Myriam Maxo, et le Doudou Amazones

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Myriam Maxo, aussi connue sous le nom de Queen of Wax, est une des créatrices invitées à l’exposition de la Villa Woz, ce mois-ci, du 9 au 27 octobre. Cette guadeloupéenne, née à Sarcelles, est designeuse d’excellence, cherchant à placer l’émotion au cœur du foyer, en créant des objets du quotidien en wax. Elle a récemment réalisé une magnifique fresque street art pour l’inauguration de la station Rosa Parks à Paris. Elle vient de finir une fresque de 60m de long sur un bâtiment de Grigny, il y a deux semaines. Mais elle ne s’arrête pas là, on lui a posé quelques questions…

People Bo Kay : Salut Myriam, tu es la designeuse d’un objet phare : DD le Teddy Bear, multicolore, car en wax, mais aussi car il change à chaque tirage en édition limitée.

Myriam Maxo : C’est tout à fait ça…

PBK : Je l’ai vu dans les mains de Youssoupha…

MM : Aussi Ayo, Jidenna, Mos Def…

PBK : On sait qu’il est dans les mains de Blue Ivy, la fille de Beyonce, quel est le regard que tu portes à DD aujourd’hui, a-t-il changé depuis le début ?

MM : Ça n’a pas changé du tout, j’ai toujours la même exigence de faire un travail propre. Depuis le début, il a toujours été bien présenté, il est resté le même. Il n’a eu que des choix de coloris qui changent au fil des saisons, des humeurs et des projets, comme le Projet Amazones où il est d’une seule couleur, blanc ou rose. Dans ce cas, je me suis adapté au projet.

PBK : Est-ce qu’il revêt aussi une part affective ?

MM : Totalement, cet objet-là je l’ai créé parce qu’il y a beaucoup d’adultes qui se retrouvent dans cet enveloppe adulte, où l’on n’a pas le droit d’être enfant, on n’a pas le droit de rigoler, de faire des trucs de fou. Je me suis dit qu’il y a plein de gens comme moi qui sont un peu barrés, et qui ont besoin d’avoir un objet qui leur rappelle leur enfance. C’est comme ça que ce doudou est arrivé.

PBK : Toi-même, tu avais besoin de ce doudou ?

MM : Ah, mais moi la première ! Je l’ai clairement créé en pensant que ça me plairait et qu’il y a des gens comme moi quelque part. Finalement, il y en a plus que je ne le pensais ! Je ne crois pas, en termes de couleurs, à leur dimension masculine ou féminine. Un mec peut porter du rose comme il peut porter du violet, et pour moi cette liberté est hyper importante. Dans mon art, c’est ce que je retrouve : des mecs peuvent voir mon doudou rose et me dire « Ouah, c’est joli. » Ca m’arrive tout le temps. Les hommes sont souvent impressionés par ma démarche, ils se retrouvent dedans, car l’objet rappelle leur enfance tout en restant un objet design. Au final, il parle davantage aux adultes qu’aux enfants.

 

PBK : Il a cet avantage du wax qui lui permet de ne pas être genré.

MM : En effet, je travaille avec le wax ; c’est un tissu d’appartenance qui vient d’Indonésie à la base, exporté en Afrique, où il a permit l’émancipation des femmes : les Mama Benz, au Ghana, sont sorties de leur foyer, elles ont pu ramener de l’argent dans leur foyer et avoir une indépendance. C’est pour ça que ce tissu m’a beaucoup intéressée.

PBK : Tu mets souvent en avant que tu ne crées pas des objets, mais tu réunis des gens. Quel sens tu donnes à DD, dans ton engagement auprès des Amazones ?

MM : C’est une expérience particulière : j’ai été interviewé par Alexandra (ndlr : Alexandra Harnais, cheffe du projet Amazones), au téléphone, pour son magasine. Elle s’est rendu compte que j’avais mis une âme, une émotion, une volonté de transmettre, dans mon objet. Je pense que cette volonté, elle existe d’elle-même une fois que tu l’as placée dans ton objet. Lorsque je lui ai expliqué ma philosophie, elle a été très émue : elle m’a confié que durant sa chimio, on lui avait offert un doudou qu’elle n’a jamais quitté. Le doudou, on peut lui parler, il voit notre vie, il partage nos émotions, on peut lui dévoiler des secrets. Elle s’est totalement retrouvée dans cette histoire là, et m’a dit qu’elle avait besoin d’un objet comme ça dans son projet Amazones…

PBK : Et toi, en tant que femme, quel sens donnes-tu à ta présence dans ce projet ?

MM : Je suis très impliqué dans ma démarche artistique, vis-à-vis de l’autre. C’est très naturel de soutenir des manifestations comme celle-ci. En tant que femme, je peux aussi être touchée par cette maladie, mais que ce soit moi ou une autre, je me sens concernée. Cela touche aussi les familles et l’entourage de la personne malade. C’est la même finalité, j’ai envie d’être quelqu’un qui apporte quelque chose aux gens. C’est une de mes valeurs que je mets en place sur le long terme. J’ai moi-même créé une association, DD Nation, mise en place pour aider les enfants en milieu hospitalier à avoir accès à la peinture et au papier. Quand on créé un objet comme DD, cela coule de source, quelque part, au fond.

PBK : Merci beaucoup, Myriam !

MM : Merci à toi !

L’exposition « Amazones » aura lieu du 9 au 27 octobre, à la Villa Chanteclerc, Route de Didier, Fort-de-France, rebaptisée Villa Woz dans le cadre de l’Octobre Rose en faveur de la lutte contre le cancer du sein. Allez la voir !

 

Interview & Photos : Mickaël Léonce / Myriam Maxo


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