Morte à Beyrouth 18 heures après son appel à l’aide «J’ai peur qu’ils me tuent»

«J’ai peur qu’ils me tuent» seront les derniers mots d’une jeune femme ghanéenne. Samedi 14 mars,  le corps de Faustina Tay, une employée de maison ghanéenne de 23 ans, a été découvert 18 heures après son appel à l’aide contre ses employeurs libanais. Selon la chaîne Al Jazeera, elle a été retrouvée morte dans un parking sous la maison de son employeur au quatrième étage dans la banlieue de Beyrouth, au Liban, entre 3 et 4 heures du matin. Le médecin légiste a relevé qu’il n’y avait «aucune marque d’agression physique» et a conclu que Faustina Tay est décédée «à la suite d’une chute d’un endroit élevé et d’un écrasement d’un corps solide». Mais pour sa famille et des associations humanitaires, sa mort reste suspecte. 

La mort de Faustina Tay fait l’objet d’une enquête pour suicide. Seulement à son entourage, la semaine avant sa mort, la jeune ghanéenne envoyait des messages désespérés, à son frère et à d’autres personnes, elle appelait à l’aide.  «This Is Lebanon», un groupe militant anti-Kafala, Faustina Tay a reçu en message, la veille de sa mort : «Dieu, aide-moi s’il te plaît».

Le système de Kafala est un contrat servile qui permet à des femmes africaines et asiatiques de travailler au Moyen Orient. Elles sont généralement des domestiques. Et, ces jeunes femmes  ne sont pas protégées par la législation du travail au Liban. Selon un rapport d’Amnesty International, publié en 2019, le système Kafala est une pratique de «violente par nature». La plupart sont souvent maltraitées par les employeurs, qui contrôlent tous les aspects de leur vie, constatent les associations qui s’opposent à cette «exploitation».

Avant de partir au Liban, Faustina Tay était propriétaire d’une petite entreprise qui vendait des nouilles à Accra, au Ghana, jusqu’à son arrivée au Liban en mai 2019.

Pendant 10 mois, Faustina Tay avait comme employeurs Hussein Dia et sa famille. Très rapidement la situation s’est dégradée et la jeune femme de ménage décrivait des conditions de vie épouvantables. «Faustina Tay dormait sur un canapé dans la cuisine de Hussein Dia et travaillait de longues heures sans jours de repos. Elle se couchait souvent à 2 heures du matin et devait se réveiller à 8 heures», précise Al Jazeera.

Dans des messages à «This Is Lebanon», Faustina Tay a notamment rapporté qu’elle avait subie deux passages à tabac de Hussein Dia et d’Ali Kamal (le propriétaire de l’agence d’emploi dont elle dépendait). La ghanéenne aurait envoyé à son frère Joshua Demanya des photos montrant «des blessures à la main, une égratignure sous l’œil et un mouchoir utilisé pour nettoyer un nez ensanglanté».

Durant ses dernières heures, Faustina Tay avait peur que son téléphone ne soit confisqué et que les coups ne s’intensifient : «J’ai peur. J’ai peur qu’ils me tuent », lançait-elle dans son dernier message vocal.

Faustina Tay est morte le samedi 14 mars 2020 près de son lieu de travail, sous la maison de son employeur. Une enquête est en cours.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook Twitter Instagram C’news Actus Dothy
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