Commémoration de l’abolition de l’esclavage à Saint-Pierre : Discours du préfet, Stanislas Cazelles

La Martinique commémore l’abolition de l’esclavage ce vendredi 22 mai 2020. A cette occasion, Stanislas Cazelles, le préfet de l’île, s’est rendu à Saint-Pierre, hier soir, où il a prononcé un discours lors d’une commémoration en présence du maire de la Commune, Christian Rapha.

Discours de Stanislas Cazelles, préfet de la Martinique :

« L’esclavage, ses victimes, et les combats pour son abolition font partie de notre histoire de France. Pendant des siècles, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants furent arrachés à leur terre, à leur maison, à leur famille, à leur culture.

Ils furent entassés et affamés dans les cales de navires funestes, toujours humides des larmes et du sang de ceux qui les y avaient précédés. Ils furent dépossédés de tout, de leur liberté, de leur dignité, des fruits de leur travail, et de leur identité même quand on leur retirait jusqu’à leur nom.

Pendant des siècles, ils furent insultés, humiliés, exploités, marqués et mutilés lorsqu’ils tentaient de s’échapper, exécutés lorsqu’ils essayaient de se révolter, selon un Code abject qui n’était que la loi inique et absolue du Maître.

Et pendant des siècles, tandis que des cris de douleur se faisaient écho entre les rives de l’Afrique et des Amériques, beaucoup se sont ingéniés à justifier cette exploitation insupportable en niant l’humanité de ceux qu’ils entendaient asservir.

Les esclaves ont toujours résisté à leur asservissement ; ils ont toujours cherché le moyen de préserver leur dignité. Mais il fallut du temps pour que, dans les sociétés qui profitaient de l’esclavage, les voix qui le contestaient fussent entendues.

[Cette histoire de combats fonde] le destin mondial de la France, sa riche diversité humaine, la vitalité de sa culture, ses valeurs républicaines et son message universel. Le rappeler est toujours nécessaire. »

« Nous le devons à tous ceux qui se sont levés pour affirmer leur dignité, fût-ce au prix de la mort […]. Nous le devons à toutes les victimes de l’esclavage et à tous les héros de l’abolition, libéraux de l’Hexagone et résistants des colonies. Nous le devons aussi à nos enfants, afin de leur livrer une mémoire qui ne soit plus conflictuelle mais partagée. »

« Il n’y a pas de récits interdits dans le récit national. Il n’y a pas de douleurs oubliées dans la mémoire nationale » Voilà les propos qui étaient ceux du président de la République le 27 avril 2018 pour les cérémonies du 170e anniversaire de l’esclavage à Paris au Panthéon, là où sont honoré les grands hommes de la France, abolitionnistes et descendants d’esclaves unis dans une même mémoire.

Voilà les propos qu’il prononçait avant d’annoncer l’installation de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage et la création, à côté de la place de la Concorde à Paris, au coeur de la capitale, d’un mémorial national aux victimes de l’esclavage.

Ces mots, je les fais miens dans ce lieu de mémoire de Saint-Pierre, là où se rencontre l’histoire toujours complexe, jamais univoque, qui unit dans une même mémoire les combattants qui conquirent la liberté et l’acte administratif qui la leur donna formellement.

Ils s’inscrivent dans la grande mémoire universelle des combattants qui ont inscrit la liberté dans l’histoire du monde, du peuple juif s’échappant d’Egypte aux noirs américains combattants pour l’égalité civique, des dissidents des Antilles aux sud-africains mettant fin à l’apparteid.

Dans ce lieu de mémoire, nous pouvons aussi honorer la mémoire de tous ceux qui au 21e siècle sont mis en esclavage en Afrique, vendus sur une estrade à Tripoli, vendus comme esclave sexuelle et domestique en Syrie, comme Nadia Mourad, rayonnante prix Nobel de la paix 2018 vendue par des hommes immondes dans le moyen-orient ensanglanté.

Cette mémoire du passé nourrit l’espérance républicaine qui nous unit et nous habite.
Liberté. Egalité. Fraternité.
Vive la République, vive la France. »