Plainte pour viol : L’avocat Alex Ursulet placé sous le statut de témoin assisté

Rédigé par : Polly Miette, le
Publié dans : Actualites, France, Martinique
Mots clés :

Le célèbre avocat pénaliste, Alex Ursulet, 63 ans, accusé de viol par une ancienne stagiaire, ce qu’il conteste, est finalement ressorti libre mercredi soir du bureau du juge d’instruction sous le statut de témoin assisté, selon des sources proches du dossier.

Mardi, l’avocat avait été placé en garde, mais il n’a pas été mis en examen mercredi soir, au terme de deux journées de garde à vue, contrairement aux réquisitions du Parquet de Paris, précise-t-on de mêmes sources.

Alex Ursulet est désormais placé sous le statut de témoin assisté, un choix intermédiaire entre le simple témoin et la mise en examen.

A ce stade de l’enquête, le juge estime n’avoir pas suffisamment d’indices graves et concordants pour une mise en examen

Pour autant ce statut intermédiaire, susceptible d’évoluer, démontre qu’à ce stade de l’enquête, le magistrat instructeur estime n’avoir pas suffisamment d’indices graves et concordants pour une mise en examen, souligne-t-on.

« Une décision pour le moins surprenante, eu égard aux éléments du dossier et aux mensonges de Monsieur Ursulet », s’étonne Me Thibault Laforcade, conseil de la plaignante, aujourd’hui devenue avocate et âgée de 27 ans.

Mercredi une confrontation a été organisée dans le bureau du juge afin de clarifier les positions des deux protagonistes. Tous deux ont maintenu leur ligne.

L’enquête doit se poursuivre et « in fine, elle étayera les faits graves dénoncés par ma cliente », assure Me Laforcade.

Figure de renom du barreau parisien, Me Alex Ursulet avait été placé en garde à vue mardi, conséquence d’une enquête préliminaire ouverte en octobre 2019 par le parquet de Paris pour « viol par personne ayant autorité ». L’affaire avait été révélée à l’époque par le site Médiapart .

La plaignante, alors élève à l’école des avocats Aliénor à Bordeaux, avait porté plainte à la mi-octobre 2019 contre le célèbre avocat pour « viol » et « harcèlement sexuel ». Elle relatait des faits qui s’étaient déroulés en janvier 2018, lors d’un stage de formation au cabinet parisien d’Alex Ursulet.

Un stage écourté : la plaignante produit témoignages et SMS pour appuyer ses accusations de viol et de harcèlement

Prévu initialement pour six mois, son stage n’aura duré que quelques semaines.
Selon Médiapart, qui a eu accès à la plainte rédigée par Me Thibault Laforcade, la jeune femme aurait subi, quelques semaines après son arrivée, lors d’un déjeuner avec Me Ursulet, des remarques déplacées, des questions sur sa vie sexuelle, et le même jour, un viol au sein même du cabinet parisien de l’avocat.

Tétanisée, elle n’avait pu réagir, explique-t-elle, soulignant qu’elle s’était immédiatement confiée à une amie, avant de quitter le cabinet dès le lendemain.

Elle aurait alors été harcelée de coups de fil – plus de quarante en quelques heures – par Me Alex Ursulet. Pour appuyer ses accusations, la jeune femme a fourni des attestations de témoins et des échanges de SMS dont Mediapart a fournit le détail.

Des faits réfutés par Me Ursulet, défendu dans ce dossier par sept avocats : Frédérique Pons, Christian Charrière-Bournazel, Jean-Yves Le Borgne, Nathalie Carrère, Marie Burguburu, François Gibault et Catherine Paley-Vincent.

Me Urselet explique que c’est justement pour mettre fin à ce stage, en raison de problèmes de comportement qu’il avait convié à ce déjeuner cette jeune femme qui, selon lui, se vengerait par le biais de ses accusations.

Me Ursulet radié du barreau en janvier 2020, fait appel et peut donc continuer d’exercer

Un signalement auprès du Conseil de discipline de l’ordre des avocats a donné lieu à une enquête de sept mois.

En janvier 2020, Me Alex Ursulet a été radié du barreau de Paris, la sanction disciplinaire la plus lourde pour un avocat. Sanction contre laquelle l’avocat a fait appel, ce qui lui permet de continuer d’exercer son métier.

Dans la foulée, Il a porté plainte pour diffamation et dénonciation calomnieuse.
Pour Me Marie Burguburu, une des avocats d’Alex Ursulet, l’octroi de statut de témoin assisté « en dit long sur la décision de radiation qui a été prise sur des éléments bien moins consistants que le dossier désormais sur le bureau du juge ».

Elle a jugé « scandaleux » que le conseil de discipline ait refusé de surseoir à statuer le temps de l’enquête judiciaire. « Il va enfin pouvoir commencer à se défendre et démontrer que tout ça est faux et que le dossier est vide », a indiqué l’avocate de Me Ursulet.

« Il a fallu du courage », a la plaignante, estime l’ex-bâtonniere du barreau de Bordeaux.

Pour Anne Cadiot-Feidt, ex-bâtonnière du barreau de Bordeaux et présidente du Conseil d’administration de l’école Aliénor où la plaignante était étudiante, il lui a fallu du « courage ».
« Je pense qu’elle le fait pour elle, mais aussi pour tous ceux ou celles qui pourraient se retrouver dans sa situation », dit-elle. « Il faut passer outre le sentiment de honte, de culpabilité qu’on peut ressentir », ajoute l’ex-bâtonnière.

Depuis 2017, l’école des avocats de Bordeaux a mis en place des procédures spécifiques afin d’encourager les élèves-avocats, victimes de faits de harcèlement ou de violences auprès des instances de l’établissement. Anne Cadiot-Feidt reconnaît que le dépôt de plainte a suscité un certain émoi dans le milieu des avocats, et s’en félicite : « C’est le plafond de verre qui a sauté. Il y a eu la vague ‘MeToo ‘ également, les langues se sont déliées », assure-t-elle.

«Tant mieux si c’est sorti chez les avocats. La société a beaucoup évolué, mais pourtant je suis certaine que le tabou persiste encore dans beaucoup d’autres milieux professionnels. Si cette affaire peut servir d’exemple aux autres, c’est une très bonne chose », poursuit Anne Cadiot-Feidt.

Ancien conseiller régional RPR de la Martinique, Me Alex Ursulet fut pendant quelques années associé de Jacques Vergès, un ténor du barreau, militant politique, aujourd’hui décédé.
Me Ursulet a notamment défendu le tueur en série « de l’est parisien » Guy Georges à qui il est parvenu à faire avouer ses crimes lors de son procès en 2001.

En Martinique, le célèbre avocat parisien, fils de l’ancien bâtonnier de Fort de France, est connu pour être notamment l’avocat de l’indépendantiste Alfred Marie-Jeanne, Président du Conseil Exécutif de la Collectivité territoriale (CTM) dans l’affaire « Green Parrot ».
Plus récemment, il est devenu le conseil des sept militants anti-chlordécone dans l’affaire « d’Oceanis », un dossier sensible et politique, sur fond de scandale d’Etat du chlordécone.