Seulement eu en entretien téléphonique 1 fois et en entretien visio une seconde fois très succinctement.
Or, lorsque le rendez-vous client démarre je m’aperçois que finalement, ce sera de l’audio et non de la visio.

Ca me questionne, mais l’échange se deroule sans difficultés.
Après le déjeuner, la manager de Nantes demande à me parler.
on s’isole et je la vois très mal à l’aise.
Elle commence en me disant:
« vraiment, je ne sais pas comment te dire ça. C’est hyper délicat »
Un peu surprise je lui répond qu’avec des mots ce serait un bon début.
Elle enchaîne rougissant qu’elle vient de s’entretenir avec le manager de Paris et qu’il a été très surpris de me voir en vidéo.

Qu’il ne s’attendait pas à voir un « turban », et qu’elle avait essayé de lui faire entendre qu’il s’agissait de « coquetterie » mais sans résultat.
Devant mon air stupéfaite , elle poursuit un peu plus embarrassée me demandant si je peux ne plus venir travailler avec le foulard.

Devant mon refus catégorique, elle appel C. (le manager parisien, pour ne pas citer le nom)
Et c’est la que les choses serieuses commencent…

Vous êtes prets??
(parceque honnêtement moi je ne l’était pas…mais alors pas du tout)
_ Re-bonjour Mona. C’est C….suivi de quelques banalités…
En faite je souhaitais m’entretenir avec toi a propos de ce matin. A l’origine c’était prévu que l’on fasse une visio mais j’ai préféré que le client ne voit pas ton…(hésitation)…ton…parceque je le connais un peu maintenant et je sais qu’il n’approuverait pas.
C’est un homme très …strict…enfin pas strict mais rigoureux…

Je n’entends pas la fin de la phrase. Mon esprit est resté bloqué sur « mais j’ai préféré que le client ne te voit pas »
En l’espace de quelques secondes ma personne, mon intégrité à été réduite en quelque chose devant être caché, quelque chose se devant être invisible.
Le choc est hyper violent!!!

Comme K. (la manager de Nantes) il me demande de l’enlever.
Une fois encore je refuse.

Il reprend:
– Tu sais moi ca ne me pose pas de problème, mais je comprend que le client puisse trouver ça « folkrorique » et impose une tenue plus…convenable…
En exemple, il y a 15jours un collègue est venu en bermuda, bah, on lui a dit que ce n’était pas une tenue appropriée pour le travail.

Quand on est commercial terrain on doit être propre sur nous, être moins…euh…original…et plus…adapté au travail.
Tu comprends ce que je veux te dire??
C’est pas moi hein…mais tu sais des fois avec certains clients c’est comme ça.
Tu comprends?

En plus tu aurais dû etre transparente avec nous. Sur ton Cv tu n’as pas le foulard, quand on s’est vu rapidement en visio t’avais des tresses il me semble, et t’avais pas le foulard non plus lorsque tu as rencontré K.

Alors pourquoi tu ne le portait pas à ces moment là?
Je l’arrête. Mes jambes commencent a trembler et je sens que je vais devoir faire un gros travail pour garder mon sang froid.

-Non, je ne comprend pas en quoi mes choix vestimentaires devraient être un sujet de discussion. Si le client ne veut pas travailler avec moi parceque je suis trop… »original ». A sa guise, je ne veux pas travailler avec lui non plus. Mes choix capillaires ne tiennent qu’à moi et il est hors de question de laisser quiconque interferer la dedans.

Qu’il attende des résultats, c’est normal, je suis payée pour ça. Après que je choisisse la chemise rose ou la bleue le matin ca n’engage que moi et rassures toi, une chemise propre.
Que tu m’interpelle sur mes compétences je l’entend, mais la on est dans un contexte de discrimination est c’est puni par loi.

Je ne sais pas combien de temps a duré l’echange. Peut être 5 minutes, mais ça m’a paru hypeeeeer long.
Partagée entre l’envie de pleurer et de l’insulter. Envie de crier que c’est injuste. Que nous sommes en 2019 et que ce genre de conversation ne devrait plus avoir lieu. Ne devrait jamais avoir existé.

Envie de pleurer parceque l’on a voulu m’ôter mon humanité afin de me relayer au rang de curiosité à ne surtout pas montrer.

J’ai été humiliée et rabaissée car considérée comme « ne rentrant pas dans la norme » avec mon style trop « africanisé » considéré comme « sale », et « debraillé ».

Je n’ai pas pour habitude d’étaler ma vie perso sur les réseaux, mais j’avais besoin de partager ce long (très long) texte avec qui voudra le lire.
Aujourd’hui j’ai d’avantage compris la nécessité de sortir du silence et d’avoir le courage de dire « y’en a marre » « ca suffit ».

Bon moralité j’ai plus ce job…mais je garde ma dignité.
PS: il s’agissait d’ un statut D’ INDEPENDANT et non de SALARIE.

Par : Mo Na Facebook Story ici