Plénière CTM : L’appel émouvant de Kora Bernabé pour faire avancer la filière Cacao

Hier, lors de la première journée de la plénière de la CTM, Kora Bernabé, membre de l’opposition, Présidente de VALCACO, (L’association de producteurs de cacao de Martinique) a lancé un appel pour faire avancer le dossier de la filière qui selon elle, traine en longueur.

Malheureusement le dossier concernant la filière cacao n’avance pas. Nous attendons désespérément une décision claire au sujet de la subvention de 22 500 € qui doit être attribuée à VALCACO. Mesdames et messieurs il y a là une réelle urgence.

Elle se dit prête à démissionner si cela peut faire bouger les choses : « Je n’ai pas encore atteint l’âge où mon égo dépasse mon envie de voir avancer les choses de mon pays, de notre pays. Alors, très calmement, et de façon très détachée, je vous dis aujourd’hui que si ma seule démission permettra le déblocage de notre dossier et la non-dissolution de l’association des producteurs de cacao de Martinique, je le ferai; en toute humilité. »

 

Ci-dessous l’intégralité de son intervention :

Si je prends la parole devant vous aujourd’hui chers collègues, c’est d’abord pour vous interpeler sur un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Mesdames et Messieurs les conseillers exécutifs, Mesdames et Messieurs les membres de l’Assemblée de Martinique, Mesdames et Messieurs; vous savez peut-être que je travaille, et je ne suis pas la seule, à l’émergence d’une filière qu’on pourrait qualifier d’orpheline, d’oubliée, mais aujourd’hui émergente, la filière Cacao.

Cela pourrait vous surprendre qu’en tant qu’élue je puisse défendre un dossier que je porte à travers une structure que je préside. Alors sachez que je ne suis pas rentrée en politique sans convictions, et sans être porteuse de rien du tout. Cela me semble être le minimum que nous devrions tous porter. Alors, là, je ne suis pas juge et partie. Vous me permettrez donc d’être la partie qui défend la filière cacao et vous les juges.

Je ne vais pas reprendre l’historique, tout ce que je peux dire, c’est que, même là où nous-mêmes, nous ne nous attendions pas, je parle du Salon du chocolat de Paris et des « International Cocoa Awards », nous avons été reconnus parmi les meilleurs mondiaux. Et si la qualité incontestable des résultats précédents, fruit d’un travail acharné des collaboratrices et des collaborateurs du PARM n’étaient pas suffisants, alors, ailleurs, loin de la Martinique, on nous a dit « Oui, votre cacao, votre chocolat, fait partie des meilleurs mondiaux ». On se retrouve aujourd’hui embarqué dans cette belle aventure, Ô combien passionnante, avec un rêve peut-être, mais ne vous méprenez-pas, nous ne faisons pas que rêver : le cacao est réellement une alternative à la monoculture, à l’utilisation massive de produits phytopharmaceutiques ; c’est un peu une culture, qui, de par son histoire, pourra nous réconcilier avec la nôtre.

Alors on se bat, oui, on se bat. Je ne crains pas de le dire ; pour poser des bases solides à l’émergence d’une filière durable, profitable à tous. Nous ne sommes pas gourmands, vous êtes les premiers à le dire, dans un discours somme toute, quelque peu contradictoire. Mais les faits l’attestent: chaque plénière, nous votons, ensemble, parce que nous savons le faire de temps à autres, des sommes attribuées à des associations, à des entreprises ; nous nous positionnons, bref, nous prenons des décisions.

Malheureusement le dossier concernant la filière cacao n’avance pas. Nous attendons désespérément une décision claire au sujet de la subvention de 22 500 € qui doit être attribuée à VALCACO. Mesdames et messieurs il y a là une réelle urgence.

Je n’ai pas encore atteint l’âge où mon égo dépasse mon envie de voir avancer les choses de mon pays, de notre pays. Alors, très calmement, et de façon très détachée, je vous dis aujourd’hui que si ma seule démission permettra le déblocage de notre dossier et la non-dissolution de l’association des producteurs de cacao de Martinique, je le ferai; en toute humilité.

Pas parce que je m’avouerais vaincue de quoi que ce soit, mais simplement parce que lorsque l’on aime, il faut parfois savoir se détacher.
Vous pouvez ne pas avoir envie de moi à la tête de cette filière, mais vous ne pouvez pas, si vous êtes honnête avec vous-même, trouver quelque argument en sa défaveur. Je souhaite que ce cri d’alerte puisse se transformer en espoir pour la filière.

J’espère encore et encore que la Martinique aime ses enfants. En tout cas, pour ma part, elle ne me verra pas partir. Je suis là, debout, pour elle, pour nous, parce que je l’aime, parce que je la porte en moi et parce que j’y crois.

Un appel émouvant entendu par Yann Monplaisir, qui préside la plénière (à suivre en direct ici), « J’ai parfaitement entendu votre appel, je vous invite à ne pas faire ce sacrifice; nous avons besoin de personnes comme vous parmi les élus de cette assemblée, et je ne veux pas croire que ce soit lié à un problème d’appartenance politique. Des explications vous serons fournies, même s’il est anormal que ce dossier prenne trop de temps à être traité.

Photo : Facebook Evolution Martinique