Portrait : Qui est André Berthon? Auteur des Carnets Secrets de RCI et de « Carême de sang aux Antilles »

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André Berthon est une figure indissociable du paysage audiovisuel français et antillais.

Il a été un observateur et acteur des la naissance de RCI (Radio Caraïbes Internationales) l’une des radios les plus emblématiques de la société caribéenne. Après une année d’enquête et de recherches, de collecte de documents et avec l’aide de ses propres archives, le journaliste a sorti un livre choc et certaines révélations expliquent à la nouvelle génération comment a été créée la première radio privée des Antilles françaises. Depuis, André Berthon a pris sa retraite, mais loin de poser la plume il s’est reconverti en auteur de romans policiers avec toujours comme décor, les Antilles.


Il lui aura fallu six mois pour la rédaction de « Carème de Sang aux Antilles » qui sera publié en octobre prochain. Déjà un autre roman est en route, André Berthon a délaissé son micro pour la plume et les antillais le suive avec intérêt. L’occasion de savoir qui se cache derrière le journaliste-écrivain André Berthon qui, jeune étudiant, découvre les Antilles dans des circonstances particulières. Il nous raconte son histoire.


Né dans le 19ème arrondissement de Paris, le jeune André grandit en Région parisienne quand il s’embarque sur un paquebot pour Tahiti. Mais le retour est plus compliqué et le jeune homme d’une vingtaine d’années est bloqué à la Martinique lors de son voyage de retour.
S’ensuit une escale  de quelques mois pour réparer l’énorme paquebot et  André Berthon revient à Paris. Mais le jeune homme a le coup de foudre pour l’île Martinique et rêve d’y  retourner.
Une année passe à Paris où il poursuit sa formation dans le journalisme et enfin le jeune André revient et s’installe à Sainte-Lucie, une île au Sud de la Martinique. Il est journaliste à Castries et prend comme ses confrères les commandes des journaux d’actualités radiophoniques dans la station RCI qui à l’époque est basée à Sainte-Lucie.

Une carrière prometteuse sourit au jeune journaliste de formation littéraire. Il devient un des nombreux informateurs politiques qui avec perspicacité interroge, critique et informe les antillais. Une voix qui a marqué les auditeurs et téléspectateurs de télévisions ou de radios publiques ou privées sur plus de quatre décennies.

2017. Le journaliste, devenu tour à tour éditorialiste, Grand reporter, présentateur et rédacteur en chef est un professionnel reconnu dans le milieu audiovisuel français. Il a conduit des débats télévisés, des campagnes électorales, des émissions à grandes écoutes, des directs, il assisté à des revers commerciaux d’entreprises audiovisuelles et à l’arrivée du numérique, une révolution dans le monde des médias. André Berthon est un des piliers de la télévision et de la radio en Métropole comme aux Antilles. (ci-dessous André Berthon avec Jacques Chirac, Premier Ministre) 


« Chez nous, la radio est un média qui crée une extrême proximité ».


Des secrets notés dans des petits carnets, des situations drôles ou graves, des confidences, des sourires, des entretiens libres ou avoués, il a tout répertorié, classé, des anecdotes, des chuchotements, des manigances, des trahisons, des confidences, le journaliste-écrivain a tout en mémoire. André Berthon se souvient : « Des élections municipales de 1977 aux événements de 2009 en passant par la première grande interview de Césaire à la radio et le cyclone Hugo, des événements, je pourrais citer de nombreux ». (Ci-dessous Jean-Claude De Beauville/RCI).


Il a presque posé les premières pierres de Radio Caraïbes Internationales et vu l’évolution de Radio Jumbo et de Radio Antilles dont le siège est à Montserrat. Aujourd’hui, le journaliste-écrivain qui parle le créole antillais, maîtrise parfaitement l’anglais qu’il parle couramment. (ci-dessous bâtiments de RCI à Fort-de-France) 

Radio Caraïbe Internationale. Des témoins de cette période où les reportages se faisaient avec un Nagra (enregistreur sonore portable), sont encore aux Antilles ou en Métropole pour témoigner à son micro. André Berthon les cite : Michel Ferry qui a fondé à Sainte-Lucie RCI était entouré de personnalités comme Guy Noël, Robert Augier. Ces trois hommes  sont décédès et « ce livre est une forme d’hommage que j’ai tenu à leur rendre en toute objectivité car sans eux la première radio des Antilles n’existerait pas » insiste André Berthon avec émotion.

Des voix de journalistes et animateurs tels Balthazar, Mano, Yann Duval, Jean-Jacques Seymour, Bruno Marion ou Patrick Chéneau « ont marqué la radio RCI » concurrente à la radio publique de l’époque, rajoute le journaliste-écrivain. (Ci-dessous Mano/RCI)

Ses rencontres, ses témoignages et de nombreux documents consultés pendant une année ont permis à André Berthon de publier : RCI Radio Caraïbes – Carnets Secrets. Lourd de 275 pages, le livre est publié chez Caraïditions  et préfacé par Roland Cayrol (célèbre politologue et professeur à SciencesPo Paris). Le livre est vendu en librairie depuis quelques mois mais également sur Internet sur les plate-formes d’Amazon ou de la Fnac.com .

Pour comprendre son urgence à transmettre ses mémoires, nous publions ici un extrait de l’entrevue organisée entre le journaliste-écrivain André Berthon et Bernard Théon à Fort-de-France en Martinique. C’était en Juin 2017.

Question de Bernard Théon : Quelles difficultés avez-vous rencontré dans l’élaboration de cet essai qui, en effet, se lit comme un roman ?
Réponse d’André Berthon : L’aventure que je raconte se déroule sur plus d’un demi-siècle !  Par conséquent, nombre de témoins ont disparu. D’ autres sont éparpillés dans différents pays de la planète et il m’a fallu du temps pour retrouver ceux-là. Tous ceux qui ont accepté de me répondre l’on fait parce que je suis moi-même un témoin de cette saga et ce fut sans doute là un atout.

Q : RCI est-elle plus une histoire de journalistes ou d’hommes d’affaires ?

R : Le succès de cette radio est étroitement lié au travail, parfois au courage, d’une poignée de journalistes tant en Martinique qu’en Guadeloupe. Les financiers et les gestionnaires ont dû s’y faire ; l’union est un combat ! Et finalement, pour les seconds, qui ont parfois grincé des dents, les bénéfices étaient au rendez-vous…La rupture de ce fragile équilibre pourrait entraîner une catastrophe. D’autres, qui ont échoué dans l’audiovisuel généraliste antillais ou sont actuellement au bord du gouffre, illustrent cela.

Q : Au fil des pages, vous avez su mêler l’histoire de RCI et l’histoire des Antilles avec un grand H. Quel est l’événement qui vous semble le plus significatif de ce qui représente l’essence même de cette radio ?

R : L’histoire de RCI, c’est un demi-siècle de l’histoire contemporaine des Antilles françaises, une histoire que nous avons une fâcheuse tendance à oublier trop rapidement. L’historien Jean-Noël Jeanneney, avec lequel j’ai eu l’honneur de travailler, a dit un jour que « les journalistes sont les historiens du présent ». J’espère avoir ainsi, à ce titre, modestement contribué à ce travail de mémoire dont nos sociétés ont tant besoin.

Q : Y a-t-il certains événements ou certaines anecdotes que vous avez décidé de ne pas raconter dans votre ouvrage par crainte des réactions possibles ?

R : «J’ai écris ce livre en toute liberté et sans me préoccuper de savoir si mon récit susciterait des réactions d’hostilité. Il est possible que certains passages ne plaisent pas à tout le monde, l’essentiel est qu’ils apportent une information au public ». (André Berthon). (Ci-dessous avec l’avocat Alex Ursulet)

Le Journaliste-écrivain, depuis la sortie de son premier livre, est à la rédaction de deux autres romans policiers qui ont les Antilles comme décor. Le premier est attendu en octobre prochain et André Berthon, nous confie qu’il pose les dernières lignes de son second roman policier, à paraître très bientôt.

Dorothée Audibert-Champenois/Facebook C’news Actus Dothy
Images capture d’écran/BlogMano/Facebook