Patrick Chamoiseau : « La Fnac a raison » de classer les écrivains antillais comme « étrangers »

Jeudi dernier, le député guyanais Gabriel Serville avait interpellé la Fnac sur Twitter pour obtenir des explications à propos de sa décision de classer les auteurs antillais dans le rayon «Roman étranger ». “Merci de m’expliquer quel cheminement vous a amené à classer les auteurs antillais et guyanais dans ‘Roman étranger’”, avait-il écrit tweeté.

Ce jeudi 22 août, l’auteur martiniquais Patrick Chamoiseau a réagi à son tour et il n’est pas du tout du même avis que Gabriel Serville. Bien au contraire, il apporte son soutien à la Fnac et donne raison à l’enseigne.

Pour l’écrivain martiniquais, prix Goncourt 1992 pour son roman « Texaco » lui même figurant dans le rayon « roman étranger », la Fnac a donc raison. « Il faut avoir une mentalité de colonialiste ou une pathologie, assimilationniste pour considérer sans précautions que les nations sans État, dites « d’Outre-mer », sont intrinsèquement la France » a-t-il écrit sur Twitter ce jeudi 22 aout.

Le porte-parole de l’enseigne avait répondu qu’une « classification serait plus précise avec une sous catégorie » mais que cette solution entrainerait un manque de place dans certains magasins. Une explication qui n’avait pas du tout convaincu le député Guyanais. Gabriel Serville a également fait savoir dans une autre publication que « ce tweet n’est pas le combat de sa vie » suite à la polémique suscitée par son post.

Très honnêtement, j’avoue être surpris par ce déferlement de commentaires et d’analyses pour un « simple » tweet. Je répète que ce tweet n’est pas le combat de ma vie et à tous ceux qui me disent, AVEC RAISON, qu’il y a des batailles bien plus pertinentes à mener, je suggère de revisionner mon facebook ainsi que le site de l’assemblée nationale qui récapitulent assez fidèlement les axes de mon engagement qui ne saurait se limiter à une affaire de rayonnages à la FNAC.

Par contre, je persiste à dire que l’invisibilité dont souffrent les territoires d’outre mer contribue à leur négation et à leur sous-classement dans l’esprit de la représentation nationale (assemblée nationale et Sénat), dont les membres ne sont pas toujours en capacité de comprendre nos problématiques parce que, hélas, ils ne savent pas qui nous sommes, ni où nous nous positionnons.

C’est aussi le combat que je mène pour que dans les manuels de géographie et dans les agendas, la Guyane soit représentée à sa juste échelle aux côtés de la Fance hexagonale, afin que nul ne continue de l’assimiler à un confettis de l’empire. C’est aussi par ce cheminement que nous inculquerons aux futures générations la fierté d’appartenir à ce grand, riche et beau territoire.

C’est aussi pour cette raison que le mouvement « Péyi Guyane » a fait le choix de travailler avec une carte du monde qui place les Amériques au milieu, et sur laquelle la Guyane se situe en position centrale, juste au dessus de l’équateur et au nord d’une Amérique du sud ayant retrouvé ses vraies proportions- idem pour le continent africain- qui ont été volontairement rapetissés pour servir au mieux la vision européo-centrée des impérialistes qui ont conquis le monde pour le mettre sous domination.

Cela étant, si la guerre était simple à gagner cela se saurait déjà..D’ailleurs , dans cet ordre d’idées, je rappelle que le slogan du mouvement « Péyi Guyane » est PANGA, dont on connait le sens en « guyanais » et qui est aussi un acronyme signifiant « Partageons l’Avenir d’une Nouvelle Guyane Amazonienne »…Il y tant à dire et à faire…