Mort de la chienne Frimousse : L’agriculteur qui a tué l’animal donne sa version des faits

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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La propriétaire de la chienne Frimousse, pleure la disparition de son animal de compagnie, abattu par un agriculteur le 31 décembre dernier à Rivière-Pilote. L’incident a été relayé par les médias.

L’agriculteur qui ne s’était pas exprimé jusqu’à maintenant, a contacté notre rédaction afin de donner sa version des faits, que vous pouvez lire dans son intégralité ci-dessous :

« Au nom de tous les éleveurs, je refuse de me laisser accuser en silence et c’est la raison de cette publication. Je suis un agriculteur investi, qui sollicite ce jour votre attention.

Passionné d’agriculture, j’ai grandi et me suis affermi dans ce domaine par le biais de mon père, agriculteur actuellement retraité. Depuis 2005, je parviens tant bien que mal à stabiliser ma petite entreprise agricole me démenant contre les aléas et ingratitudes de ce métier.

Depuis quelques mois, je prépare un projet de diversification et d’élevage pour lequel j’ai commencé à constituer un petit cheptel et dont la réalisation dépend de la validation de mon dossier par une instance agricole. Mais tout a basculé…

Le 20 Octobre 2019, un ou des chiens se sont introduits dans notre poulailler et ont décimé l4 volailles (poules et dindes).

Le 25 décembre 2019 au matin, je découvre que 3 moutons sont décédés, toujours attachés à leurs piquets, sous les morsures de chiens.

Le 30 décembre 2019, au soir, je fais le constat qu’un autre mouton a été tué dans les mêmes conditions.

Le lendemain matin, le 31, au milieu de mon terrain de 12,5 hectares, je visualise un chien très poilu, qui surgit des cannes à sucre, menaçant et agressif et que j’assimile immédiatement comme étant l’auteur de ces préjudices. Aucun collier visible, aucune laisse, ni muselière.
Il se dirigeait vers mes moutons.

J’ai immédiatement crié au secours mon père et un ami qui m’ont rejoint sur la parcelle.
J’ai essayé de lui envoyer des pierres pour le chasser. A plusieurs reprises. Et là, il s’est retourné contre moi et a essayé de me mordre. J’avoue avoir eu très peur.

Oui. Ce chien a été abattu pour me protéger moi, mes animaux et ma famille. (J’ai 3 enfants en bas-âge qui se promènent au quotidien sur mon terrain et qui heureusement n’étaient pas là.)
Nous avons ensuite creusé un trou avec une pelle mécanique et nous l’avons enterré. Quelques heures après, je reçois la visite de 2 inconnues, l’une se présentant comme étant la locataire d’un agriculteur voisin habitant à 1 km environ du lieu où étaient les moutons, et qui était à la recherche de son chien. J’ai compris que c’était la propriétaire du chien concerné.

J’ai hésité à lui dire la vérité mais j’ai préféré la franchise au mensonge, c’est ma nature, et je lui ai dit que je venais de tuer le chien qui a tué plusieurs de mes bêtes. Beaucoup n’auraient pas été francs et auraient préféré ne rien dire.

Face à sa détresse, et à son insistance, j’ai accepté de l’emmener sur la parcelle où a été enterré le chien. J’ai déterré le chien à l’aide de la pelle et j’ai accepté de prendre mon pick up pour ramener elle et la dépouille du chien à son domicile. Elle était inconsolable, il est vrai.

Le jour même, dans l’après-midi du 31 décembre, les gendarmes sont passés. Ils m’ont annoncé que cette dame a porté plainte, ont demandé à voir le cadavre du dernier mouton tué pour ma défense. Je l’ai donc déterré et ils ont pris des photos.

Un peu plus tard, quelle ne fut pas ma surprise de recevoir des appels d’amis, m’informant de la médiatisation de cette affaire et de plusieurs messages accusateurs sur les réseaux sociaux (et même un audio sur RCI le lundi matin) : d’après cette femme, j’aurai tué pour le plaisir un chien parfaitement docile « à bout portant ». D’après cette femme, je suis un criminel, un assassin, l’homme à abattre.

Elle demande « justice » pour son chien, faisant appel à toutes les générosités possibles.
Une pétition nationale est en ligne. Plusieurs associations locales et nationales ont été sollicitées. Et en réponse à ces posts, des réactions virulentes, violentes et de menaces fusent de toutes parts.

D’après cette femme et toujours sur les réseaux sociaux, elle serait « en danger à son domicile » suite à la plainte déposée à mon encontre et souhaite « déménager en urgence. »
Ne va-t-elle pas trop loin en m’accusant d’être un danger pour elle ?
Ne va-t-elle pas trop loin en disant que je suis un danger pour les enfants ?

Difficile d’accepter cette image pour un père de famille. Et entre nous…pensez-vous que quelqu’un de sensé se serait rapproché au plus près d’un chien errant ou divagant présumé tueur de moutons, de surcroît agressif pour l’assassiner à bout portant ?

Pensez-vous que j’aurai été suffisamment culotté pour tuer un gentil chien (c’est ce qui est dit) pour le plaisir, et raconter ensuite la vérité à son propriétaire, en l’emmenant récupérer le corps du chien et en la ramenant enfin à son domicile ?

Je considère que toutes ces accusations mensongères portent atteinte à ma personne, à mon intégrité, à ma famille. Je conçois que la douleur fait tenir des propos irréfléchis mais cela va beaucoup trop loin.

Je comprends la tristesse de cette femme. Je suis moi-même propriétaire de 2 chiens, que nous gardons d’ailleurs sur notre terrain pour éviter toute nuisance que ce soit à nos voisins.

Mais n’inversons pas les rôles. Je suis une victime. Je fais d’autres constats néanmoins :

1/ Les attaques de chiens errants se sont multipliées ces derniers temps sur notre île. Un véritable fléau.

Les gendarmes ont-ils autant de zèle à se rendre dans l’immédiateté, quelques heures après, sur les exploitations des éleveurs qui subissent ce fléau surtout un matin de réveillon ?
Je m’interroge fortement. C’est une justice à deux vitesses.

2/ Le jour du passage des gendarmes sur le terrain le 31, le jour des faits, il m’a été demandé de prendre l’attache d’un gendarme chargé de l’enquête pour faire ma déposition.

Je n’étais pas disponible le vendredi 03 janvier pour des raisons personnelles.
Mais je l’ai appelé samedi 04, mais il n’était pas disponible. Il devait me rappeler mais il ne l’a pas fait. Le lundi 6 janvier, j’essaie de nouveau, je l’ai en ligne et il me donne RDV le vendredi 10 janvier à 08h 30, aujourd’hui, en me disant n’avoir aucune possibilité avant et ce, malgré mon insistance d’avoir un rendez-vous plus tôt.

Très peu de temps après, j’apprends qu’il est clamé haut et fort sur les réseaux sociaux que je ne me suis jamais présenté à la gendarmerie et que je suis convoqué le vendredi 10 Janvier (en laissant planer le doute au passage sur mon intention première de m’y rendre).

Rendez-vous bien compte qu’en rentrant du travail, ma femme a appris sur les réseaux sociaux la date de mon RDV à la gendarmerie !! Et je peux le prouver.

Cette femme a annoncé aussi sur les réseaux sociaux avoir RDV le jeudi (hier) à cette même brigade avec des associations de défense des animaux qui souhaitent également déposer une plainte groupée contre moi, pour l’exemple. Mais je n’ai pas encore eu de retour.
C’est le monde à l’envers ????

Il n’est pas normal de toujours « subir » dans cette profession.
De n’avoir aucune assurance qui accepte de nous couvrir, peu ou pas d’aide pour l’achat des animaux. De subir régulièrement des pertes financières, des dommages de ce genre. Et de toujours se taire, et baisser la tête face aux autres.

Et on fait quoi de tous ces éleveurs qui enterrent régulièrement leurs bêtes dévorées par les chiens ? Des cheptels entiers quelquefois, et qui abandonnent par dégoût cette profession ?
De ce stress au quotidien qui fait que l’on doit constamment être sur le qui-vive pour protéger ses animaux et vivre de son métier ? Je suis vraiment outré et déçu de ce système.

Mais je souhaite l’apaisement. C’est la raison pour laquelle je ne porterai pas plainte pour l’instant.

A condition que toute cette délation et ces mensonges cessent, sinon je n’aurai pas le choix que de me défendre. »

Photo d’illustration : @archives PBK