Mes souvenirs de Noël, il y 30 ans à Fort de France

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C’est à l’école que les mots magiques étaient prononcés en premier : Noël arrive….

Et puis le jour de la Toussaint, au cimetière, quand on se retrouvait, tous les cousins entre deux lancers de caca bougie, alors que les adultes nous avaient interdit d’en parler pour le moment, nous chuchotions le nom des cadeaux que nous demanderions dans quelques jours au papa Noël. Un avion télécommandé pour le grand cousin, un camion de pompiers pour mon petit frère, des petits soldats pour l’autre frère et pour moi, une poupée avec de longs cheveux noirs et des yeux qui roulent…..

Une semaine avant, maman mettait le jambon dans un immense faitout plein d’eau, qu’elle renouvelait tous les jours. Et puis le matin au 24, l’excitation était à son comble.

Les taties et les voisines venaient à la maison pour faire les pâtés salés et éplucher les oignons pays. Maman sortait un autre faitout pour le ragout de cochon. Une autre vielle dame, toute maigre, avec de la moustache, passait le fer à repasser sur le jambon avec les tranches d’ananas.

Entretemps, un voisin avait emmené des kilos et des kilos de boudin.

De bonnes odeurs d’épices, de ragouts bien assaisonnés, ou alors de shrubb remplissaient toute la maison.

Nous les enfants, une bonne quinzaine de tout le quartier et de tous âges, de 6 à 14 ans, étions heureux comme des papes. Nous courions partout, sous l’œil mi-amusé, mi réprobateur des adultes. En milieu d’après-midi, il fallait aller se préparer et mettre de jolis vêtements pour le chanté Noël. A mesure que le soir se  rapprochait, les voisins et la famille arrivaient de partout, les bras chargés de paquets qui allaient sous le sapin artificiel que ma mère avait la fierté de sortir chaque année et d’orner avec des guirlandes et des boules scintillantes. Les marmites, les buches, et des victuailles de toutes sortes étaient entassées à la cuisine.

Des grandes planches de bois étaient ensuite disposées sur des tréteaux. Des dizaines de personnes s’attablaient alors pour enfin déguster tous ces mets dans de joyeux éclats de rire. J’étais autorisée à boire un petit fond de punch coco sur un glaçon. Mais puisque je passais de table en table en réclamer, à la fin de la fête, trompant la vigilance de tout le monde du haut de mes 6 ans, j’avais eu l’équivalent d’un gobelet entier.

A côté du groupe de personnes qui mangeaient parfois très bruyamment, d’autres avaient amené leurs cantiques et entonnaient les Michaux veillait, Joseph mon Cher fidèle, et Allez mon voisin, accompagnés de ti- bois et de tambours.

Et chaque mois de décembre qui revient me rapporte le souvenir de ces Noël doux et joyeux, vécus avec tant de bonheur et d’insouciance dans mon quartier.

Rachel d’Auvergne.