Micheline Rice-Maximin, une guadeloupéenne à Philadelphie qui enseigne la langue française

Les grands événements sont l’occasion de rencontrer des expatriés antillais ou caribéens éparpillés sur les cinq continents. En février dernier, le cinquantenaire du Fespaco (Festival du Film Panafricain et de la Télévision de Ouagadougou) était le rendez-vous international, le plus attendu de l’année 2019, l’Afrique célébrait le cinquantenaire du Festival, devenu une Institution au Faso. Des milliers de visiteurs, cinéastes, techniciens du cinéma, étudiants, hommes politiques, journalistes se sont retrouvés au Burkina Faso, autour de débats, de conférences, de projections et de spectacles dans la capitale de Ouagadougou.

Siège du Fespaco à Ouagadougou

Parmi ces nombreux festivaliers, Micheline Rice-Maximin venue spécialement pour cette commémoration, était présente avec des objectifs bien précis. La guadeloupéenne est professeure aux Etats-Unis et fait usage du cinéma, comme outil pédagogique. Antillaise, même si elle puise dans la littérature et les poèmes des français de Métropole, Micheline Rice-Maximin privilégie les films et œuvres caribéens et ceux de la diaspora noire.

Micheline Rice-Maximin

« Quand on enseigne, c’est notre devoir d’être en quelque sorte, le garant de notre patrimoine culturel.  J’aime mon pays, j’aime la littérature de mon pays », annonce Micheline Rice-Maximin. Cette passionnée de livres et de fictions vit à Philadelphie et pratique le professorat au Swarthmore College*, une des premières universités mixtes des Etats-Unis.

Ciné Burkina à Ouagadougou

Mardi 25 février, au Cinéma Burkina, Micheline Rice-Maximin est spectatrice du film « Goyave » réalisé par Néneb Bépé et Christophe Agelan. Avec comme toile de fond, la crise de 2009, le court-métrage qui se déroule en Martinique, décrit les difficultés des habitants qui tentent de se nourrir durant la « grève contre la vie chère ». Le conflit a paralysé pendant un mois et demi tous les secteurs, privés et publics, les stations-services, les commerces, les hôtels et les industries liés au tourisme, les établissements scolaires et les transports publics.

A la fin de la projection, c’est avec un certain intérêt que l’antillaise s’est empresser d’échanger avec les représentants du film, Sonia Jean-Baptiste, la mère de l’actrice principale et Jean-Claude Banys le régisseur de la fiction « Goyave ».  Un film entièrement tourné en Martinique et joué en créole, la langue du « péyi ». 

Sonia Jean-Baptiste, manager et mère de l’actrice Ingrid Jean-Baptiste Ruotolo

« Le film est un complément visuel, il découvre les paysages et intègre les images aux romans que mes étudiants découvrent. » explique Micheline Rice-Maximin, professeur de langues. Les films qu’elle choisit sont diffusés au sein de l’université et certains auteurs de romans et des réalisateurs de fictions sont reçus au Swarthmore College. L’occasion de débattre autour du sujet et des réalités du pays : « J’ai la possibilité dans mon collège d’inviter les auteurs de films ou des écrivains. Ce sont des moments d’échanges et de rencontres profitables aux étudiants qui apprennent la langue française. Les intervenants peuvent s’exprimer en anglais ou en français. »

 « Dans cette Université, nous sommes deux profs à enseigner la langue française, 5 jours par semaine, et de façon intensive. Je travaille trois jours : Les lundis, mercredis et vendredis. Romans, films, poèmes sont lus et l’univers des écrivains caribéens, antillais ou français (Métropole) sont une découverte pour les jeunes américains, curieux et très impliqués.» 

Micheline Rice-Maximin à Ougadougou

Micheline Rice-Maximin se souvient de ses début au Swarthmore College  : « Mon premier texte en français c’était un poème de Guy Tirolien « La prière d’un petit enfant nègre ». Les étudiants ont voulu connaître les Antilles. Ils ont préparé leur départ pour la Martinique en trouvant des fonds auprès de leur Université. En Guadeloupe, on s’est tous retrouvés autour de la veuve de Guy Tirolien. Nous avons visité toute l’ile. Une opportunité pour les étudiants de voir et de comprendre l’ambiance et l’environnement des poèmes et des écrits, qu’ils avaient étudiés aux USA ». Ensuite nous nous sommes rendus à Marie-Galante puis à Pointe-à-Pitre. C’était extraordinaire ».

Projection du Film Desrances d’Apolline Traoré avec Jimmy Jean-Louis

La guadeloupéenne expatriée apprécie cette forme de pédagogie à l’américaine où les étudiants sont parties prenantes du cours : « Aux Etats-Unis, qu’il s’agit d’un cours d’histoire ou d’un court de littérature, les étudiants sont loin d’être passifs, il ne se contentent pas de recopier tout ce que je dis. Je leur pose des questions pertinentes et on les interroge sur leur point de vue. Ils discutent beaucoup entre eux. Ce travail collaboratif avait beaucoup choqué les étudiants à Grenoble où j’étais venue en résidence pendant un an ».

Le Fespaco se termine et Micheline Rice-Maximin aura passé des commandes de films auprès des cinéastes avant de quitter le Festival trois jours avant la fin du Festival. En congé sabbatique, Micheline Rice-Maximin qui, enfant, vivait au pied de la Soufrière, a beaucoup voyagé.

Ouagadougou, capitale du Burkina Faso

Dans un court flash back, ce mardi 25 février 2019, elle raconte comment dans les années 1960, elle quitte la Sorbonne où elle étudiait l’anglais et comment, amoureuse, elle a suivi les pas (de son futur époux américain), qui l’ont conduit à Philadelphie. Après un Doctorat de Littérature antillaise, la jeune Micheline Rice-Maximin rentre dans l’enseignement. Elle devient une expatriée franco-guadeloupéenne. Son île, elle y reste très attachée, impossible d’oublier cette terre où elle a grandi, elle y revient autant qu’elle peut.

Originaire de Saint-Claude à Basse-Terre, Micheline Rice-Maximin a comme parent le poète Daniel Maximin, l’un des écrivains le plus populaire aux Antilles, un romancier, essayiste et poète dont les œuvres s’inscrivent dans la lignée de ceux de son aîné, le martiniquais Aimé Césaire.

Micheline Rice-Maximin au Fespaco 2019

Micheline Rice-Maximin, la professeure de Philadelphie est une femme active et milite dans la vie associative : «  Je suis adhérente d’une association African Literature Association (ALA) qui nous permet de participer à des congrès partout dans le monde. »

Aéroport International de Ouagadougou-Burkina Faso, mercredi 27 février 2019, 20h

Ce mercredi soir, 27 février 2019, l’antillaise de Philadelphie est sur le tarmac de l’aéroport de Ouagadougou-Burkina Faso, elle s’embarque pour l’Europe et puis la Guadeloupe, destination Basse-Terre, l’une des ailes de papillon de l’archipel de la Guadeloupe, son île natale.

Visages de femmes au FESPACO 2019 (C'news Actus Dothy)

VISAGES DE FEMMES AU FESPACO 2019 : #METOO DANS LE CINEMA DU FASO : En 1972, soit trois ans après que le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou, a été créé, un cinéaste du Niger recevait l’étalon d'Or de Yennenga, le plus Grand Prix de cinéma en Afrique. Dimanche 02 mars, un rwandais, Joël Karekezi (du pays invité d'honneur) était de nouveau récompensé pour son long métrage The Mercy of The Jungle. Ce qui confirme la longue TRADITION du FESPACO qui consacre beaucoup de CINÉASTES HOMMES à la plus haute marche du 7ème ART. Visages de femmes Fespaco 2019 Dorotthée Audibert-Champenois C'news Actus Dothy FESPACO 2019 #cinéma #diaspora #inéastes #récompense #grandprix #femmescinéastes #réalisatrice #visages #photos #souvenir #diversité #voyage #festival

Publiée par Antillesboxmail – Dothy sur Mardi 5 mars 2019

*En 1804, la plupart des fondateurs du Swarthmore College étaient des militants de premier plan pour la suppression de l’esclavage et dans la défense de nombreux droits sociaux aux Etats-Unis.

Reportage Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter C’news Actus Dothy
Crédits photos C’news Actus Dothy