« Pour ceux qui ignorent que ce sont les peuples qui font l’histoire »

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Extrait du journal Jik An Bout :

« Si le peuple n’a pas voté massivement pour « l’Europe », c’est qu’il n’a pas compris les bienfaits de celle –ci ! » et, vu qu’ « il n’est pas prêt à avoir un drapeau national, on va lui donner un lambi en guise de hochet ! » « Le peuple n’est pas mur ! Le peuple n’est pas prêt ! » : Belle illustration de l’arrogance et du mépris dont les représentants des classes dominantes font preuve à l’égard des classes opprimées :

Avant de se muer en abolitionniste, Schœlcher se gaussait des anti-esclavagistes en écrivant « Que ferions-nous de ces brutes décorées du titre de citoyen ? » Les esclaves n’étaient pas prêts à recevoir la liberté ! A l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir en 1981, Aimé Césaire déclare le « moratoire », le peuple Martiniquais « n’étant pas prêt à accepter l’évolution institutionnelle ». En 2015, l’alliance du MIM, du PCM, du Palima et du RDM signe un pacte avec le parti de droite LR pour que la CTM gèle la question institutionnelle pendant la mandature. Le peuple n’était encore pas prêt !

Pour les politiciens, le peuple n’est « prêt» que quand il les porte au pouvoir après avoir entendu des promesses pré-électorales démagogiques ! Pour eux le peuple n’est « mur » que quand il ne remet pas en causes la « gouvernance » et les décisions imposées par les élus (es)

Il convient de combattre résolument ces thèses réactionnaires qui cachent une volonté d’imposer des politiques nuisibles aux intérêts du peuple.

Au demeurant, elles font partie d’un arsenal idéologique et pratique servant à empêcher toute transformation révolutionnaire de la société. Pour assurer une mainmise sans partage sur le pouvoir :

– On utilise toutes les ficelles possibles pour empêcher l’accès aux éléments de connaissance ou à une information fiable indispensables à la compréhension des enjeux.
– On se présente alors comme le détenteur exclusif des solutions pour obtenir des mandats
– Une fois au « pouvoir », on s’attache un électorat sur la base du clientélisme et de la diabolisation à outrance des adversaires, de tout contradicteur, quitte à attiser les divisions au sein du peuple. Le débat politique cède alors la place aux règlements de compte.

Dans le contexte actuel en Martinique, le fanatisme politique qui causait tant de dégâts jusqu’au début des années 70 et qui avait fortement reculé grâce au travail des militants révolutionnaires, connait un dangereux regain. Là où s’étaient développées des pratiques de tolérance et de respect mutuel, reviennent des comportements de géreur d’habitation s’appuyant sur la répression ou le favoritisme. Les affidés ne se cachent plus pour cautionner les pires dérives. (Notamment la tentative d’éliminer le drapeau martiniquais ou l’espionnage d’un parti politique opposé.)

Pour notre part, nous croyons que, comme le dit l’hymne international des travailleurs : « il n’est pas de sauveur suprême ». Nous croyons en la puissance et en la primauté de la pensée collective ! Pour nous, donc, Il s’agit de prendre partout le contre-pied de ceux qui nous imposent leur domination, en favorisant l’accès à la connaissance et à l’information alternative, en encourageant l’autoformation, la prise d’initiatives à la base, le développement d’espaces d’échanges et de cogestion.

Il est grand temps de nous détourner de ceux qui nous proposent « le carnaval des autres » comme seul horizon.

Extrait du n° 144 de Jik An Bout, journal en ligne des Comités Populaires.