Martinique : L’ouverture des plages et des activités nautiques, un casse-tête pour le préfet et les maires

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Les accès aux plages et activités nautiques sont actuellement interdits en Martinique par un arrêté préfectoral que le préfet souhaite lever, mais il doit le faire en concertation avec les maires.

Or, les élus du littoral martiniquais refusent pour l’instant toute réouverture des plages.
Par principe, les accès aux plages et aux activités nautiques restent interdits jusqu’au 1er juin dans l’Hexagone et les Outre-mer. Mais, après le déconfinement, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a desserré le carcan et autorisé les préfets à les rouvrir, dès lors que les maires en font la demande et sous condition.

« La règle générale reste la fermeture jusqu’au 1er juin, mais le préfet pourra autoriser l’accès aux plages, lacs et centres nautiques sur demande des maires », avait insisté Christophe Castaner.

La réponse des maires attendue la semaine prochaine

Si de nombreux maires de l’Hexagone ont accueilli cette nouvelle avec joie, certains ayant même déjà rouvert leurs plages, il n’en n’est pas de même pour les élus de la Martinique.
Jeudi, lors d’une réunion avec le préfet, les maires du littoral ont refusé la réouverture des plages, arguant des contraintes sanitaires et sécuritaires qui engagent leurs responsabilités (contrôles de la qualité des eaux, respect des distances de sécurité, interdiction des rassemblements, des jeux de plage, etc.).’

Pour contourner leur refus, Stanislas Cazelles, leur a fait une contre-proposition d’ouvrir les plages du lever du jour jusqu’à 11h00 du matin. Les maires n’ont pas été davantage convaincus, mais ont promis d’y réfléchir et de donner leur réponse la semaine prochaine, lors du comité territorial hebdomadaire.

Quoiqu’il en soit, cette interdiction d’accès aux plages et aux activités nautiques n’est pas du goût de tout le monde, certains la jugeant liberticide. Plusieurs professionnels du secteur nautique ont décidé de saisir le tribunal administratif pour faire abroger l’arrêté.

Des professionnels saisissent la justice pour pouvoir accéder aux plages. Réponse du tribunal lundi

L’affaire a été jugée samedi 14 mai devant le tribunal administratif de Fort de France, qui rendra sa décision lundi 18 mai.

Les avocates des plaignants, Me Alexandra Chalvin et Me Alyzé Apiou-Quénervé ont dénoncé un arrêté qui n’est pas transposable en Martinique.

Elles ont dit ne pas comprendre en quoi les activités nautiques individuelles telles le Windsurf, le wakeboard, le Stand Up Paddle, la plongée sous-marine, le Kitsurf, le jet-ski, le surf, la planche à voile, kitesurf ou encore la plongée sous-marine comportaient un risque de contamination.

La plupart des entreprises du secteur de la mer ont la possibilité de mettre en place des gestes barrières et des mesures pour éviter la propagation du virus, ont-elles assuré.

« Il y a un renvoi entre les maires et le préfet. Personne ne veut vraiment prendre de décisions »

Les avocates ont estimé que l’interdiction ne se justifiait plus en Martinique qui est classée en zone verte. Elles espèrent faire lever l’arrêté d’interdiction d’accès aux activités nautiques qui, selon elles, ne prend pas en compte les spécifités de l’île qui ne souffre pas d’une ruée de touristes comme dans l’Hexagone

« (…) Nous avons l’impression en Martinique qu’il y a un renvoi entre les maires et le préfet. Personne ne veut vraiment prendre de décisions et on se retrouve alors avec une loi générale qui s’applique sur tout le territoire français mais qui n’est pas du tout adapté à la Martinique », explique Me Alyzé Apiou-Quénervé.

« Nous avons la plage toute l’année et il n’y a pas de touristes actuellement. C’est une atteinte à la liberté. », défend-elle, invitant le préfet à «prendre ses responsabilités ».
« Il peut déroger à la loi générale qui prévoit une interdiction d’accès aux plages. C’est à lui d’étudier les spécificités locales et de voir, à l’échelle de la Martinique, si les interdictions d’accès aux plages, de naviguer et d’exercer une activité nautique et de plaisance sont proportionnées ou pas », affirme-t-elle.

Préjudice économique pour les professionnels

Les deux avocates ont insisté sur le préjudice financier de l’arrêté sur l’activité économique du secteur. « Cela est largement suffisant pas besoin d’interdire les plages. En terme économique les entreprises qui vivent de la mer sont fermées depuis 2 mois elles attendent désespérément de pouvoir rouvrir », ont-elles fait valoir.