Ouverture de la première galerie d’Art humaniste dédiée au «devoir de mémoire sur l’esclavage», fin octobre, à Lyon

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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La première galerie d’Art humaniste, dédiée au « devoir de mémoire sur l’esclavage » ouvrira le 30 octobre à Lyon, autour des sculptures de l’emblématique artiste, Sandrine Plante, dont les œuvres monumentales consacrées à l’esclavage font désormais référence.

Baptisée, « Maron’Ages », en référence aux « Nèg Mawon » (Nègres Marrons), cette galerie privée ambitionne «de faire connaître les oubliés de la Traite Négrière» à travers des artistes noirs engagés, explique à People Bokay, Christophe Esclapez-Ceva, le propriétaire de la galerie.
L’homme, 47 ans, a investit pas moins de 100.000 euros dans ce projet dont la devise est «Art et Humanisme ».

« La galerie aura pour but de présenter les sculptures et peintures d’artistes engagés Afro-Caribéens et de l’Océan indien, autour d’un même projet fédérateur : le devoir de mémoire sur l’esclavage et la représentation de la condition humaine avec la volonté de défendre les valeurs d’une universalité de l’humanité », précise-t-il.

Marié à une Antillaise, ce Lyonnais, père d’enfants métis, avoue qu’il a découvert la vérité sur le sombre passé colonial de la France à travers les recherches de son épouse sur « ses origines ». « J’ai été touché », confie-t-il, ajoutant que sa rencontre avec le sculpteur, Sandrine Plante, a également été « une révélation ».

« Toute ma création s’appelle « Vies Volées », explique Sandrine Plante

L’artiste, née d’un père Réunionnais et d’une mère Auvergnate, revendique son engagement et ses racines de descendante d’esclaves.

Toute son œuvre est consacrée à ce douloureux passé qu’elle transcende à travers des sculptures monumentales dont certaines sont mondialement connues.
« Je suis descendante d’esclaves ou devrais-je plutôt dire d’humains réduits en esclavage. J’ai choisi de réaliser un devoir de mémoire pour leur rendre hommage et redonner une dignité́ à ces femmes, enfants et hommes, volés à l’Afrique, séparés et vendus », déclarait-elle à Family Evasion, un site voyage basé en Martinique.

« Toute ma création s’appelle « Vies Volées. Je parle d’eux sur leurs terres, dans les captures, les séparations, les ventes, les négriers, les fonds des mers et à la plantation. Créant même une traçabilité de la vie de certains de mes personnages », raconte Sandrine Plante.

A Bordeaux, « L’Arbre », une œuvre pour ne pas oublier la Traite négrière

Le 2 décembre 2019, à l’occasion de la journée internationale pour l’abolition de l’esclavage, une de ses œuvres : « L’Arbre » a été inaugurée dans les jardins de l’hôtel de ville de Bordeaux.
Il s’agit d’une sculpture métallique possédant trois branches qui symbolisent le commerce triangulaire, au bout desquelles pendent trois cerclages de tonneaux de vin, en référence à Bordeaux et aux cales des bateaux négriers.

A l’intérieur de chacun des cerclages se trouvent trois têtes d’hommes avec les yeux bandés, symbolisant leur perte d’identité. L’un représente la peur, l’autre la douleur et le troisième abandon.

« Ma création a pour « mission » de sensibiliser les jeunes générations, de raconter sans haine une partie de l’Histoire que nous portons en nous », fait valoir Sandrine Plante.
Bordeaux fut l’un des principaux ports français a avoir tiré profit de la Traire négrière, avec jusqu’à 150 000 esclaves déportés par des armateurs entre les XVIIe et XIXe siècles.
La ville a entamé un travail mémoriel sur ce passé avec l’ouverture, il y a dix ans, de salles sur l’esclavage et la traite négrière au Musée d’Aquitaine. « Ma demande à l’univers à été entendue… », s’enthousiasme Sandrine Plante sur la page FB de Maron’s Ages.

« Je ne pouvais plus avancer seule sur ce chemin de devoir de mémoire. Enfin ! Plus de temps pour créer et aller militer sur place, pour que cette histoire du passé puisse être entendue encore comme une histoire du présent dans l’espoir d’un jour meilleur », ajoute-elle, rappelant qu’il y a encore 42 millions d’esclaves recensés dans le monde en 2020. « N’oublions pas ! », lance-t-elle.

L’artiste confirme « une aventure coup de coeur entre le galeriste et mon art qui choisit d’ouvrir ce lieu humaniste pour défendre ma création, non seulement dans ce très beau lieu, mais dans le monde entier.»

Une galerie avec une ambition internationale

Christophe Esclapez-Ceva reconnait que la démarche de sa galerie « atypique » se veut mondiale. Il souligne toutefois qu’elle ne sera ni revendicative, ni agressive ni polémique.
« L’objectif est de faire découvrir l’histoire de la Traite négrière que beaucoup de gens n’ont pas appris. Mon engagement est de rappeler que ça a existé », avance-t-il, caressant le rêve que sa galerie devienne une sorte de « galerie-musée » qui serait animée par des conférences, des débats ou encore des rencontres.

Farouchement opposé aux clivages, il rappelle que l’art concourt à l’universalité.
David Bolot, plasticien martiniquais, vivant à Bordeaux, exposera, le 30 octobre 2020, aux cotés de Sandrine Plante et de deux artistes Malgaches, lors de l’inauguration de la galerie.
Un mois après sa création, le compte FB de « Maron’s Ages » compte déjà plus de 1.450 amis, artistes, sympathisants, femmes ou hommes politiques provenant des quatre coins de la planète : la France, les Outremers, le Sénégal, la Suisse en passant par le Mexique, Israël ou encore l’Ethiopie.

« L’objectif est que la galerie devienne la vitrine d’artistes inconnus qui ont du talent. Il faut qu’ils soient engagés sur le devoir de mémoire ou qu’ils aient un projet humaniste », insiste Christophe Esclapez-Ceva, soulignant que les oeuvres seront accessibles, en termes de prix.