Pourquoi l’eau de la Mangrove est devenue rose à Sainte-Anne et au Diamant ?

Rédigé par : Melody Thomas, le
Publié dans : Actualites, Martinique
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Des photos de l’eau rose de la mangrove du Diamant ont fait le tour des réseaux sociaux ces derniers jours. Le phénomène dit de  « marigot rose » en période de Carême avait déjà été observé en Martinique au début des années 2010 à Dizac Diamant, selon l’écologiste Marcel Bourgade. Ses explications du phénomène ci-dessous:

Phénomènes observés de plus grande ampleur en cette année de 2020 au Diamant , et aussi à Caritan Sainte-Anne, qui se déroulent sur des écosystèmes plus précisément dits de marigots où existe palétuviers (mangrove).

Phénomène du « Marigot rose » en période de faible flux d’eau en provenance des bassins versants, impliquant alors une plus forte concentration en sels minéraux de l’eau du marigot, l’appauvrissant en oxygène (eutrophisation), et favorisant développement de micro-algues. Micro-algue se développant et se nourrissant dans ce milieu de marigot, où racines du palétuvier rouge excrète un tanin, à l’origine de ce changement d’aspect de l’eau qui serait la Dunaliella salina

Généralités sur Dunaliella salina

Dunaliella salina est une microalgue unicellulaire dont la taxonomie fut proposée pour la première fois en 1905 par Teodoresco (Oren, 2005). C’est une espèce du domaine Eukaryota, du règne Plantae, du phylum Chlorophyta, de la classe Chlorophyceae, de l’ordre Chlamydomonadales Volvocales), de la famille Dunaliellaceae et du genre Dunaliella (Gonzalez et al., 2009). Il faut noter qu’à l’intérieur du genre Dunaliella qui comprend aujourd’hui 28 espèces, il est parfois très difficile de différencier ces dernières.
Environnement naturel

Dunaliella salina est naturellement présente dans les marais salants et les mers à forte salinité (Polle et al., 2009). Elle est par exemple présente sur le site des salins de l’île Saint-Martin à Gruissan et une partie des études recensées dans ce manuscrit est effectuée avec une souche isolée dans ces marais. Elle est l’un des organismes eucaryote les plus tolérants aux conditions environnementales extrêmes. Elle peut supporter des salinités massiques allant de 3% à la saturation en NaCl, des pH de 5,5 à 11 et des températures comprises entre 0 et 40 ○C (Ginzburg, 1987; Mishra et al., 2008). Dans ces gammes de conditions, Dunaliella salina est en suspension mobile.

Sa caractéristique membranaire la rend très digeste par les animaux et notamment par Artémia salina qui colonise le même type d’environnement. Cette crevette, aliment principal des flamants roses, est le principal prédateur de Dunaliella salina avec certains ciliés et autres protozoaires.

Au sein du projet Salinalgue, des études sur l’impact environnemental du lancement de la filière sont réalisées en considérant les populations d’Artémia salina et de flamants roses.

(Extrait p.17 Thèse de doctorat – Alexandre Besson – 09/12/2013)

Photo : Gérard Graduel