Pourquoi la France n’est plus en mesure d’assumer le coût financier de l’outre-mer ?

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Pourquoi la France n’est plus en mesure d’assumer le coût financier de l’outre-mer ?

La réponse est à trouver dans la situation économique et sociale actuelle du monde et de la France. A court terme, on assiste à des tensions commerciales entre les états unis et la Chine qui peuvent déclencher une crise économique qui atteindra le monde entier et secouera , bien évidemment la France déjà confrontée à des difficultés financières et budgétaires.

A moyen terme , Internet, Numérique, Algorithmes sophistiqués, intelligence artificielle vont bousculer toute l’économie traditionnelle aux Antilles. Le développement des nouvelles technologies, à la vitesse éclair, va profondément métamorphoser bon nombre de secteurs d’activité. Le gouvernement le répète à l’envi: 50 % des emplois seront transformés au cours des dix prochaines années. Et, selon une étude de l’OCDE, la robotisation menace 35 % des emplois actuels.

Alors, dans ce contexte, les DROM (départements et régions d’outre-mer) vont-ils vers une révision douloureuse du modèle économique et social qui est actuellement le leur ?….

De la réponse à cette question découlent des politiques publiques différentes. A la question, l’économiste Nicolas Bouzou déclare que le modèle économique et social actuel des Antilles française est d’ores et déjà condamné à muter, car la France n’a plus de marge budgétaire pour financer le coûteux système du modèle social en vigueur aux Antilles.

Et Nicolas Bouzou d’ajouter : « Ce qu’il est important de bien comprendre, c’est que la crise des finances actuelle de la France est très grave. La France engrange les déficits budgétaire depuis 1974 et le montant actuel de sa dette publique est de l’ordre de 2400 milliards d’euros . Elle va donc amener le gouvernement à réduire les dépenses publiques partout. En conséquence, la croissance économique des DOM dans les prochaines années devra être portée par les entreprises. Le modèle économique des DROM n’a d’autre choix que de se remettre en cause.
On doit s’attendre à des changements radicaux pour l’avenir en Guadeloupe et Martinique.

Bientôt, les DROM bénéficieront moins des aides publiques, des dispositifs fiscaux dérogatoires et des aides sociales. Il y aura moins de fonctionnaires et, pour de basses raisons financières, des avantages tels que la surrémunération risquent d’être amenés à disparaître. Ces changements peuvent sembler brutaux, mais ils représentent une chance pour les DROM d’évoluer vers un autre modèle basé non plus sur la consommation mais sur la production .
Les Antilles disposent d’une capacité de production très en deçà des potentialités de leurs territoires .

Je pense que les entreprises locales pourraient produire et exporter dans la zone Caraïbe, mais que l’économie a été anesthésiée jusqu’ici par le phénomène pervers d’assistanat et par les aides publiques qui se sont souvent révélées improductives à endiguer le chômage et le mal développement . En ce sens, la situation des îles de Guadeloupe et Martinique est une loupe grossissante de l’économie française : une dette publique élevée, une protection sociale certes partiellement efficace mais et très chère, et une incapacité à exporter qui se traduit par un déficit commercial très important. Certes, il manque pour aller plus loin des financements et un accompagnement, ce qui est le rôle des banques pour réorienter l’épargne des guadeloupéens et des martiniquais vers le secteur productif. »

Ainsi donc, on le voit pour cet économiste de renom qu’est Nicolas Bouzou, le modèle économique et social actuel de la Guadeloupe et la Martinique n’est plus viable ni tenable à terme, d’où la nécessité de s’orienter dès à présent vers un modèle économique et social de type nouveau dans lequel l’épargne locale devrait jouer un rôle très important . Et c’est là qu’intervient la pertinence de la mise en place de clubs Cigales aux Antilles, notamment en Martinique .

En effet, les Antilles doivent désormais se développer autrement avec les clubs Cigales. C’est là une des solutions possibles et complémentaires pour un développement durable et endogène. Les clubs Cigales, un outil financier méconnu pour développer autrement l’économie locale aux Antilles.

Le club CIGALES est en premier lieu un club d’investisseurs, qui réunit ses membres plusieurs fois par an, recueille leurs cotisations régulières pour former une cagnotte collective, et comme son nom l’indique, investit dans de petites entreprises en création ou encore œuvrant principalement dans le secteur productif .

Issu de l’Économie Sociale et Solidaire, dans les années 80/90 , le mouvement des CIGALES s’est construit sur le constat qu’il est possible à de simples citoyens d’accompagner celles et ceux qui se lancent dans la grande aventure de la création d’entreprise ou du développement de la production locale.

Il prend la forme d’un apport financier au capital, d’un soutien humain et de conseils adaptés. Le club CIGALES regroupe de 5 à 20 personnes pour une période de 5 ans renouvelables.

La Guadeloupe et la Martinique vivent dans un paradoxe qui ne saurait durer davantage. D’un côté, des particuliers disposant de liquidités très importantes ; de l’autre, un secteur privé et des petites entreprises de production qui peinent à se financer. La difficulté à trouver de bons projets et la faiblesse de l’environnement institutionnel ne peuvent plus raisonnablement justifier une telle situation. Mobiliser les « bas de laine » des guadeloupéens et martiniquais , résidents ou non-résidents, devient une urgence.

Réveiller ces ressources suppose avant tout de renforcer les circuits de captation de l’épargne locale .

L’enjeu ? Faire de chaque citoyen un investisseur à part entière contribuant au développement de son pays.

Par : Jean Marie Nol

Photo : Réseaux Sociaux