Monuments aux morts vandalisés : La Fabrique décoloniale appelle à un sursaut des consciences martiniquaises

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Publié dans : Actualites, Martinique
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En Martinique, plusieurs monuments aux morts ont été vandalisés dans la nuit du 25 au 26 décembre 2021 dans les villes du François, Ducos et Rivière-Salée. Des enquêtes seront diligentées pour identifier les auteurs et sanctionner ces dégradations inadmissibles a indiqué la préfecture. Dans le communiqué ci-dessous, la Fabrique décoloniale désapprouve également ces actes et appelle à un sursaut des consciences martiniquaises.

Pour rappel, La Fabrique décoloniale est un collectif citoyen mené par un groupe de chercheurs, historiens et artistes martiniquais. Notre association a pour vocation de s’interroger sur l’origine, l’influence et le dépassement du fait colonial aux Antilles.

« Plusieurs monuments aux morts ont été vandalisés dans la nuit du 25 au 26 décembre 2021 au François, à Ducos et à Rivière-Salée. S’agit-il là de faits isolés ou de manifestations contre la (néo)colonisation et les discriminations qui persistent ?

Que veulent exprimer ceux et celles qui s’en prennent aux noms des Martiniquais gravés sur des plaques de marbre et qui résultent de la volonté d’autres Martiniquais de les honorer ?
Des Martiniquais et Martiniquaises ont décidé de partir pour défendre la « mère-patrie » lors de la Première Guerre mondiale mais aussi pour défendre la France Libre lors de la Seconde Guerre mondiale. Que peut-on leur reprocher ? Étaient-ils plus aliénés que nous, étaient-ils des êtres sans conscience ? Marcel Manville et Frantz Fanon ont-ils démérité en partant en dissidence ? Les dissidents ont-ils renié leur amour de la Martinique pour qu’ils méritent un tel sort ?

Des hommes et des femmes se sont battus à un moment de l’histoire de la Martinique parce qu’ils ont cru que c’était cette voie qu’il fallait prendre, la voie de la revendication de la départementalisation, la voie de la sortie de l’arbitraire colonial. Ils ont réclamé le droit de pouvoir se battre à égalité avec des soldats de la « mère-patrie », ils ont réclamé le droit de payer l’impôt du sang. Ils ont sacrifié leur vie aux Dardanelles, ils ont vécu l’enfer des tranchées, ils ont traversé les océans pour affronter le « mal absolu » à l’époque du nazisme.

Nous sommes aujourd’hui leurs héritiers et héritières, nous leur sommes redevables. S’en prendre ainsi, dans l’ombre, la nuit, s’en prendre à leur mémoire et à leur nom, correspond à les faire disparaître deux fois. Ce n’est pas un acte révolutionnaire, loin de là, c’est un acte d’une veulerie et d’une bassesse immonde. Car effacer leur nom ne nous rendra ni plus unis, ni plus forts, ni plus combatifs pour affronter l’aliénation du monde actuel.

Nous vivons aujourd’hui dans un monde connecté, globalisé, où la tentation de la fermeture sur soi, de l’authenticité et de la pureté des origines peut donner lieu à la mise en place de notre propre effacement. Si nous acceptons de tels contresens historiques, si nous ne disons rien, notre silence sera complice de la lâcheté et de la terreur qui s’installent. Le populisme le plus éculé nous amène vers une Martinique conflictuelle!

Nous appelons au sursaut d’une conscience politique
Nous ne devons pas nous tromper de combat !
Nos ancêtres ne sont pas nos adversaires !

Ils avaient un idéal, celui de liberté et de l’égale dignité humaine, de tous les êtres humains. Ils ont dû affronter le racisme, la violence des combats, l’isolement, le froid, la boue, la maladie. Ils méritent notre respect et notre compassion.

La décolonisation demande des efforts constants d’éducation et de construction d’une communauté qui partage les mêmes idéaux. »