Patrick Chamoiseau à Mediapart : « La radicalité est nécessaire »

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Un an après l’arrivée de la gauche au pouvoir, l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau dresse un bilan en demi-teinte de la présidence Hollande et prône l’avènement d’une VIe République.

« La présence de la gauche en France nous fait sortir de l’indécence d’un gouvernement aux ordres des hystéries de l’Empire, mais elle n’est pas le lieu des solutions… », déclare le romancier dans un entretien publié sur le site d’informations Mediapart, le 2 mai, en faisant allusion à l’ « empire » capitaliste.

Quand on lui demande si l’élection de François Hollande a changé quelque chose pour les Antilles, il répond : « Les choses ne peuvent plus se penser en ces termes. Cela voudrait dire qu’il suffit d’attendre un homme providentiel pour que les choses se fassent. Aujourd’hui, nous sommes sortis de cette logique que l’on pourrait qualifier de logique de guichet. Si des choses doivent changer chez nous, elles le seront du fait exclusif de nos maturations internes. Nous devons trouver le sens de ce que nous sommes dans le monde, le moment du sens identifié ouvrira celui de la responsabilité et de la projection. Nous n’avons besoin de personne pour penser à notre place le changement nécessaire. »

Patrick Chamoiseau ne fait pas mystère de sa proximité avec le coprésident du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon, qui, selon l’écrivain, « a le discours qui me paraît le plus acceptable, le plus revitalisant, le plus chargé de futur ». Comme lui, il prône l’avènement d’une VIe République.

« J’aime beaucoup l’idée d’une 6e République car elle oblige à considérer les fondements et le sens. Allons-y, cette 6e République devra reconsidérer ses rapports aux peuples dits Dom-Tom, et faire exploser cette absurdité selon laquelle l’unité ne peut se concevoir que dans l’indivisibilité ! »

« Cette crise du sens » poursuit-il, « à laquelle nous accule le capitalisme viral, est faite d’urgences au jour le jour, mais elle est surtout faite des foudres qui invoquent un futur. Traitons les urgences comme on peut, mais répondons aux foudres : que les Français ouvrent la Constituante d’une autre République dans un autre monde. C’est évident. M. Hollande devrait saisir cette opportunité, et toute la gauche française avec. Ce sera une manière de dire que personne n’a la solution, et qu’il nous faut la rechercher ensemble dans un vaste chantier. »

Par ailleurs, interrogé sur son refus de la Légion d’honneur, le lauréat du prix Goncourt 1992 explique : « Je refuse cette idée de peuples Dom-Tom dans l’ombre d’une République une et indivisible. Il nous faut entrer en Relation, et donc je marque autant que possible la différenciation pour signaler ce chantier symbolique ».

Source : la1ere.fr / Philippe Triay